Mohammad Mirwan Khalef était également un appelé, dans une unité stationnée à Idlib, près de la frontière turque. Et lui aussi reste hanté par les horreurs d’une guerre contre une population désarmée. « Devant moi, un soldat de métier a sorti un couteau et l’a planté dans le crâne d’un civil, sans aucune raison », se souvient-il. Le vase a débordé quand son unité a traversé le bourg voisin de Saraqib, et que des « chabiha » (miliciens) qui faisaient route avec les militaires ont ouvert le feu sur la population. « Quand on a commencé à tirer sur les gens, j’ai lâché mon fusil et j’ai pris la fuite », affirme le jeune homme, datant ce massacre au 7 juin, qui a fait selon lui 20 à 25 morts.
Son frère, Ahmad Khalef, incorporé dans une autre unité, a suivi son chemin après avoir assisté à des violences à Homs. « Après avoir vu la façon dont on tuait les gens, j’ai compris que ce régime était prêt à massacrer tout le monde », explique-t-il. « Ils mettent des snipers sur certains points en hauteur – des policiers en civil ou des miliciens du Hezbollah – et quand les soldats ne tirent pas (sur les contestataires), ils les abattent », indique le jeune homme. Le déserteur, les yeux rougis et l’air hagard, affirme avoir songé avec des amis à se révolter, mais avoir renoncé face au danger.
Walid el-Khalef confirme les dangers de l’insubordination. « Avant nous, six personnes ont voulu fuir. Nos commandants les ont abattus », assure-t-il. Avec une quinzaine de frères d’armes, le jeune appelé a pourtant choisi la fuite plutôt que de pénétrer, jeudi, dans la ville de Homs. « Je savais que si on y pénétrait, on devrait tuer beaucoup de gens, explique-t-il. Nous avons tous pris des chemins différents. »
Interrogé sur sa vision de l’avenir, le soldat envisage un effondrement du régime du président Bachar el-Assad. « Tous les soldats que je connais sont à bout de nerfs. Soit ils vont s’enfuir, soit ils vont changer de camp, prévoit-il. Au bout du compte, chaque soldat finira par rejoindre sa famille pour la mettre à l’abri. » Tahal al-Loush prédit cependant une fin plus apocalyptique. « S’il le faut, ce régime n’hésitera pas à retourner ses fusées et ses roquettes contre Damas. Alors, tout sera fini », affirme-t-il.
(Source : AFP)

