Ils rappellent que la nouvelle majorité est plombée, piégée, par de profondes, d'irrémissibles, oppositions internes. Ainsi, le gouvernement qu'elle doit former devra choisir entre deux options inconciliables. Soit adhérer au front syro-iranien de la « moumanaa » (refus) contre l'Amérique, en rejetant le TSL et la 1701. Et c'est ce que veut le 8 Mars, Hezbollah en tête. Ou admettre, pour garder les aides, et ne pas se retrouver au ban de la communauté internationale de coopérer avec cette dernière et avec l'Occident. C'est ce que veulent Michel Sleiman et Nagib Mikati. Tandis que la visite de Walid Joumblatt à Bachar el-Assad laisse croire qu'il ne va pas se ranger, en tant que centriste, aux côtés des deux présidents.
Mais il convient, toute spéculation écartée, de s'en tenir aux faits. Mercredi dernier, le 8 Mars et surtout Nabih Berry se sont retrouvés le bec dans l'eau. Le quorum pour la séance législative, devant entre autres proroger le mandat du gouverneur de la Banque du Liban, leur a fait largement défaut. Ils n'ont pu réunir que 58 participants, alors qu'il en faut 65. Le bloc Joumblatt et le groupe Mikati se sont récusés.
Compensation de taille, cependant : le président de la Chambre a pu réunir, à cette occasion, huit pôles de la nouvelle majorité, ouvrant la voie à un rétablissement des ponts entre les deux protagonistes-clés : Nagib Mikati et Michel Aoun. Ils se sont expliqués franchement et ils ont rompu la glace, pour s'atteler sérieusement à résoudre les difficultés qui subsistent. En partie, il convient de le souligner, à la lumière des pressantes recommandations d'aller vite en besogne, de dénouer l'écheveau, rapportées par les visiteurs de Damas.
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Nabih Berry, qui s'efforce de présenter le tableau d'une majorité bien unie, semble donc avoir atteint son but. Ou, tout du moins, marqué des points importants. Ses partenaires poursuivraient désormais un même objectif et seraient d'accord sur la marche à suivre.
Mais les opposants en disconviennent. Ils rappellent que les projets et le discours politique des centristes, à savoir le triumvirat Sleiman-Mikati-Joumblatt, ne sont pas du tout les mêmes que ceux du 8 Mars. Surtout pour le TSL et la 1701. Et qu'en outre, il y a des dissonances au sein du camp même des prosyriens, dont les tiraillements connus entre Amal et le CPL.
En tout cas, le Premier ministre désigné a remis en marche une machine jusque-là grippée. Il est parvenu à obtenir plus de souplesse de ses interlocuteurs, en leur faisant accepter les règles du jeu. À savoir que c'est bien lui qui forme, qui nomme, qui dispose des quotas et qui répartit les portefeuilles, après concertation avec les parties concernées, dont les demandes sont prises en compte, si c'est possible. Comme après présentation de listes de noms, pour qu'il fasse son choix, en retenir ou en rejeter à sa guise.
Étant précisé qu'aucune condition liant un nom à un ministère déterminé ne peut être acceptée. Aucun veto non plus. Ni aucune curiosité déplacée, chacun ne devant se mêler que de son propre dossier. Cela étant lancé à l'intention des parties du 8 Mars qui posent des questions sur la part du président de la République, notamment pour lui refuser le droit d'avoir à ses côtés, pour des raisons électorales évidentes, un sixième ministre maronite qui serait originaire du Kesrouan ou de Jbeil, fiefs du CPL. Le président Mikati réplique que les noms et les ministères devant revenir au président sont inscrits avant la publication des décrets, que le chef de l'État doit signer. Ce qui signifie qu'ils sont la propriété même du président Sleiman, et que personne, sous aucune considération, ne peut le forcer à les révéler avant terme, avant la publication des décrets.
Étant également précisé, en référence à un précédent à Rabieh, que les chefs de file ne doivent pas divulguer de noms avant la proclamation officielle de la composition du cabinet. Le tout, donc, dans le cadre général d'une composition soigneusement équilibrée, sinon équitable, entre les courants, les communautés et les régions.
Selon une source informée, Nagib Mikati, ayant maintenant reçu les listes demandées, opère son tri pour présenter sa mouture au président Sleiman, qui ajouterait alors les noms de ses ministres. Il est acquis que le chef de l'État aurait la Défense et l'Intérieur. Il pourrait également disposer de l'Information. Le sixième ministre maronite devrait être un pôle de l'extrême nord. On parle également d'un ministre grec-orthodoxe venant du Metn-Nord.
En pratique, Fayçal Karamé serait écarté, Nagib Mikati lui promettant, en compensation, de faire équipe avec lui lors des prochaines législatives à Tripoli. Le poste de sixième sunnite irait à une personnalité de Beyrouth ou de la Békaa-Ouest. Les sunnites antihaririens n'auraient en tout cas qu'un seul ministre et non deux, comme cela avait été envisagé.


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