Au nom du « droit » des assaillants et nouveaux citoyens à revenir sur les terres de leurs alleux, et de l'interdiction des habitants expulsés de ces mêmes terres de pouvoir un jour les réintégrer, une bataille de fond s'est alors ouverte ; elle a envahi et bousculé tous les États riverains. Elle a poussé avec cynisme et désinvolture des femmes et des hommes innocents dans des guerres fratricides, sans même tenir compte de tous les malheurs, les crises, et les déséquilibres qu'elles engendraient. Face à cette hémorragie chronique, les seuls intérêts qui continuent à compter sont ceux d'Israël qui, conforté par le silence d'un Occident coupable et à la recherche d'un blanc-seing pour toutes les atrocités innommables commises contre les juifs durant la Seconde Guerre mondiale, agit avec condescendance et transforme les Palestiniens renvoyés de chez eux au lendemain de 1948 en un peuple errant et suppliant pour que leur soit reconnu un droit de retour pourtant clairement adopté par des résolutions internationales. Pour confirmer cette terrible constatation, il aurait suffi d'avoir vu sur toutes les chaînes de télévision du monde ce bouquet de dignes représentants du peuple américain acclamer avec enthousiasme, au travers d'une chorégraphie d'ensemble qui ressemblait à un mouvement de yoyo, le discours « guerrier, arrogant et rageur » d'un Premier ministre israélien qui n'avait rien à voir avec celui d'un autre parmi ses prédécesseurs, « ouvert, serein et pacifique », peut-être trop au goût de certains de ses concitoyens, puisqu'il fut assassiné.
Aujourd'hui, alors que les Palestiniens de tous bords se sont réunifiés pour mieux appréhender les propositions de paix avec Israël, que les USA et l'Europe cherchent à leur proposer, il m'apparaît honnête et juste de témoigner en tant que chrétien maronite libanais, pour dénoncer clairement et sans ambages tout le mal que mon pays a subi pendant de longues années et les malheurs vécus du fait des exactions de la résistance palestinienne, ainsi que la guerre qui s'en est suivie et les drames incalculables qui ont fauché nos hommes et détruit nos biens. Mais je ne peux pour autant rester sourd à ce droit de retour des Palestiniens sur leurs terres, et à notre devoir national de tout mettre en œuvre, en tant que chrétiens tout d'abord, et citoyens libanais et arabes ensuite, pour éviter l'implantation des réfugiés sur notre territoire. Je ne révélerai pas un secret en disant que j'ai participé à l'élaboration d'une étude remarquable sur le « droit de retour » qui paraîtra bientôt, et dans laquelle j'avais préconisé qu'un groupe de réfugiés palestiniens introduise auprès des instances internationales une demande officielle conforme aux résolutions internationales en vigueur pour revenir en Palestine et pouvoir ainsi tester les véritables intentions israéliennes. C'est en effet par des actions diplomatiques du genre que les Palestiniens arriveront, avec l'aide de tous ceux qui croient au droit des peuples à s'autogérer, à détruire le mur épais de la connivence et du silence et à ouvrir la voie du retour, de la justice et de l'équité.
Dans la foulée de cette réflexion je suis tombé par hasard sur Les textes contre le désespoir :
(Pour un dialogue arabo-occidental sur la Palestine), écrit par René Habachi, et publié en 1968, et j'ai pensé en guise de conclusion reproduire la dernière partie de son contenu, car elle colle parfaitement à cette réalité politique de ce drame humain qui se prolonge et creuse encore plus profondément le désespoir des déportés.
Le message des déportés :
« Tout commence en mystique et tout finit en politique », a dit Charles Péguy. Tout commence en mystique et tout meurt de sa propre politique : je crois qu'il aurait pu le dire d'Israël.... Or ce qu'on voudrait, c'est retrouver à partir d'une politique étrangement opaque la clarté d'une mystique supérieure, et que l'absurde dont nous souffrons ne peut être résorbé que par une promotion des consciences. Et cette mystique n'est pas une utopie puisqu'elle avance dans le sens de l'histoire.
« Voilà le message des déportés de Palestine. Et c'est à cause de ce message qu'ils incarnent, sans être capables de le déchiffrer - car il est une misère qui en oublie son propre nom -, c'est à cause de ce grand désarroi anonyme, dont le visage ne peut cependant s'effacer, que sous leurs toiles déchirées, deux millions d'hommes attendent tout homme capable de les aider à délivrer la vérité. »

