À travers de magnifiques photographies ponctuées de petits textes trilingues (arabe, anglais et français) sur la faune, la flore et l'homme, la réserve de biosphère du Chouf dévoile (sur du papier recyclable forcément ! ) un patrimoine naturel qui conjugue une grande beauté et une remarquable biodiversité... Un monde riche, complexe, qui couvre 500 kilomètres carrés (5 % environ de la superficie du Liban) et concentre à lui seul 25 % des cèdres du Liban, dont certains auraient atteints « 2 000 ans » d'âge. Composée des forêts du Barouk, de Aïn Zhalta et de Maasser el-Chouf, des 24 villages environnants, dont Niha et sa forteresse et des marais de Ammik, la réserve de biosphère du Chouf est la plus vaste de toutes les réserves naturelles du Liban. Elle constitue l'habitat de quelque 32 espèces de mammifères (loup, hyène, chat sauvage, sanglier, écureuil...) et de 29 espèces de reptiles et d'amphibiens. Mais elle reste surtout d'un grand intérêt pour les botanistes et les ornithologues, puisqu'elle abrite plus de 520 espèces végétales et plantes médicinales, « dont 25 mondialement et localement menacées et 48 endémiques du pays », et pas moins de 250 espèces d'oiseaux (perdrix chukar, geai des chênes, huppe). Des espèces menacées comme la glaréole à ailes noires, la fuligule nyroca, le pélican d'Amérique et la bécassine double trouvent leur paradis dans la centaine d'hectares des marais de Ammik, un des derniers îlots humides du Liban, « héritage des lacs qui couvraient jadis la plaine de la Békaa ». Ce « lieu de rassemblement et d'hivernage important pour les oiseaux migrateurs en route vers l'Europe et l'Afrique » est aussi le sanctuaire des roselières de phragmites et typha. La réserve qui bénéficie de la meilleure infrastructure pour l'accueil des visiteurs - sentiers de différents niveaux de difficulté, bureau d'information, panneaux explicatifs, vente de produits du terroir et maisons d'hôtes - sera dotée vers la fin août d'un restaurant écologique, qui se posera à Ammik. Son architecture, confiée à Philippe Audi, est « très zen », signale le secrétaire général du comité exécutif de la Société des cèdres du Chouf, Michel Skaff, qui met l'accent sur le choix des matériaux de construction durable et les différentes techniques écologiques adaptées aux besoins énergétiques des lieux, comme l'énergie solaire pour l'électricité et le chauffe-eau, et le système de puits canadien pour la climatisation (il s'agit d'un échangeur air-sol qui consiste à alimenter le bâtiment en air en le faisant circuler auparavant dans un conduit enterré qui selon les conditions climatiques le refroidit ou le préchauffe en utilisant l'inertie thermique du sol). Le bâtiment, financé par une donation suisse de 650 000 dollars, comprendra également des salles pour accueillir des ateliers pédagogiques et des conférences sur le thème du développement économique et la préservation des ressources et du patrimoine naturel, ajoute Michel Skaff.
L'objectif d'Eddy Choueiry est allé aussi à la rencontre des hommes et des femmes, soucieux des ressources naturelles et respectueux des écosystèmes, comme le guide local, Marwan Khodr, qui voue une passion pour son métier ou Houssam Ghanem qui continue à planter massivement des cèdres. Ou encore Raëd Zeïdan, un ingénieur agricole qui, en volant dare-dare aux secours des abeilles, a insufflé une nouvelle dynamique à l'apiculture. En 1992, il découvre que « le miellat s'était dangereusement accumulé sur les rochers et au pied des cèdres asphyxiant ces derniers dont la couleur était devenue anormalement claire. Zeïdan prit alors conscience du rôle bienfaiteur des abeilles qui pourraient contribuer à sauver les cèdres. Il introduit des ruches dont les abeilles viendraient butiner le miellat ». Et c'est la naissance du fameux miel de cèdre. L'affaire a pris une forte expansion et le doux produit est devenu une ressource financière importante pour les habitants du Chouf, réputés aussi pour leur thym sauvage séché, frotté à l'huile d'olive avec des pignons de pins sauvages. Pour leur part, les deux menuisiers, Marwan et Fadi Bouwadi, récupèrent le vieux bois et le recyclent pour créer de nouveaux meubles... Dans son village de Baadarane, Nazih Baz a hérité du métier de tisserand et a ouvert un gîte d'hôtes pour les touristes qu'il guide à travers un paysage préservé et un environnement protégé.
Signalons que les textes agrémentant le livre ont été rédigés par Chérine Yazbeck et l'équipe de la réserve de biosphère du Chouf.