Oui à tout ce qui vient, accompagné du mot libre... Oui pour descendre dans les rues et clamer haut et fort que le baril du pétrole dépasse toute logique économique, oui pour dire que la « rabta » de pain devient jour après jour un produit de luxe. Oui pour parler de notre taux de chômage, qui ne fait que grimper, et grimper, et grimper. Oui pour répéter que depuis le premier jour, les Libanais sont devenus la proie d'une politique intérieure liée à une politique syrienne et internationale qui se désintéresse complètement de nos problèmes quotidiens et qui ne désire rien d'autre que de nous voir sombrer. Car pour sombrer, ça, oui, nous sombrons. Même pas besoin de pirates pour casser la coque et le mat, nous sommes en train de faire couler notre bateau nous-mêmes. Alors, les pirates...
Oui à la liberté d'expression et à tout ce qui vient avec le mot libre.
Encore faut-il défendre ce droit qui n'a plus de sens.
À force d'écouter les discours de nos politiciens, on se demande où le pays du Cèdre va se retrouver dans quelque temps. À force d'écouter les mêmes discours, je nous vois tomber dans un précipice sans fond, sans fin. En bref, comme le poisson rouge que ma mère a balancé dans la cuvette avant de déclencher la chasse d'eau pour éviter de voir mon frère pleurer corps et âme son poisson rouge mort.
Encore faut-il avoir le courage de dire que nous sommes morts.
Plus le temps passe, plus les politiciens qui se sont entre-tués pour un siège prouvent au monde entier, et à l'opinion politique ayant encore un peu de cervelle, qu'ils sont vraiment, mais vraiment à côté de tout ce qui s'appelle les intérêts du Liban.
Et quels intérêts ?
Il y aura celui, trop jeune, qui va nous parler du rôle des chrétiens au Liban ; en face, celui, un peu trop rocailleux, qui va nous parler de la place importante des sunnites à Beyrouth ; et aussi celui, un peu trop mégalomane sur les bords, qui va évoquer une théorie qui n'existe plus depuis belle lurette. Et n'oublions pas celui qui va nous rappeler que les armes sont là pour défendre la patrie contre une attaque d'Israël. Inutile de faire valoir à son intention qu'avec cet ennemi, nous avons signé une convention d'armistice. Il continuera, sous les applaudissements des siens, de justifier ses roquettes et ses fusées, rien que pour le plaisir de peupler nos nuits de cauchemars.
En bref, notre vie a commencé ainsi et se terminera ainsi. Mais de là à accepter que tout ce (pas si) beau monde me parle encore des intérêts du Liban, il y a loin, très loin. D'ailleurs, je ne sais plus à quels saints me vouer. Quels intérêts ?
Il faudra s'entendre sur l'idéologie des uns et des autres, si tant qu'il y en ait une. Il faudra se mettre d'accord sur les véritables intérêts du Liban, de ce peuple libanais qui ressemble de plus en plus à un fromage - voilà pourquoi les fromagistes existent, me diriez-vous.
Je ne peux m'empêcher de penser que tout ce marasme ressemblerait à une cour de recréation où primaire, complémentaire et secondaire seraient en train de chahuter avec un bel ensemble. Et finalement, oui, je le dis !
Oui à la liberté d'expression, et qu'on me jette des pierres si ce que je dis n'est pas vrai.
Et qui veut la tartine ? À qui le chocolat ? Et qui a fait tomber le ballon et ne veut pas rendre le ballon ? Ne serait-ce que pour nous donner une toute petite idée de l'énormité de la bourde monumentale commise il y a des semaines, le prétexte étant ces pauvres Estoniens pris en otage par erreur.
Il me reste dans tous les cas ce petit coin virtuel pour dire ce que je pense haut et fort. Je n'assiste plus à un abordage venu d'ailleurs, mais plutôt à un sabotage interne qui ne fait que prendre plus d'ampleur jour après jour. Il y aura toujours celui qui viendra dire que telle cause ou telle autre, importante ou non, fait partie des intérêts du Liban. Entre-temps, nous coulons. Bientôt, le Liban ne sera plus que le pays des riches, à l'image de la principauté de Monaco. À une différence près : chez nous, ils veulent tous être roi à la place du roi, seigneur à la place du seigneur, et jouent tous le rôle du Bon Dieu. Quant aux sujets, ils seront déjà bien loin, à construire un pays arabe, à vivre sous le ciel étoilé d'Australie ou encore à la recherche d'un emploi à Montréal.
Sauve qui peut !


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