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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’ombre de Ben Laden

Rengaine connue, à nouveau entonnée le week-end dernier par Jay Carney, porte-parole de la Maison-Blanche : « Nous appelons le régime à entamer immédiatement un processus de transfert des pouvoirs et à s'abstenir de tout recours à la violence contre des manifestants pacifiques. Nous sommes profondément inquiets par la situation. » L'a-t-on compris ? Cette fois, il ne s'agit plus de la Syrie, mais du Yémen, un pays gagné par la frénésie du « printemps arabe » et, tout autant que la Tunisie, l'Égypte, la Syrie, Bahreïn, la Jordanie, incapable pour l'heure d'assister à l'épanouissement des « 100 fleurs ».
Du souci, les Américains s'en font, tout comme les Saoudiens d'ailleurs qui voient ressurgir un problème vieux d'une quarantaine d'années quand, aux côtés de l'imam Badr, ils croisaient le fer avec les Égyptiens partisans, eux, du maréchal Abdallah Sallal. Après la réunification, péniblement obtenue, du Nord et du Sud et un calme précaire qui aura duré tant bien que mal trente-trois ans, voici venue l'heure de la redistribution des cartes et avec elle le spectre de la guerre civile, prélude probable à un retour au statu quo antérieur à mai 1990.
Slalomant entre la vieille dérive sécessionniste du Sud, l'insurrection zaydite du Nord parrainée par la République islamique et l'omniprésence d'el-Qaëda, le chef de l'État avait tant bien que mal maintenu jusqu'aux premiers jours de 2011 un semblant d'équilibre en jouant l'une contre les deux autres les trois cartes du bonneteau local : tribus, armée, jihadistes. Jusqu'au moment où la jeunesse, saisie à son tour par la fièvre arabe, est descendue dans la rue pour réclamer le départ du tyran. Pour les grands frères wahhabites et yankees, il n'était plus question de sauver le soldat Saleh. Le pilonnage au mortier, vendredi dernier, de la mosquée du palais présidentiel est survenu à point nommé pour résoudre, croyaient-ils, leur dilemme. Blessé au visage, le président a été hospitalisé à Riyad d'où, dit-on, il paraît hautement douteux qu'il revienne un jour.
Le problème de la succession est-il réglé pour autant? Rien de moins sûr. Nul ne semble disposer d'un plan B pour reprendre le flambeau du combat contre les extrémistes. Par la brèche largement ouverte s'engouffrent les combattants d'el-Qaëda dans la péninsule Arabique (AQPA) dont le chef, Nasser el-Wahichi, vient d'avertir les États-Unis que « le pire est à venir après la mort d'Oussama Ben Laden ». Sans véritable chef, la contestation risque la paralysie en raison de la rivalité entre les différentes fractions rivales et aussi entre les tribus.
À Washington, c'est le grand branle-bas diplomatique depuis quelques jours. John O. Brennan, le « Mister Yemen » de l'administration Obama, tente désespérément de trouver une issue à une crise venue se greffer sur une autre crise, multipliant à cet effet les contacts avec le vice-président Abdel Rab Mansour el-Hadi pour éviter le dérapage qui pointe dangereusement. De son côté, le régime saoudien se retrouve dans l'inconfortable position d'un arbitre tenue de satisfaire les aspirations démocratiques de son voisin du Sud alors que lui-même renâcle à donner suite aux revendications de ses sujets.
Il y a péril en la demeure, et pas seulement d'ordre politico-militaire. Certes, la maison des Saoud ne peut pas laisser l'incendie se propager à sa porte alors même que bouillonne le chaudron bahreïni et que de partout s'envolent les flammèches du foyer proche-oriental. Mais, tout aussi grave, il y a le terreau représenté par la conjoncture socio-économique. Bref état des lieux : entre 40 et 50 pour cent des Yéménites vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 2 dollars par jour. Alors que son exportation représente 60 pour cent des rentrées de l'État, l'exploitation du pétrole est arrêtée depuis février dernier. Avec l'étiage des recettes en devises étrangères a cessé le jeu subtil des petits cadeaux qui entretiennent l'amitié des chefs de clan et des hauts fonctionnaires. Le ministre du Commerce et de l'Industrie Hicham Charaf vient d'avouer que la crise a déjà coûté l'équivalent de 5 milliards de dollars, soit près de 17 pour cent du produit intérieur brut 2009. Une plongée de la monnaie nationale à 300 rials pour un dollar pourrait se traduire par une augmentation de 15 pour cent de la tranche pauvre de la population. En clair, cela signifie que l'antique Arabia Felix est sur le point de sombrer, un déclin accéléré par la fuite des capitaux et le non-paiement de leurs impôts par les rares contribuables qui consentaient hier encore à le faire.
C'est dire si, après le relatif succès représenté par la soudaine éclipse de Ali Abdallah Saleh, le réveil risque de laisser un goût amer dans la bouche des « jeunes de la révolution ».
Rengaine connue, à nouveau entonnée le week-end dernier par Jay Carney, porte-parole de la Maison-Blanche : « Nous appelons le régime à entamer immédiatement un processus de transfert des pouvoirs et à s'abstenir de tout recours à la violence contre des manifestants pacifiques. Nous sommes profondément inquiets par la situation. » L'a-t-on compris ? Cette fois, il ne s'agit plus de la Syrie, mais du Yémen, un pays gagné par la frénésie du « printemps arabe » et, tout autant que la Tunisie, l'Égypte, la Syrie, Bahreïn, la Jordanie, incapable pour l'heure d'assister à l'épanouissement des « 100 fleurs ».Du souci, les Américains s'en font, tout comme les Saoudiens d'ailleurs qui voient ressurgir un problème vieux d'une quarantaine d'années quand, aux côtés de l'imam Badr, ils croisaient le fer avec les...
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