Régulièrement, un colosse entre et jette un coup d'oeil. "Le Conseil national de transition (CNT) s'occupe de ma sécurité", dit-il en allusion à l'instance dirigeante de la rébellion. "On ne sait jamais".
À 39 ans, Hassan est devenu le représentant au CNT de Syrte, région natale du dirigeant contesté Mouammar Kadhafi et ville côtière que les rebelles n'ont jamais pu approcher à moins de 150 km.
Pour la rébellion, Hassan Aldroe est la preuve vivante qu'on peut être de Syrte et anti-Kadhafi.
"Il y a peut-être 10% des habitants de Syrte qui soutiennent Kadhafi, notamment les officiers, les membres des services secrets dont il a fait des privilégiés. Mais la majorité des habitants est contre lui", affirme-t-il.
Le rebelle, qui ne peut plus se rendre à Syrte depuis qu'il a été intronisé responsable du CNT, décrit une ville tout en souffrance où les "actes révolutionnaires" n'en sont qu'à leurs balbutiements.
"Nos hommes ont essayé d'ériger un drapeau de la rébellion, d'écrire des slogans anti-Kadhafi sur les murs. Dans chaque famille, il y a des pro et des anti-Kadhafi", raconte-t-il. Ses parents restés sur place ont été forcés de renier leur fils à la télévision publique. À Tours, sa femme et ses trois enfants ont reçu des lettres de menaces de mort.
"Les habitants garent leur voiture devant les stations-essence et patientent une semaine pour avoir quelques litres d'essence", dit-il. "Au téléphone, ma famille est prudente par peur des écoutes. Elle me demande quand j'irai les voir, manière de savoir si nous allons bientôt attaquer".
Arrivé en France en 2003, le Libyen est installé à Tours où il boucle une thèse de génie mécanique qu'il devait soutenir en mars.
"J'ai commencé mes 'actes révolutionnaires' à Paris, devant l'ambassade de Libye", se souvient-il.
Très actif sur internet, il fait partie de la trentaine de Libyens qui réclament le départ de l'ambassadeur de Tripoli. Les contestataires vont ensuite s'introduire dans la chancellerie. "On a forcé l'ambassadeur à démissionner puis à rejoindre l'opposition", dit-il.
Et quand la crise humanitaire s'accentue dans l'Ouest, les Libyens de France se cotisent pour les aider. "10% de nos revenus, de nos bourses, sont collectés et donnés aux Libyens du Djebel Nefoussa. Cela fait entre 15.000 et 20.000 euros chaque mois", assure-t-il.
Début avril, Hassan Aldroe, qui n'est pas encore membre du CNT, se rend à Ajdabiya, au sud de Benghazi. "Tripoli parlait d'Al-Qaïda, de rebelles tuant les gens de Syrte, je voulais voir de mes yeux". Il y rencontre "des islamistes se battant aux côtés de jeunes qui fument des cigarettes, des patriotes, pas des jihadistes".
"Personne ne m'a pris pour un espion ou regardé de travers", assure-t-il.
L'embryon de mouvement rebelle de Syrte le choisit ensuite pour siéger au CNT.
Depuis début mai, il participe aux réunions du CNT à Benghazi, planche sur la "feuille de route" politique: assemblée constituante, projet de Constitution, référendum, législatives.
Et communique avec les rebelles de Syrte à la manière d'un "résistant français". "Tout est cloisonné. Un coursier transmet les codes de communication aux rebelles, puis je les appelle au téléphone. Le prix du pain peut indiquer une action à mener. Les codes sont régulièrement renouvelés".
"Kadhafi était le seul, l'unique, même les joueurs de foot n'avaient pas droit à leur nom sur les maillots et la télévision ne donnait jamais le nom des ministres. Quand il disparaîtra, tout disparaîtra", dit-il en souriant.


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