Membre du bloc du changement et de la réforme, le député Hekmat Dib a déclaré hier qu'il n'y avait « pas de sérieux dans le processus de formation du cabinet » et que « les choses en sont arrivées à un grand degré de gravité ».
« En tant que députés, que bloc et que peuple, nous ne pouvons plus accepter que la situation reste en l'état », a ajouté M. Dib, estimant qu'il faut « remettre les compteurs à zéro ».
« Il ne s'agit pas d'un concours de beauté pour que nous adressions une série de noms (pour chaque ministère) au Premier ministre désigné » Nagib Mikati, a-t-il encore dit.
Son collègue Ziad Assouad a estimé de son côté que M. Mikati « n'est pas en mesure de former le cabinet pour le moment ». « Personnellement, j'ai déjà annoncé que je lui retirais ma confiance », a-t-il dit.
Le son de cloche est très différent dans les rangs du Hezbollah. Le député Nawaf Moussaoui, membre du bloc parlementaire de ce parti, a ainsi souligné la nécessité de hâter la mise en place du cabinet. « Il faut lever tous les obstacles qui continuent de l'entraver afin de sauver le pays du plan de sabotage mis en œuvre par le groupe du 14 Mars pour les crises », a lancé M. Moussaoui. Il a affirmé qu'il y a « un sérieux total dans les rangs de la nouvelle majorité à cet égard ».
S'adressant implicitement au Premier ministre désigné et au chef du PSP, Walid Joumblatt, M. Moussaoui a dit : « Ceux qui ont contribué au renversement de la majorité sont appelés, au même titre que nous et que nos alliés à lever les entraves en vue de la formation du gouvernement ».
Pour son collègue Hassan Fadlallah, « il est possible de dire que toutes les entraves ont déjà été levées et qu'il ne reste plus que des détails infimes qui ne méritent pas de retarder l'annonce de la mouture gouvernementale ».
« Notre responsabilité est d'aider le Premier ministre désigné et les blocs qui participent à ce gouvernement à régler tous ces détails », a-t-il dit.
Un autre haut responsable du Hezbollah, cheikh Mohammad Yazbeck, a reconnu que « du temps a été gaspillé » dans le processus de formation du cabinet et estimé que le temps était venu pour celui-ci de voir le jour. Il a appelé le président de la République et le Premier ministre désigné à « mettre en place un gouvernement pour faire échec aux comploteurs voulant instaurer l'anarchie ».
Enfin, le responsable des relations internationales au sein du Hezbollah, Ammar Moussaoui, s'est efforcé de justifier le retard dans la formation du gouvernement en affirmant qu'il fallait « chercher à éviter les contradictions et les désaccords qui avaient paralysé le gouvernement précédent ».
« Si dans les prochains jours, les parties concernées parviennent à mettre la dernière touche à la mouture gouvernementale, le nouveau cabinet sera doté d'une grande capacité de faire face aux difficultés, aux défis et à ce qui se trame en coulisses contre le Liban », a ajouté M. Moussaoui.
Scepticisme au sein du 14 Mars
Dans les rangs du 14 Mars, les commentaires au cours du week-end écoulé étaient toujours principalement axés sur la question de la séance parlementaire convoquée par le président de la Chambre Nabih Berry pour le 8 juin.
Le ministre d'Etat sortant Jean Oghassapian a fait valoir qu'en réalité, le président de la Chambre « ne veut pas de la tenue d'une séance de la Chambre, sinon il se serait comporté différemment ».
« M. Berry est un professionnel de la politique locale et, à ce titre, il sait très bien qu'une réunion de la Chambre à l'ombre des divisions actuelles et en l'absence de gouvernement ne saurait obtenir l'aval du camp adverse d'autant que notre système politiqué est fondé sur un pacte », a-t-il observé.
Selon lui, la convocation de la séance parlementaire n'avait donc d'autre objectif que de « couvrir l'échec de son camp à former un gouvernement, en suscitant un tapage autour de cette séance et en imputant la responsabilité de l'échec au 14 Mars ».
« Comment le 8 Mars, dont la faillite est patente en ce qui concerne la distribution des parts ministérielles, serait-il en mesure de former un gouvernement de sauvetage » ? s'est interrogé M. Oghassapian.
Pour le député Ammar Houry, du bloc du Futur, la campagne menée par les milieux berrystes contre le Courant du Futur, sur fond de polémique au sujet de la séance du 8 juin, n'est qu'une tentative de « fuite en avant ».
« Nous avons dit notre point de vue au sujet de la séance et nous nous sommes fondés sur la Constitution, la loi et le Pacte. Le désaccord ne doit pas aller jusqu'aux insultes. Il semble que M. Berry ait tendance parfois à se montrer intolérant à l'égard du point de vue d'autrui », a ajouté M. Houry.
S'agissant de la prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban, il a indiqué qu'il existe pour cela deux solutions claires : « soit la mise en place d'un gouvernement, soit les décrets itinérants ».
Le député Nadim Gemayel a invité le chef de l'Etat à adopter une position « claire » au sujet de ce qu'il a considéré comme « une transgression de ses prérogatives » par le président de la Chambre.
« Le 8 Mars ne veut pas de gouvernement. C'est pour cela que M. Berry convoque une séance de la Chambre, le but étant d'assurer la marche des affaires sans gouvernement ».
Mohammad Hajjar, député du Chouf, a souligné que la convocation de la séance du 8 juin est non seulement contraire à la Constitution et au Pacte, mais elle transforme le système démocratique parlementaire en vigueur au Liban en un régime d'assemblée.
M. Hajjar a relevé une inversion inhabituelle des rôles de la part des formations chiites. « D'habitude, a-t-il dit, c'est le Hezbollah qui crée la tension. Aujourd'hui, nous sommes surpris de constater que Hassan Nasrallah s'efforce d'utiliser un langage diplomatique alors que c'est Nabih Berry qui joue les trublions ».
Farid Habib, député FL du Koura, s'est demandé pour sa part pourquoi le 8 Mars « ne forme-t-il pas d'abord un gouvernement, ce qui permettrait à M. Berry de convoquer des séances législatives conformes à la Constitution et au Pacte » ?
Il a toutefois exclu la possibilité d'une mise en place rapide du cabinet, d'abord en raison de la situation en Syrie et ensuite du fait des désaccords sur les parts au sein du gouvernement.
Mohammad Chatah, conseiller politique du Premier ministre sortant, a souligné que la nomination du gouverneur de la Banque du Liban est du ressort du pouvoir exécutif et non de la Chambre. « Avoir recours au Parlement de cette manière constituerait une violation de la Constitution et du Pacte national », a-t-il noté.
« Il faut s'abstenir d'ajouter de nouveaux concepts à la Constitution, qui est devenue presque comme le code de la route aujourd'hui au Liban : personne n'y comprend rien aux signalisations », a-t-il dit.
Enfin, l'ancien ministre Mohammad Abdel Hamid Beydoun a souligné qu'il entrait dans les prérogatives du président de la République d'ouvrir une session extraordinaire de la Chambre et d'en définir l'ordre du jour.
Pour M. Beydoun, la carrière de M. Berry « se résume à une politique de paralysie du Parlement au service d'intérêts étrangers ».
En ce qui concerne le gouvernement, il a observé que Saad Hariri, « même lorsqu'il reste cinq mois à former le gouvernement, est en mesure d'attirer les investisseurs au Liban, alors que le 8 Mars les fait fuir ». « Le Liban est tombé sous la tutelle du Hezbollah. Voilà pourquoi il n'y a plus de confiance dans les marchés libanais », a-t-il dit.


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