Peintures, sculptures, vidéos, installations: la pluridisciplinarité de la collection Pinault couvre toutes les formes de l'art contemporain. /
Mais cette édition, qui met en scène une quarantaine d'artistes dans un cadre exceptionnel, est aussi et surtout "une occasion de montrer la diversité de la collection Pinault", qui "est beaucoup plus riche et diverse qu'on ne le pense", explique Martin Béthenod, directeur du Palazzo Grassi.
"Elle s'ouvre à une très grande diversité d'artistes venus de pays et continents divers: Chine, Moyen-Orient, Afrique, ex-pays de l'Est", explique-t-il, afin de souligner qu'"aujourd'hui, le monde de l'art n'a plus un centre, mais dix, vingt", ajoute-t-il, citant Pékin, Rio, Beyrouth, Los Angeles...
L'exposition s'ouvre ainsi aux artistes chinois, du polyptyque façon "estampe chinoise" de Yang Jiechang ("Stranger than paradise") aux portraits pointillistes noir et blanc de Mao et Ho Chi Minh signés Zhang Huan.
Peintures, sculptures, vidéos, installations: la pluridisciplinarité de la collection Pinault couvre toutes les formes de l'art contemporain.
Une des pièces maîtresses est la forêt tout droit sortie de l'apocalypse du Français Loris Gréaud: 36 arbres calcinés en résine baignés dans une semi-obscurité que vient éclairer une lune artificielle. Un paysage à la Tim Burton, inquiétant et fascinant.
Mais la vision proposée par "Le monde vous appartient" n'est pas noire pour autant, bien au contraire: l'humour pointe et fait mouche à chaque détour.
Le vidéaste italien Francesco Vezzoli propose deux films hilarants projetés à l'entresol, sorte de trou normand entre l'atrium et le premier étage.
"Democracy" est une sorte de spot publicitaire fictif mettant en scène deux candidats à la Maison Blanche: Patrick Hill, incarné par Bernard Henri-Lévy, et son double féminin, Patricia Hill, sous les traits d'une Sharon Stone méconnaissable.
À côté, "Marlene redux: a true Hollywood story" est une caricature à tomber par terre des biographies mélodramatiques tournées par les chaînes américaines de divertissement sur les célébrités.
L'exposition risque-t-elle alors de tomber dans le pur divertissement? "L'art contemporain, ça peut être aussi bien des oeuvres très immédiates, très participatives, très joyeuses, mais aussi l'exact contraire, une oeuvre minimale contemplative", se défend Martin Béthenod.
"Je ne pense pas qu'il y ait une dominante ludique, mais c'est vrai que j'aime bien cette dynamique qui fait passer de quelque chose qui vous interpelle de manière très directe à quelque chose qui demande à être mûri plus longuement", précise-t-il.
Les tableaux de l'Américain Jonathan Wateridge en sont la parfaite illustration: en digne héritier d'Edward Hopper (lumière comprise), il dresse un portrait sans fard de l'Amérique.
Dans "Pool party", il donne à voir un couple d'Angelinos blancs, un verre à la main, qui donnent une fête au bord de leur piscine, servis par leur majordome mexicain engoncé dans un uniforme surmonté d'un noeud papillon.
Ailleurs, une inscription joyeuse orne un mur: "Life is beautiful" ("La vie est belle"). En s'approchant, on découvre qu'elle est faite de couteaux plantés dans le mur par un artiste iranien, Farhad Moshiri. 1 241 couteaux, pour être précis.
"Le monde est souvent menaçant, mais derrière ces menaces il y a la possibilité de la beauté", commente sobrement Martin Béthenod.


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