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Moyen Orient et Monde - Le Point

En panne de démocratie

Plutôt gêné aux entournures, le brave général mobilisé devant les feux des sports de CNN pour défendre son institution. Bien sûr que des tests de virginité ont été pratiqués, a-t-il reconnu en substance. Nous ne voulions pas entendre parler d'accusations de viol ou d'abus sexuels ; il nous fallait prouver que ces femmes - l'affaire porte à ce jour sur dix-huit cas - n'étaient plus vierges. « Ergo : leurs tortionnaires ne pouvaient être soupçonnés d'avoir commis des crimes, puisque « ces filles n'étaient pas comme votre fille ou la mienne. » Pensez donc : elles avaient campé dans des tentes, place al-Tahrir - et avec des hommes, ce qui n'est pas raisonnable, a jugé le digne galonné.
L'affaire fait grand bruit, ces jours-ci, sur les bords du Nil, surtout dans les rangs des jeunes, convaincus hier d'avoir été les artisans de la libération et réalisant aujourd'hui combien est grande leur déconfiture. D'autant plus que Mohammad el-Baradeï, éphémère alouette d'un printemps écourté, n'a jamais eu des atomes crochus avec le bon peuple de son pays; Amr Moussa se voit déjà en président et les blogueurs ont été renvoyés à leur toile. En scène, ne restent que les membres du Conseil suprême des forces armées, qui éprouveront quelque peine, on peut le parier, à réintégrer comme promis leurs casernes, le moment venu.
Les militants des droits de l'homme sont invités à se montrer moins critiques pour les maîtres de l'heure, surtout quand il est question de cas de torture. L'argument invoqué laisse pantois : oui à la liberté d'expression, mais dans le respect de l'institution militaire. Les journalistes contestent cette logique, faisant valoir qu'à partir du moment où l'armée assume l'exercice de l'autorité civile elle doit s'attendre à faire l'objet de critiques, un droit acquis de haute lutte il y a trois mois, mais qui reste plutôt aléatoire. Bouthaïna Kamel, seule femme candidate à la présidence de la République, peut en témoigner. Cette ancienne animatrice d'un talk-show à la télévision d'État a dû accepter de rencontrer un officier supérieur pour « un entretien amical » qui s'est tout de même prolongé six heures durant - à l'occasion, la Grande Muette peut se révéler particulièrement loquace... Et il y a quelques semaines, la justice militaire avait condamné un activiste à trois ans de prison, tant il est vrai que la distinction devient de plus en plus difficile à établir entre l'insulte et la critique.
Dans cette partie du monde où les jeunes (diplômés ou non) ne trouvent de débouchés que dans l'administration publique ou dans l'armée, il est naturel que cette dernière serve de bouclier (ou de tombeur) du régime en place. C'est après s'être retrouvé à découvert, lâché par ses anciens camarades de promotion, que Zine el-Abidine Ben Ali a été forcé à l'exil. Ailleurs, la fidélité de la troupe a permis à l'autocrate de demeurer en place ou de jouer sur ses divisions pour sauver son régime - à tout le moins provisoirement. Hosni Moubarak, lui, a fini par abdiquer après avoir vu les plus fidèles de ses lieutenants, Omar Souleimane en tête, opter pour une neutralité de façade.
Près de six mois après le geste désespéré de Mohammad Bouazizi, à Sidi Bouzid, la révolte arabe gronde un peu moins fort et cherche un peu plus désespérément chaque jour à se doter de guides. Ce double constat, il se trouve que la caste militaire l'a déjà fait, si elle n'en a pas encore tiré les conclusions qui s'imposent. À la notable exception des royautés du Golfe, dans le reste du monde arabe les chefs d'État sont passés par les écoles de guerre, qu'elles soient de Homs, de Sandhurst ou de Volongze. À défaut, ils n'ont jamais hésité, à peine sortis des casernes, à s'octroyer quelques précieux galons, accompagnés d'indispensables chamarrures censées impressionner le vulgum pecus ignorant que « le roi est nu ».
L'impression qui se dégage de l'apparent immobilisme actuel est que la relève se met lentement en place, prête à occuper le devant de la scène après avoir fait le vide dans les allées du pouvoir. Pourquoi ? Parce que le respect des droits de l'homme représente une notion qui recommence à s'estomper, si tant est qu'elle ait jamais constitué une réalité dans cette partie du monde. Parce que, à en croire les rapports des divers organismes internationaux spécialisés, l'instruction, en dépit des apparences, est en cours de régression et en tout cas ne débouche que sur un chômage accru. Enfin, parce que le rôle de la femme dans la société, troisième panneau du triptyque socio-économique, est réduit à la portion congrue après la brève éclaircie des premiers jours de l'année présente.
Dans ces conditions, il faudra attendre encore, pour vivre ces lendemains qui chantent si joliment dans les envolées révolutionnaires. En remerciant les cieux que la Terreur ne succède pas toujours à la chute de la royauté.
Plutôt gêné aux entournures, le brave général mobilisé devant les feux des sports de CNN pour défendre son institution. Bien sûr que des tests de virginité ont été pratiqués, a-t-il reconnu en substance. Nous ne voulions pas entendre parler d'accusations de viol ou d'abus sexuels ; il nous fallait prouver que ces femmes - l'affaire porte à ce jour sur dix-huit cas - n'étaient plus vierges. « Ergo : leurs tortionnaires ne pouvaient être soupçonnés d'avoir commis des crimes, puisque « ces filles n'étaient pas comme votre fille ou la mienne. » Pensez donc : elles avaient campé dans des tentes, place al-Tahrir - et avec des hommes, ce qui n'est pas raisonnable, a jugé le digne galonné.L'affaire fait grand bruit, ces jours-ci, sur les bords du Nil, surtout dans les rangs des jeunes, convaincus hier d'avoir été...
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