Éclairage

Les Estoniens déjà exfiltrés du Liban, « Nahas cache des détails » sur les ravisseurs

Les sept Estoniens lors de l’appel vidéo publié par les ravisseurs.

Le dossier des otages estoniens, enlevés le 23 mars dernier dans la zone industrielle de Zahlé, refait surface depuis quelques jours, avec les accusations publiques lancées par le directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Achraf Rifi, contre le ministre des Télécommunications, Charbel Nahas. Accusations selon lesquelles le ministre n'a pas transmis aux FSI des données relatives aux communications téléphoniques des ravisseurs. L'arrestation, le week-end dernier, par l'armée libanaise, de quatre suspects qui seraient liés à l'enlèvement des sept cyclistes, dans une usine de sucre, à proximité de Majdel Anjar, est l'autre rebondissement dans l'affaire.
Épluchant les dessous du dossier, une source sécuritaire informée est formelle : « Le ministre des Télécommunications, Charbel Nahas, détient effectivement des données importantes susceptibles de retracer l'itinéraire des ravisseurs et les contacts qu'ils ont effectués depuis près d'un mois. » « Il refuse de transmettre ces informations aux services de renseignements des FSI. » La source accuse « quelqu'un » d'« entraver la mission de ces services » et de les « empêcher de mener à bien l'enquête, dans ce dossier ». Par quelqu'un, elle désigne « une partie libanaise et une partie étrangère », la deuxième partie étant la Syrie en l'occurrence, qu'elle s'abstient toutefois de nommer. « Ceci est un crime à l'échelle nationale. Il faut privilégier la raison d'État, car il s'agit d'une affaire qui touche à la sécurité nationale », observe la source.
Cette source certifie que « les services de renseignements des FSI disposent pourtant des capacités nécessaires pour mener à bien leur mission ». « Ils en ont les moyens, sans aucun doute. Ils ont même fortement acculé les ravisseurs. Preuve en est, 48 heures après l'enlèvement, ils avaient rapidement démêlé les fils de l'affaire qui ont conduit à l'arrestation de huit personnes. Ils ont même retrouvé la camionnette dans laquelle les otages ont été emmenés », précise-t-elle. « Parmi les personnes arrêtées, quatre ont participé à l'enlèvement et quatre autres leur ont apporté l'assistance nécessaire. Deux des dix ravisseurs sont toutefois encore en fuite », poursuit encore la source, citant Waël Abbas, « le cerveau de l'affaire », un Libanais de Majdel Anjar, et Mohammad Zarifé, « son assistant », un ressortissant syrien résidant à Majdel Anjar. La source déplore, de plus, la mort d'un officier des FSI, Rached Sabri, et d'un membre important du réseau, Darwiche Khanjar, lors d'un échange de tirs. Elle tient à mentionner les déclarations du ministère estonien des Affaires étrangères, qui a salué la coopération des autorités libanaises dans l'enquête. Elle ajoute qu'à ce niveau, les FSI et l'armée libanaise coordonnent leurs actions.
Quant au scénario le plus plausible concernant l'enlèvement, il privilégie la thèse du hasard. « Les ravisseurs ont enlevé les cyclistes estoniens parce qu'ils étaient occidentaux, tout simplement », estime notre interlocuteur. Et de poursuivre que « l'opération s'est déroulée en deux étapes distinctes. L'enlèvement d'abord, la détention ensuite. Mais il est vrai que leur nombre était un casse-tête pour les ravisseurs, qui n'avaient même pas prévu de lieu de détention au Liban ». « Ils auraient donc été cachés la première nuit dans l'entrée d'un immeuble, au Liban », raconte-t-il.
Une hypothèse très probable est que « les otages estoniens ne se trouvent pas au Liban, à l'heure actuelle », selon les suppositions de la source sécuritaire. « Ils pourraient être détenus à l'étranger, en Syrie, où ils serviraient de monnaie d'échange dans le dossier syrien ». Leur enlèvement remonte pourtant à plus de deux mois. Les troubles en Syrie commençaient à peine. Quant à la partie libanaise impliquée dans l'affaire, elle pourrait être liée à une organisation islamiste, mais indépendante d'el-Qaëda. Cette partie aurait agi « conformément à un processus commun durant les années quatre-vingt ». Processus selon lequel « une partie exécute un enlèvement pour un commanditaire ».
Plus de deux mois après l'enlèvement des cyclistes estoniens, et malgré deux appels à l'aide des otages, diffusés depuis Damas de deux adresses différentes, les ravisseurs n'ont toujours présenté aucune revendication, et le mystère demeure entier. Les dernières arrestations conduites par l'armée libanaise permettront-elles de délier quelque peu ce mystère ?

Le dossier des otages estoniens, enlevés le 23 mars dernier dans la zone industrielle de Zahlé, refait surface depuis quelques jours, avec les accusations publiques lancées par le directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Achraf Rifi, contre le ministre des Télécommunications, Charbel Nahas. Accusations selon lesquelles le ministre n'a pas transmis aux FSI des...

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