Georges et Daniel Daou, des viticulteurs heureux.
C'est à leur père, le regretté Joseph Daou, un industriel accompli, qui a longtemps présidé l'usine familiale de meubles Halim Daou, et leur mère Marie, le catalyseur, qui vient de nous quitter, qu'ils doivent cet équilibre, colonne vertébrale de leur brillant parcours. Avec leurs deux sœurs, Marie-Joe, qui a également remarquablement réussi aux États-Unis dans l'immobilier, et Michèle, partie trop tôt en 2010, ils ont grandi avec la présence, et maintenant le souvenir d'un père « sincère, honnête, fort et sage », qui a insufflé en eux une éducation contre toute épreuve, un esprit et une manière d'être.
Du Liban qu'ils ont quitté encore enfants durant les premières années de la sombre guerre, ils retiennent encore « l'amour et la gentillesse typiquement libanaise, la vie à la fois simple et complexe, les amis d'enfance « qui restent », le Golf Club, les dimanches en famille ». Avec, au programme, messe, promenades dans les montagnes et déjeuners en plein air. Ils conservent surtout le goût des choses et la couleur des jours heureux. Mais ils n'ont pas oublié, ils n'oublieront pas, ce maudit 3 mai 1973, lorsqu'un obus les touche de plein fouet. Georges est grièvement blessé au foie et aux poumons, Michèle aux mains et aux épaules. Daniel, qui garde encore quelques séquelles au visage, reçoit des éclats sous l'oreille, au pied et dans le cœur... « Avec cette expérience, dira ce dernier, nous avons appris le pardon. » L'exil s'impose à la famille cruellement touchée. C'est en France qu'ils tenteront de récupérer un peu de cette enfance altérée, avant de s'embarquer en 1989 pour les États-Unis.
L'aventure américaine
La famille porte son choix sur San Diego. Sans doute le soleil, la mer, la nature, quelque chose du Liban. À la University of California San Diego, Georges décroche une licence puis une maîtrise en génie électronique. Daniel une licence en génie informatique. « Nous avons interrompu nos études pour nous lancer dans la création de Daou Systems, précise Georges, l'aîné. J'étais accepté à Stanford University et Daniel travaillait chez Sony Philips lorsque fut inventé le CD que nous connaissons aujourd'hui. Mon père voulait créer une petite entreprise avec un capital limité. Il apporterait son savoir-faire financier, je m'occuperais de la vente et du marketing, Daniel de la production. Je n'avais que 26 ans et lui 22. Mon frère qui, dès l'âge de 15 ans, s'intéressait aux ordinateurs, créait des programmes et y voyait de grandes possibilités, a eu l'idée de nous lancer dans les réseaux informatiques. » Avec un investissement de base de 50 000 dollars, la société se développe rapidement dans un marché encore relativement vierge. Elle se spécialise dans l'industrie des services de santé et des hôpitaux. Introduite en Bourse, elle connaît un extraordinaire essor. Les revenus de la société excédent les 100 millions de dollars par an, rapportant une capitalisation boursière de 700 millions ! 10 ans après sa création, Daou Systems devient une des cinq premières sociétés introduites en Bourse. En 2002, Daniel fonde Digital Orchid, spécialisée dans la création et la distribution d'applications pour cellulaires. Cédée cinq ans plus tard, Georges précisera : « Nous étions en avance de dix ans sur ce marché. »
Le vin à l'honneur
Malgré, ou grâce, à un discours essentiellement humain, le duo, très complémentaire, garde les pieds sur terre. Il suit ses envies et les transforme en ambition, en projet puis en affaire qui marche. Celle-ci s'appelle Daou Vineyards and Winery. « Nous avons toujours voulu posséder un ranch, confie l'homme d'affaires. Je suis un joueur de polo, Daniel un collectionneur de vin et nous adorons ce breuvage. » C'est ainsi qu'ils décident d'acheter un terrain superbement bien situé, à Pabo Robles, en Californie. Ils le baptisent Daou Mountain. Avant de se lancer dans ce nouveau défi, qui leur procure un bonheur évident, le plus jeune, qui a toujours eu du flair, prend des cours de viticulture et de fabrication de vin. Georges, qui possède le know how et la parole facile, se charge de la commercialisation de leur variété de Bordeaux, de Cabernet Sauvignon, de Merlot et de Syrah. L'affaire semble avoir bien démarré puisque leur 2008 Cabernet Sauvigon a décroché la médaille d'or à la San Francisco Wine Competition et que cette année, « nous avons tout vendu ! » souligne Georges, très satisfait. Les deux frères, comblés, cuvent leur vin et leur vie sous un soleil réparateur. Sans oublier de, régulièrement, rendre hommage à leurs parents. Ils viennent d'acheter une centaine d'hectares pour planter des vignes. Ils l'ont baptisé : Joseph and Marie vineyards.
Mélange parfait de trois cultures dont ils se sont imprégnés, ils avouent en chœur avoir pris le meilleur de chacune : du Liban l'âme, de la France l'éducation et la rigueur, et des États-Unis le goût du travail intense et de la concurrence. Et une certaine assurance qui leur donne du cran, surtout lorsqu'ils jouent dans la cour des grands.
Leur réussite professionnelle, fulgurante, ne cesse de les encourager, certes, mais rien de plus. Il suffit d'observer Georges et Daniel Daou pour retrouver ce même regard et cette spiritualité intense qui continue de les guider dans leur choix. Il suffit de les écouter parler pour constater que la foi est présente dans chacune de leurs phrases.
Et que leur richesse est également intérieure.

