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Nos lecteurs ont la parole

Pour un réexamen des règles de la République

Bachir BECHARA
Ce qui est frappant sur la scène politique libanaise actuelle, c'est l'extrême diversité observée dans l'interprétation des règles de la Constitution issue de l'accord de Taëf, plus particulièrement celles qui concernent les prérogatives du chef de l'État et du chef du gouvernement. Et il est fort compréhensible que ces différences aboutissent à la paralysie des institutions. Le plus grave, c'est que même les géniteurs du fameux accord, dont une partie est toujours vivante, s'opposent au sens donné à certains articles quand ils font notamment allusion à « l'esprit de l'accord » que chacun perçoit conformément à son orientation politique. Ainsi l'opinion de M. Albert Mansour ne correspond point à celle de M. Edmond Rizk et le jugement de M. Boutros Harb diffère de celui de M. Auguste Bakhos ou de M. Mikhaël Daher.
C'est qu'à l'origine, il convient de le rappeler, le projet de révision de la Constitution de 1926 aurait pris un mauvais départ. En 1953, le visionnaire théoricien Michel Chiha a bien prévenu de ne toucher aux institutions qu'« avec une extrême réserve » ; alors qu'à Taëf on les a remodelées avec beaucoup d'imprudence. On ne change pas de Constitution dans la précipitation et la fébrilité pour mettre fin à une guerre civile... Une bonne réflexion ne s'accommode pas de la contrainte et de l'intimidation. Sans vouloir sous-estimer la haute compétence de nombre de nos parlementaires, la mise à jour d'une Constitution nouvelle exige le travail concerté de constitutionnalistes chevronnés qui s'accordent tout le temps de préparation nécessaire.
Avec une Constitution qui attribue le pouvoir exécutif au Conseil des ministres dans son ensemble, n'est-il pas naturel de s'attendre à un acharnement des partis politiques à vouloir figurer dans le gouvernement, et en bon nombre, menant par voie de conséquence au grippage des institutions alors que le parrain syrien n'est plus présent pour réguler ou imposer une issue ?
Cette lutte pour le pouvoir n'est pas propre à la conjoncture libanaise actuelle. Elle existe aussi dans les États démocratiques pluralistes. Si elle se trouve exacerbée au Liban, c'est en raison d'une loi fondamentale mal adaptée, souffrant de beaucoup de défaillances et dont les termes sont controversés.
Le moins qu'on puisse dire aujourd'hui, c'est que les règles de la République doivent impérativement être réexaminées dans le calme, la sérénité et dans un souci d'équilibre, de justice et d'intérêt national. Aucune formule ne doit être écartée. Ayons le courage de porter un regard sur les mécanismes du pouvoir dans les pays développés multicommunautaires. Profitons de leurs expériences.
Un leader beyrouthin avait naguère recommandé la formation d'un « Conseil présidentiel » de six membres. Ce recours ne règle-t-il pas une bonne part de nos problèmes ? Si nous introduisons le non-cumul des fonctions ministérielles et parlementaires, la remise sur pied et la dynamisation des organismes de contrôle, une part de décentralisation, des mesures radicales contre la corruption et le clientélisme, et pourquoi pas un peu d'esprit religieux, de morale, etc., nous aurions franchi un parcours dans le bon sens.
Pour notre bien commun, mettons-nous donc à l'œuvre.

Bachir BECHARA
Colonel à la retraite
Ce qui est frappant sur la scène politique libanaise actuelle, c'est l'extrême diversité observée dans l'interprétation des règles de la Constitution issue de l'accord de Taëf, plus particulièrement celles qui concernent les prérogatives du chef de l'État et du chef du gouvernement. Et il est fort compréhensible que ces différences aboutissent à la paralysie des institutions. Le plus grave, c'est que même les géniteurs du fameux accord, dont une partie est toujours vivante, s'opposent au sens donné à certains articles quand ils font notamment allusion à « l'esprit de l'accord » que chacun perçoit conformément à son orientation politique. Ainsi l'opinion de M. Albert Mansour ne correspond point à celle de M. Edmond Rizk et le jugement de M. Boutros Harb diffère de celui de M. Auguste Bakhos ou de M. Mikhaël...
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