Le ministère de l’Intérieur brûle dans le quartier d’el-Hasaba, où se sont affrontés les pro-Saleh et des militants de l’opposition. Photo AFP
Les combats à Sanaa ont fait 68 morts depuis qu'ils ont éclaté lundi au lendemain du refus de M. Saleh de signer un accord sur une transition pacifique du pouvoir, élaboré par les monarchies arabes du Golfe. Au moins 24 personnes ont été tuées lors de combats à Sanaa et à sa périphérie nord, près de l'aéroport qui a été brièvement fermé, selon des sources officielles et tribales. Mais ce bilan est appelé à s'alourdir, les secouristes ayant pu seulement entrer dans le quartier d'el-Hasaba, théâtre de violents combats entre forces gouvernementales et les partisans de cheikh el-Ahmar.
Les affrontements ont poussé à la fuite un grand nombre des contestataires qui campaient sur la place du Changement pour demander le départ de M. Saleh, de crainte de leur extension. « Les combats ont été très violents et je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Les obus de mortier explosaient sans arrêt », a affirmé Ahmad Abdallah, un habitant du quartier el-Hasaba. Sur la place, les manifestants n'étaient plus qu'environ 1 500 hier, alors que des dizaines de tentes étaient vides. « Si la situation perdure, la révolution des jeunes ne pourra pas triompher et nous quitterons tous la place », affirme Bassem al-Hakimi, un étudiant, alors que les déflagrations des obus étaient entendues sur la place. En outre, 28 personnes ont été tuées dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Sanaa appartenant au clan des el-Ahmar, selon le ministère de la Défense. Mais une source de la première division blindée, ralliée aux contestataires et qui contrôle le secteur où se serait produite l'explosion, a affirmé que l'explosion avait été provoquée par des obus tirés par les forces pro-Saleh. Selon des sources médicales, des tirs ont visé les ambulances qui tentaient de pénétrer dans ce quartier dans la nuit.
Face à la recrudescence des violences, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a appelé « toutes les parties » à cesser « immédiatement » les combats et réclamé de nouveau le départ de M. Saleh, après un ordre des États-Unis aux familles de leur personnel diplomatique et employés non indispensables de quitter le Yémen. La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a fait de même. « J'espère que le président Saleh écoutera les demandes du peuple yéménite et des amis du Yémen. Il est temps qu'il montre son véritable engagement pour une transition pacifique et ordonnée. Il est temps pour le président Saleh de transférer le pouvoir maintenant », a dit Mme Ashton dans un communiqué. La France a « déploré » les « combats en cours dans la ville de Sanaa » et attribué à M. Saleh « l'entière responsabilité » de l'impasse politique, née de son refus de signer un plan de transfert du pouvoir des monarchies du Golfe. Le ministère français des Affaires étrangères a demandé également hier sur son site Internet aux ressortissants français de quitter « au plus vite » le Yémen.
Les protestataires ont appelé toutefois à une marche de « résistance pacifique » aujourd'hui à Sanaa tandis que les partisans de M. Saleh ont appelé les Yéménites à manifester pour soutenir « l'ordre et la loi ».
Maintenant toujours une attitude de défi, M. Saleh a ordonné l'arrestation de cheikh Sadek et de ses frères « dans le but de les traduire en justice pour rébellion armée », selon le ministère de la Défense.
Cheikh Sadek est l'un des dix fils de l'influent chef tribal décédé Abdallah el-Ahmar, qui était le président du Parlement. Son frère, Hamid el-Ahmar, est un homme d'affaires de renom et un dirigeant du parti islamiste d'opposition el-Islah.
(Source : AFP)

