« Je pense que le jour où ces jeunes gens ont été arrêtés et torturés à Deraa a fait basculer les choses car les gens dans le Sud étaient en colère face à la corruption, estime un autre habitant de la capitale. Le couvercle a sauté. » L'élément déclencheur de la contestation a été l'arrestation dans la ville de Deraa (Sud) d'adolescents qui avaient écrit sur les murs des slogans antirégime.
Le propriétaire d'un hôtel souligne que la saison touristique est maintenant perdue. « Les gens réalisent que cela pourrait encore durer des mois et se tournent vers le gouvernement en attendant des réponses, mais rien ne vient. Nous avons considérablement réduit nos tarifs et licencié des employés, mais certains d'entre nous ont dû fermer pour réduire leurs pertes », souligne-t-il.
Selon le mouvement de défense des droits de l'homme Saouassiah, la répression a fait au moins 1 100 morts parmi la population civile. L'Organisation non gouvernementale dit détenir les noms de chacune de ces victimes, qui viennent majoritairement de la plaine du Hauran, berceau de la contestation dans le Sud, mais indique 200 morts de plus dont elle ignore l'identité. Face à la contestation, le régime a offert quelques concessions mais s'est surtout lancé dans une forte répression.
« C'est comme une tache d'huile qui s'agrandit. Je pense qu'il va y avoir encore beaucoup de morts et que le régime pourrait s'effondrer », juge un commerçant. Un homme d'affaires souligne de son côté le rôle capital qu'ont joué Internet et les réseaux sociaux dans la contestation. « Quand Hafez el-Assad a écrasé la rébellion à Hama en 1982 en tuant des milliers de gens, ce massacre n'a pratiquement pas fait de bruit en dehors de la Syrie », rappelle-t-il. « Mais cette fois-ci, ils n'arrivent pas à étouffer » la contestation.
La peur, qui dissuadait auparavant beaucoup de Syriens de manifester, n'est également plus un rempart pour le régime. « La plupart des révolutions dans le monde se sont produites quand le mur de la peur est tombé, et c'est ce qui arrive en Syrie », affirme une habitante de la capitale. D'autres Syriens pensent toutefois que Bachar el-Assad souhaite sincèrement des réformes et qu'il faut lui donner le temps de les appliquer. Ils font porter la responsabilité des affrontements à des agents de l'étranger venus notamment d'Arabie saoudite et du Liban. « Tout le monde est d'accord pour dénoncer la corruption, mais on ne peut s'en débarrasser du jour au lendemain », affirme un Syrien, en avertissant que « si on arrache cet arbre pourri trop vite, on risque de détruire la moitié du pays en même temps ».
(Source : agences)

