Un conflit prolongé provoquerait "une telle effusion de sang" que "la Libye serait une nouvelle Somalie", a argué sur la BBC Moussa Koussa, l'ancien chef de la diplomatie libyenne, qui a fait défection à Londres.
En Somalie, l'effondrement de l'État dans les années 1990 avait ouvert la voie au pouvoir morcelé des shebabs, des islamistes radicaux.
M. Koussa a demandé "à toutes les parties d'éviter d'entraîner la Libye dans une guerre civile", et mis en garde contre la partition de son pays, plaidant qu'elle rendrait toute paix impossible.
Les propos de celui qui fut aussi chef de l'espionnage libyen, et l'un des principaux hommes de confiance du colonel Kadhafi, résonnent avec ceux de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, le 2 mars devant les sénateurs à Washington.
"L'une de nos pires inquiétudes est de voir la Libye plonger dans le chaos et devenir une Somalie géante", expliquait-elle, en rappelant que de très nombreux membres d'el-Qaëda ayant oeuvré pour le réseau islamiste en Irak et en Afghanistan venaient de Libye, en particulier de l'est du pays.
"Il est assez probable que la situation dégénère en Libye, mais je ne dirais pas que le pays pourrait devenir une nouvelle Somalie", tempère Bilal Saab, un analyste de l'université du Maryland.
"La Libye importe beaucoup plus aux intérêts occidentaux que la Somalie", dit-il. En cas de besoin, "l'Occident augmenterait donc son effort militaire pour empêcher un tel scénario de se produire".
D'autres experts sont moins catégoriques.
Sur le terrain militaire, "on arrive à une impasse", ni les rebelles, ni Kadhafi ne parvenant à l'emporter, note Christopher Boucek, de la fondation Carnegie.
Interrogé sur les déclarations de Moussa Koussa, il décrit une situation dans laquelle le dirigeant libyen pourrait se retrouver, dans l'Ouest libyen, à la tête d'un État tronqué -- "un régime-croupion" --, et s'inquiète de la réaction qu'aura un Kadhafi "acculé et blessé".
"C'est quand même un gouvernement qui, par le passé, a soutenu le terrorisme international et a cherché à obtenir des armes de destruction massive", rappelle-t-il.
M. Boucek met en cause les contradictions de la coalition étrangère, qui souhaite le départ de Kadhafi mais dit ne pas vouloir y contribuer directement. Il appelle surtout à travailler d'urgence à "la Libye post-Kadhafi". Selon lui, "c'est là que sera le vrai défi".
Si el-Qaëda est encore loin d'avoir pris pied en Libye, l'organisation fait tout son possible pour y parvenir, convient en tous cas Noman Benotman.
Cet ancien djihadiste libyen est désormais employé par la fondation Quilliam, un centre de réflexion antiterroriste basé à Londres.
Les islamistes "font tout ce qu'ils peuvent" pour peser sur la situation, a dit à CNN M. Benotman: "Surtout el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI), qui a essayé récemment de faire passer des gens à la frontière sud entre la Libye et l'Algérie. Mais je pense que c'est très dur pour eux".
En revanche, "si on permet que le conflit dure trop longtemps", a-t-il ajouté, "cela voudra dire 100% d'incertitude".


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026