Samedi 19 mars : les avions de combat français sont les premiers à frapper les chars libyens pour protéger la population de Benghazi (est) aux mains des insurgés.
Deux mois plus tard, Mouammar Kadhafi est toujours au pouvoir à Tripoli malgré la pression internationale, et les insurgés n'ont guère progressé vers l'ouest du pays, hormis ces derniers jours dans la région de Misrata.
"Que ce soit en Cyrénaïque, à Misrata ou dans le massif du Djebel Nefoussa, autour de Zintan, la situation n'évolue plus, ni dans un sens, ni dans l'autre", a constaté le ministre de la Défense, Gérard Longuet, lors de son audition le 11 mai au Sénat.
Entretemps, les Rafale et Mirage 2000 français ont assuré 25% à 30% des missions de la coalition sous commandement de l'OTAN, au côté de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis notamment, pour faire respecter la résolution 1973 de l'ONU, à raison de plus de 200 sorties par semaine.
Des opérations qui, selon Gérard Longuet, avaient déjà entraîné début mai un surcoût de 53 millions d'euros, dont 31,7 millions en munitions, pour le budget de la Défense, à raison d'environ 1,2 million d'euros par jour.
Le ministre a dressé devant les sénateurs un bilan des opérations : l'aviation libyenne "aurait été anéantie, avec plus de 80% des appareils hors service, et il ne resterait plus que des hélicoptères. L'armée de terre aurait subi de lourdes pertes, avec un tiers des matériels lourds détruits et environ 50% des stocks de munitions".
Les spécialistes rappellent qu'après l'intervention aérienne de l'Otan au Kosovo, en 1999, seuls 10% de l'armement des forces serbes avaient effectivement été détruits, après plus de deux mois de bombardements.
En deux mois, les objectifs des frappes ont changé. Une fois les chars et les défenses anti-aériennes détruits, ou dissimulés par les forces de Kadhafi, les avions de l'Otan ont ciblé les systèmes radar, les dépôts de munitions ou les centres de commandement des forces libyennes.
Mais l'opération uniquement aérienne s'essouffle et les pilotes ont de plus en plus de mal à trouver des cibles, en raison de l'imbrication de plus en plus grande des forces libyennes avec la population ou les insurgés. Et la coalition s'est fixé comme priorité d'éviter les pertes civiles.
"Ce qui reste aux forces loyales à Kadhafi, ce sont essentiellement les pick-up équipés de mitrailleuses, qu'il est difficile de détruire, car ils sont très mobiles et sont utilisés également par les opposants", souligne M. Longuet.
Après deux mois, l'intervention en Libye entre dans les opérations du même type de longue durée, avec le Kosovo (78 jours) où l'Irak, où les raids aériens avaient duré 42 jours en 2003 avant la chute de Saddam Hussein.
En Libye cependant, aucune solution politique n'est encore en vue.
"On n'a pas beaucoup avancé en deux mois", estime Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).
L'OTAN a, selon lui, "intérêt à ce que ça accélère pour deux raisons" : "Le temps qui passe est favorable à Kadhafi, d'une part. Et plus le temps passe, plus on voit les dissensions au sein du CNT (Conseil national de transition) et le manque de sérieux des insurgés".


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