Claire Zablit : « Beaucoup de professionnels partent, une fois qu’ils sont bien formés.Tous les ans, un nombre croissant d’infirmières quitte le pays. »
« Le départ des infirmières libanaises a un impact sur la santé. Il faut le dire, le répéter : les infirmières ont un vrai rôle à jouer dans l'évolution du pays », assure le Dr Thamine Siddiqi, représentant de l'OMS au Liban. Un rôle social dont le 1er Congrès International de l'ordre des infirmiers au Liban a redessiné les contours du 12 au 14 mai, soulignant ainsi le manque d'infirmières qui touche actuellement le pays. On compte au Liban 13 infirmières pour 10 000 habitants, alors que la moyenne dans les pays du Moyen-Orient est de 15 infirmières pour 10 000 habitants.
Un des principaux défis de la profession, depuis 2001, est l'émigration des infirmières libanaises. Il y a dix ans, Claire Zablit, la présidente de l'ordre des infirmiers, avait tiré la sonnette d'alarme suite au départ massif des infirmières libanaises : « Beaucoup de professionnels partaient en France ou au Canada au bout de quatre ans d'expérience, une fois qu'ils étaient bien formés. Maintenant, nos infirmières vont surtout dans les pays du Golfe. Tous les ans, un nombre constant d'infirmières quitte le pays. »
Selon David Benton, directeur général du Conseil international des infirmières (CII), il existe trois types de mouvements des professionnels de la santé : « Il arrive que les infirmières quittent la profession pour travailler dans l'assurance par exemple. Beaucoup de jeunes femmes s'installent en ville ; cela exige donc de rendre les campagnes plus attractives pour les infirmières. Et le troisième mouvement problématique est l'émigration vers d'autres pays. » David Benton explique que « le principal défi auquel fait face le Liban c'est de garder ses infirmières, et pour y parvenir, le gouvernement doit revoir les conditions de travail et les possibilités de carrière dans ce secteur. »
D'après Claire Zablit, la situation des infirmières s'est améliorée au Liban. De plus en plus, ces professionnels de la santé peuvent faire carrière, « même si leur place au sein de l'équipe décisionnaire est encore trop faible. » L'ordre poursuit ses efforts pour que le métier d'infirmière soit valorisé. « Nous travaillons avec le ministère de la Santé et le ministère du Travail pour nous assurer que les hôpitaux respectent les exigences du code du travail. Nous voulons que la charge de travail des infirmières soit raisonnable. »
« L'infirmière n'est pas une employée comme les autres »
Le ministre de la Santé, Mohammad Jawad Khalifé, souligne que « l'infirmière n'est pas une employée comme les autres ». « Elle est importante dans le système, il est nécessaire de respecter la dignité de l'infirmière », affirme-t-il. David Benton estime que « la société libanaise doit accepter le fait que la profession est essentielle ». « L'infirmière est le premier point de contact du patient, relève-t-il. Elle peut, selon les réglementations, prescrire des médicaments. C'est aussi grâce à elle que les comportements peuvent changer. L'infirmière joue un rôle social. »
Claire Zablit va même plus loin : « L'infirmière n'apporte pas seulement le soin, mais elle aide le patient à accepter sa maladie par sa présence, sa parole. L'infirmière permet d'humaniser l'espace hospitalier. »
Ce rôle doit être pris en compte par la société libanaise, d'autant que d'après le ministre de la Santé, « les infirmières et les infirmiers libanais sont les mieux formés de la région ». Un fait que confirme Francine Girard, doyenne de la faculté de sciences de l'Université de Montréal : « Les infirmières libanaises sont réellement compétentes, elles savent s'adapter à tous les milieux. »
Cette compétence ne cesse de s'améliorer, selon Claire Zablit, qui rappelle que l'ordre cherche à assurer des partenariats aux étudiants, notamment avec l'Université de Montréal. « La formation de base est de plus en plus pointue, déclare-t-elle. À cela s'ajoute une formation continue tout au long de la carrière, basée sur les recherches. »
Sensibiliser la population
« Choisissez la profession Infirmière...Vous assurez votre avenir. » L'ordre vient de lancer une vaste campagne médiatique de sensibilisation au métier d'infirmière, qui va durer trois ans. « Nous voulons attirer des vocations », explique Claire Zablit. Les arguments chocs ? « Pour moi, il y a cinq bonnes raisons de vouloir embrasser cette profession, confie-t-elle. Une infirmière n'est jamais au chômage, elle est en permanence au contact de l'humain et elle peut faire carrière. De plus, les infirmières travaillent aussi bien dans les écoles que dans les hôpitaux. Les milieux d'exercice sont très variés. Et puis ces personnes ont de grandes connaissances scientifiques. Dans une famille, les infirmières sont très utiles, elles sont une référence santé! »
D'après Claire Zablit, le salaire d'une infirmière débutante est un autre atout de la profession : à 800 dollars par mois à Beyrouth pour 42 heures de travail par semaine « c'est correct ». « L'ordre se bat pour que les salaires augmentent et que les horaires de travail soient moins lourds », précise-t-elle sur ce plan. Et de conclure avec un sourire : « Si je devais choisir un métier aujourd'hui, cela ne fait aucun doute que ce serait à nouveau celui d'infirmière. »

