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Nos lecteurs ont la parole

Les véritables obstacles à la formation du gouvernement

Par Joseph W. ZOGHBI
Dans la plupart des pays, la formation d'un gouvernement ne prend que 24 à 48 heures. Cette efficacité dans la décision provient du fait que, normalement, les chefs de l'exécutif, appuyés par une majorité parlementaire, font leur choix. Plus simplement parfois, la majorité parlementaire dicte ce choix à l'exécutif. J'exclus certainement les dictateurs qui n'en font qu'à leur guise.
Rares sont les pays où plusieurs mois sont nécessaires pour que la fumée blanche monte du palais présidentiel, annonçant la naissance d'un gouvernement.
Le Liban et la Belgique sont deux exemples de cette « exception », avec une ressemblance particulière quant aux désaccords profonds entre les diverses composantes de leurs populations sur la pérennité de la structure même du pays. Cependant, à la différence de la Belgique où les pays étrangers ne se permettent pas d'intervenir dans les affaires internes, au Liban toutes les chancelleries n'hésitent pas à pratiquer tout genre d'interventions, assorties de menaces proférées avec une arrogance et une effronterie inégalée. Chaque chancellerie exige des conditions propres aux intérêts du pays qu'elle représente, ce qui constitue en soi l'un des obstacles majeurs à la formation du gouvernement.
Mais ne jetons pas la pierre aux seuls pays étrangers, car la responsabilité incombe certainement en premier lieu aux Libanais eux-mêmes.
En prenant l'exemple de la formation des deux derniers gouvernements, il est tout à fait clair que les désaccords intercommunautaires notamment entre sunnites et chiites, et leurs interactions régionales et internationales sont l'une des causes des échecs dans leur formation et/ou dans le fonctionnement de l'État.
L'avant-dernier gouvernement étant devenu inconstitutionnel après la démission des ministres chiites, cela a conduit aux accords de Doha qui ont tenté de colmater avec un succès tout relatif ces désaccords de fond. Il y eut ensuite l'élection d'un président de la République et la formation d'un gouvernement d'« union nationale ». Cependant, subsistait toujours en toile de fond les profonds désaccords entre les deux communautés. La cosmétique de la déclaration ministérielle n'a pu servir à cacher très longtemps ces désaccords, qui ont conduit à l'éclatement du gouvernement après le changement de la majorité parlementaire,
La toile de fond est toute simple. Deux camps s'affrontent, celui dirigé par les États-Unis et l'Arabie saoudite qui veulent la tête du Hezbollah, et l'implantation des Palestiniens au Liban, ce qui se traduirait dans la pratique pour l'Arabie saoudite par le maintien du leadership sunnite ; et celui de l'Iran et de la Syrie. Ce camp veut garder le Hezbollah au Liban comme allié de poids au service d'intérêts propres à chacun. Pour l'Iran, il s'agit de servir sa stratégie visant à en faire le leader des communautés chiites dans le monde et d'étendre son influence au-delà de ses frontières. De ce fait, elle fait pression sur Israël par l'intermédiaire du Hezbollah pour faire passer son programme nucléaire et pour devenir une puissance incontournable, au moins dans la région. Elle doit donc contrer la stratégie des États-Unis et de l'Arabie saoudite pour arriver à ses fins. En ce qui concerne la Syrie, il est de son intérêt de s'allier aux Iraniens et à la communauté chiite à cause de la fragilité de son système minoritaire qui serait mis à mal avec un regain de puissance de la communauté sunnite, principalement au Liban.
Une troisième composante vient se greffer sur cette toile de fond, et qui est le résultat de cette confrontation régionale : c'est la composante chrétienne majoritaire, représentée au Parlement par le plus grand nombre de députés.
Le camp américano-saoudien a marginalisé cette communauté, premièrement par les accords de Taëf qui ont enlevé la plupart de ses pouvoirs au président de la République pour les donner au Conseil des ministres ; et deuxièmement par sa mauvaise application pendant plus de vingt ans par les gouvernements successifs. Durant cette période, les chefs de gouvernement ont raflé toutes les commandes du pouvoir dans un premier temps, curieusement avec l'aide de la Syrie et de la communauté chiite, puis tous seuls après son retrait.
Cette communauté, qui a vu ses pôles de pouvoir s'éroder, a profité des retournements de situation pour établir par l'intermédiaire de sa majorité parlementaire une entente avec le camp qui pourrait lui redonner ses droits, en l'occurrence un camp antiaméricano-saoudien dont les objectifs sont l'implantation des Palestiniens au Liban et/ou l'installation durable d'un leadership incontesté de la communauté sunnite.
Par ailleurs, la corruption généralisée a régné pendant plus de vingt ans, dont l'un des résultats est le fort endettement du pays. De plus, le manque de contrôle sur les affaires du gouvernement par le Parlement, dont la majorité s'est toujours retrouvée dans le camp du pouvoir américano-sunnite, a favorisé la mainmise quasi totale et sans opposition du nouveau pouvoir sur les ministères régaliens. Le ministère des Finances est devenu une chasse gardée et les ministères contrôlés par les autres communautés ont été vidés de leurs attributs de pouvoirs, comme le ministère de l'Intérieur et le ministère des Travaux publics. Cette situation a rendu vital la réforme et l'application systématique des accords de Taëf et de la Constitution pour protéger la communauté chrétienne qui s'est retranchée derrière ces textes.
Comment alors former un gouvernement dans un imbroglio pareil, avec des tiraillements dans tous les sens et des intérêts contradictoires dans le cadre d'un système fortement confessionnel ? Il ne faudra pas s'étonner que les gouvernements prennent tant de temps à être formés et, s'ils le sont, qu'ils puissent gouverner ? Si l'exploitation de la religion est la cause de tout notre malheur, à défaut de pouvoir immédiatement laïciser et déconfessionnaliser, et trouver une identité propre pour éradiquer cette tendance, ne pouvons-nous pas trouver une formule philosophique à la Béchara el-Khoury, Riad el-Solh et les autres pères de l'indépendance qui saura préserver notre union dans ce pays ? Un nouveau pacte national qui saura préserver les droits du Libanais et son intégrité quelle que soit son appartenance ? Faudrait-il toujours évoluer dans ce cercle vicieux qui nous entraîne dans une spirale meurtrière ?
Dans la plupart des pays, la formation d'un gouvernement ne prend que 24 à 48 heures. Cette efficacité dans la décision provient du fait que, normalement, les chefs de l'exécutif, appuyés par une majorité parlementaire, font leur choix. Plus simplement parfois, la majorité parlementaire dicte ce choix à l'exécutif. J'exclus certainement les dictateurs qui n'en font qu'à leur guise.Rares sont les pays où plusieurs mois sont nécessaires pour que la fumée blanche monte du palais présidentiel, annonçant la naissance d'un gouvernement. Le Liban et la Belgique sont deux exemples de cette « exception », avec une ressemblance particulière quant aux désaccords profonds entre les diverses composantes de leurs populations sur la pérennité de la structure même du pays. Cependant, à la différence de la Belgique où les pays...
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