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Moyen Orient et Monde - Le Point

La paix en ombre portée

Benjamin Netanyahu entreprend, cette fois encore, un de ces exercices d'équilibrisme qu'il affectionne tant : rallier à son panache un président de plus en plus réticent - ne disons pas hostile - à ses thèse et dans le même temps créer l'illusion d'avoir fait un grand pas sur la voie d'un règlement d'une crise majeure de soixante-trois ans... Avec ce sens du timing qui n'appartient qu'à lui, le président du Conseil israélien s'embarque aujourd'hui pour la capitale fédérale à un moment particulièrement délicat pour lui, ce que ses conseillers semblent s'être bien gardés de lui rappeler. Quoi qu'il puisse penser, Washington n'a pas vu d'un mauvais œil la toute récente réconciliation intervenue entre l'Autorité de Mahmoud Abbas et le Hamas. De plus, Barack Obama, tout auréolé de la neutralisation d'el-Qaëda, résultat de la chute d'Oussama Ben Laden, a réussi un sensationnel rétablissement dans l'opinion publique, ce qui, par contrecoup, désarçonne des adversaires convaincus jusqu'à une date récente que l'heure était venue pour eux de reprendre possession de la Maison-Blanche.
Cette fois-ci encore, « Bibi » embarque avec une besace vide au moment même où son principal interlocuteur dans le monde s'adressera aux peuples du Moyen-Orient pour leur exposer sa vision, deux ans presque jour pour jour après son célèbre discours du Caire, le 4 juin 2009. Comment espère-t-il le convaincre d'accepter son « plan de paix » prévoyant un État palestinien démilitarisé, une capitale unifiée pour les siens - ce qui signifie le rejet de toute concession sur la partie orientale de la ville -, le refus pur et simple du droit au retour, enfin la reconnaissance d'un État-nation du peuple juif ? Il est évident qu'à tout cela s'ajoute, dans l'esprit du chef de la droite israélienne, la poursuite de la colonisation dans les territoires occupés de Cisjordanie.
Quand le président américain parle d'un nouveau départ pour le plan de paix, dans la foulée du « printemps arabe », le Premier ministre israélien pense, lui, au risque d'éclatement de la fragile coalition qui l'a porté au pouvoir, à une consultation populaire anticipée qui verrait peut-être le retour en force de ses adversaires de Kadima, au soutien inconditionnel du Congrès, devant lequel d'ailleurs il est appelé à prendre la parole. Il devrait aussi accorder une attention spéciale à la flambée sans précédent depuis de longues années qui a vu des réfugiés en Syrie et au Liban, des habitants de Gaza et de la rive occidentale du Jourdain commémorer de manière bruyante et sanglante la nakba  de 1948 et surtout ce rappel par les Syriens du vieil adage mis à l'honneur par Hafez el-Assad : « Pas de paix sans Damas. » (Et pas de guerre non plus).
À domicile, Netanyahu doit se garder à gauche comme à droite. Il lui faut ainsi compter avec le chef de l'État Shimon Peres, au pouvoir purement honorifique mais au poids moral certain, qui déclare dans une interview au quotidien Yediot Aharonot ne voir aucun inconvénient à une participation des islamistes de Gaza au dialogue de paix, en faisant valoir que « le nom ne (m')intéresse pas » et que « ce qui compte, c'est le contenu ». À l'autre bout du spectre, les faucons veillent, emmenés par le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, à éviter tout ce qu'ils considèrent comme un « dérapage » dangereux.
Infatigable marathonien, le négociateur américain George Mitchell a fini, vendredi dernier, par baisser les bras après une interminable et stérile navette de trente mois. Un signe, se sont empressés de noter les observateurs, qui présage une approche américaine différente du processus de paix proche-oriental. Difficile de voir en quoi consistera cette vision par avance présentée comme « nouvelle ». Dans une opinion publiée hier par l'International Herald Tribune, Abou Mazen se désole : « Nous avons rempli toutes les conditions prévues dans la convention de Montevideo de 1933. La population de notre territoire est constituée de Palestiniens dont le droit à l'autodétermination a été reconnue à plusieurs reprises par les Nations unies et, en 2004, par la Cour internationale de justice. Nos frontières sont elles aussi reconnues internationalement, malgré une occupation qui perdure depuis 1967. Tout ce que nous demandons aujourd'hui à la communauté des nations, c'est d'admettre notre droit à vivre dans les 22 pour cent de ce qui fut, historiquement, notre patrie. »
Le pauvre Abbas est en retard. D'une résolution onusienne, d'un processus, d'une concession, d'une époque ou de tous ces éléments à la fois, qui auraient formé, en d'autres temps, un triptyque passablement valable. Un échec, demain, de Netanyahu ne signifie pas nécessairement un succès pour lui. La question de Palestine est en pleine phase de pourrissement et, pour l'heure, les devins professionnels seraient bien en peine de dire à qui cela pourrait profiter.
Benjamin Netanyahu entreprend, cette fois encore, un de ces exercices d'équilibrisme qu'il affectionne tant : rallier à son panache un président de plus en plus réticent - ne disons pas hostile - à ses thèse et dans le même temps créer l'illusion d'avoir fait un grand pas sur la voie d'un règlement d'une crise majeure de soixante-trois ans... Avec ce sens du timing qui n'appartient qu'à lui, le président du Conseil israélien s'embarque aujourd'hui pour la capitale fédérale à un moment particulièrement délicat pour lui, ce que ses conseillers semblent s'être bien gardés de lui rappeler. Quoi qu'il puisse penser, Washington n'a pas vu d'un mauvais œil la toute récente réconciliation intervenue entre l'Autorité de Mahmoud Abbas et le Hamas. De plus, Barack Obama, tout auréolé de la neutralisation d'el-Qaëda,...
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