Le monde arabe est en ébullition. Après des siècles de léthargie, voilà que sonne l'heure du réveil d'une culture et de la possible transfiguration d'une religion que ce réveil pourrait entraîner. Que font les Libanais qui se disent chrétiens et qui se vantent d'être les gardiens indéfectibles des valeurs que l'Évangile proclame ? Comment réagissent-ils face à ces bouleversements, notamment ceux de Syrie ? On peut identifier trois types principaux de réactions et ce, indépendamment des clivages politiques qui scindent verticalement la société libanaise.
Il y a, certes, les démocrates laïques, les chrétiens de bonne foi ou les citoyens soucieux de leur conscience et pour qui priment les valeurs des droits humains. Chez eux, peu importe l'identité sectaire de la victime, cette dernière demeure un être humain aux droits bafoués. Ils sont malheureusement peu nombreux à faire entendre leur voix et avoir le courage de se tenir publiquement aux côtés d'un Yéménite zaydite, d'un Syrien sunnite, d'un Bahreïni duodécimain, ou d'un Égyptien copte.
Et puis, il y a la masse des indifférents dont le discours est marqué par la hargne, la rancœur et parfois un rien de racisme. Ils n'arrivent malheureusement pas à dépasser les péripéties de la guerre libanaise et tout ce que l'armée du régime syrien a fait au Liban et qu'elle fait actuellement contre le peuple de Syrie. Pour ceux-là, tous ces bouleversements ne les concernent pas car il ne s'agit que de querelles entre musulmans sunnites et chiites. Pas une once de pitié ou de miséricorde ne vient nuancer leur ressentiment.
Mais il y a également les mauvais Samaritains qui voient l'Orient à travers les œillères de leur petite identité tribale de minoritaires. Ont-ils peur ? Peut-être ; mais de quoi exactement ? Ils vous nommeront l'ennemi sans visage qui hante leurs cauchemars fantasmatiques et alimente leurs phobies. Cet épouvantail d'un autre âge, c'est bien entendu tout musulman sunnite, catalogué d'emblée comme salafiste. Ce dernier terme n'est qu'une métaphore pour dire : terroriste, fanatique sanguinaire, criminel, etc. Ils vont même jusqu'à se faire les chantres d'un régime qui tue son peuple, au nom de la protection de leur identité fantasmagorique de minoritaires. Récemment, une religieuse très médiatisée s'est même permise, via l'Internet et au nom de cette peu honorable protection des minorités, de se faire le relais du discours de propagande d'un régime qui n'a rien à envier à ceux de Pol Pot, Staline, Ceaucescu, Enver Hodja, Ante Pavelic, Slobodan Milosevic, pour ne citer que ceux-là. Ainsi, ces minoritaires seraient prêts à être les dhimmis du diable en personne si ce dernier leur assurait sa protection. Tel est le stigmate de la servilité obséquieuse de la dhimmitude des malades de l'identitaire : appeler le mal un bien. Des citoyens innocents tombent sous les balles du tyran ? Qu'à cela ne tienne, ce sont des salafistes et leur sort n'est pas de nature à émouvoir le minoritaire.
Les mauvais Samaritains sont en train de rater le coche. Ils ne savent pas que leur témoignage et leur mission en Orient n'est pas le repli haineux, mais l'engagement à fond et sans réserve en faveur de la liberté et de la dignité de l'homme. Au lieu d'être à l'avant-garde du réveil arabe, ils préfèrent se calfeutrer en jouant les cohortes auxiliaires des tyrans les plus sanguinaires. S'ils ne prennent pas conscience du risque suicidaire de leur attitude, l'histoire se fera sans eux.

