C'était peut-être en 2000, juste après la libération du Liban-Sud, que les Libanais ont entendu parler pour la première fois des fermes de Chebaa. Ces fermes, qu'Israël a occupées en 1967 avec le Golan suite à la guerre de juin de cette année, tombent sous la résolution 242 du 22 novembre 1967. Dans un contexte où l'État n'a jamais protesté contre l'occupation des fermes, les Libanais se demandent si elles sont vraiment libanaises et pourquoi restent-elles sous l'occupation israélienne. Et donc, pourquoi la démarcation des lignes entre la Syrie et le Liban n'a-t-elle toujours pas eu lieu pour mettre fin à cette question d'identité ?
Pour répondre à ces questions, il va falloir évoquer des questions stratégiques et géopolitiques qui, depuis des siècles, ont créé des conflits entre les différentes civilisations.
Les hameaux de Chebaa représentent une carte stratégique entre les mains des Israéliens, et peut-être même des Syriens parce que, comme on l'a bien dit, si le XXe siècle a été le siècle des guerres de l'or noir (pétrole), le XXIe siècle sera celui des guerres de l'or bleu (eau).
D'ailleurs, cela a été confirmé par Benjamin Netanyahu qui affirma un jour qu'avec l'eau on pourra faire de la politique, tandis qu'avec les territoires on fera la guerre.
C'est dans cette perspective qu'il convient de situer l'importance stratégique des hameaux de Chebaa, autant pour les Israéliens que pour les Syriens, tous les deux faisant face à une pénurie en eau.
Outre le problème de pétrole au Moyen-Orient, il existe un autre problème réel, celui des châteaux d'eau : le turc, le libanais et celui du Golan, qui représentent un moyen de pression pour les pays de la région. Dans ce sens, le château d'eau libanais attire Israël, qui, à maintes reprises, a essayé de pomper davantage dans les eaux du Litani et du Wazani. Ainsi, à travers ses opérations « Litani » et « Paix en Galilée », Israël voulait sans doute repousser vers le nord l'OLP, mais il voulait aussi créer une zone de sécurité au Liban-Sud où coulent les deux fleuves. À cet égard, des scientifiques ont constaté, preuves à l'appui, une diminution du débit du Litani dans la zone contrôlée par les Israéliens qui ont tout de suite démenti.
Ces fermes, qui sont situées sur les flancs du mont Hermon et sont très riches en eau potable, constituent une source d'intérêt israélien pour le Liban. Tout d'abord pour la qualité de leurs eaux, qui favorise le refroidissement et le dessalement du lac de Tibériade et, ensuite, grâce à leur proximité du plateau du Golan, leur permettant ainsi de surveiller leur infrastructure militaire.
L'occupation des fermes de Chebaa est donc en grande partie liée à leur richesse en eau et à leur proximité du Golan, du lac de Tibériade et du Jourdain dont les deux sources principales sont le Baniyas et le Dan. De ce fait, tous ces facteurs doivent être pris en compte dans les négociations entre la Syrie et Israël, et montrent que si l'ennemi israélien ne veut pas libérer ces fermes, on a un frère - moi je dirai plutôt incestueux - syrien qui aura toujours des intérêts à ce que les fermes ne soient pas restituées au Liban. Il serait donc plus logique d'intervenir auprès de la Syrie avant de mettre le pays, voire même la région, en danger à travers une résistance qui, jour après jour, perd de sa légitimité.
Ainsi, des questions cruciales se posent : ces fermes ne sont-elles toujours pas considérées libanaises par la Syrie dans le but de légitimer l'existence du Hezbollah ? Ou bien ne seront-elles pas libérées avant la libération du Golan ? Ou bien encore ne seront-elles jamais considérées libanaises ?
Des questions auxquelles l'État libanais doit apporter des réponses.


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