Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Conter fleurette

Par Nahi LAHOUD
Quand vous allez à un rendez-vous amoureux, vous croyez offrir à votre belle un bouquet de fleurs ? Autant que vous le sachiez, vous ne lui présentez que les « organes sexuels » d'une plante. C'est un scientifique botaniste qui a découvert cette évidence. Selon ses recherches, il est presque certain de ce qu'il avance. Il y a deux milliards d'années, prétend-il, quand la mer n'était qu'une sorte de soupe claire, une molécule aux propriétés exceptionnelles, apparaît comme par magie : la chlorophylle. Progressivement, elle donne corps à la première cellule du plancton primitif. Ce micro-organisme réussit à survivre dans l'eau salée. Il s'invente même une sorte de cil vibrateur pour pouvoir se diriger dans ce monde marin. Après une bagatelle de quelques millions d'années, las de surfer sur les vagues et de valdinguer sur les rivages où le projettent les claques du ressac, il se fixe sur un rocher. Pour se protéger.
Ainsi commence l'histoire d'amour de l'algue, la pionnière dont la prolifique descendance va conquérir le cœur de la terre. Elle ira même séduire le Tibet, où l'on a récemment trouvé à plus de 5 000 mètres d'altitude une algue unicellulaire qui vit et fricotte sous la neige. Cette longue pérégrination dans le temps sur les traces originelles de la végétation fascine ce botaniste qui jongle avec les ères comme on se vautre dans la luzerne. Sa saga des plantes (il en est à son neuvième livre) tient autant de la leçon de biologie que de la chronique matrimoniale.
Suivre l'évolution en botanique, explique ce scientifique, c'est pister l'axe du perfectionnement de la reproduction. Eh oui, les végétaux eux aussi ont un penchant pour la nymphomanie ou le satyriasis. Ils ne pensent qu'à « ça ». Normal, car ils souffrent d'un handicap en apparence insurmontable : ils ne se déplacent pas, ils sont casaniers. Alors, pour vivre leurs histoires d'amour, ils draguent les insectes, les oiseaux, voire le vent. Ces amants intermédiaires prennent le pollen spermatozoïde chez l'un et le portent sur les organes femelles reproducteurs de l'autre. Ce transfert (in vitro), essentiel pour la survie des espèces végétales, ne doit rien au hasard. Les plantes en « rut » captent l'attention, elles sont belles, plantureuses et semblent aguicher leurs admirateurs ; « Je te donne mon nectar, emporte mon pollen ! » Tout est bon pour séduire. Les odeurs, les couleurs, les formes.
L'opération séduction très suggestive de ces plantes laisse pantois. « Quelle plante, celle-là », se dit un frelon en piquant les pétales d'un magnolia.
Les plantes donc déploient toute la panoplie de leurs charmes. Elle va de la pompe à pollen de la fleur de sauge, qui oblige le bourdon à la féconder, jusqu'au piège à crampons de la fleur de l'asclépias(1), dans lequel l'abeille dérape et se prend une patte, juste le temps d'y accrocher un petit sac de pollen. Rien n'est trop beau pour que la fécondation à distance réussisse : l'ophryx(2) se déguise en abeille aguicheuse ou bien le sarothammus (pas d'affolement, ce n'est que le gênet à balais) se dote d'un repose-pattes destiné aux bourdons. Ceux qui douteraient de l'existence des ruses des plantes devraient aller se rhabiller. Il y a même des plantes hermaphrodites qui refusent de se faire féconder elles-mêmes (la dégénérescence existe là aussi). La fleur de ruta(3) s'arrange pour que son sexe mâle mûrisse avant son sexe femelle, interdisant du coup à l'abeille de la féconder avec son propre pollen pour éviter... l'adultère. Comme quoi même les plantes ont des principes matrimoniaux à respecter. Certaines d'entre elles pratiquent aussi le sadisme, et parfois le meurtre. L'une d'elles est allée un peu fort : elle a refermé son fameux piège à crampons sur deux pattes d'une abeille maladroite, la condamnant à mort sans rémission. N'est-ce pas que les coups et les douleurs ne se discutent pas ? Des documents rarissimes venant de Russie et de Chine témoignent d'un fantastique appétit de vie chez cette flore, qui se reproduit d'une façon fulgurante, ce qui me pousse à dire que je suis moins inquiet pour elle que pour l'espèce humaine. Dans deux cent millions d'années, cette flore sera toujours là, protégeant encore mieux ses « parties intimes ». Elle se regroupera de plus en plus en républiques de fleurs miniaturisées, afin de refréner l'ardeur des insectes ou des oiseaux entremetteurs. Comme le fait si bien la marguerite, qui est non pas une fleur, mais un capitule, un ensemble de milliers de fleurs en une seule. Le summum de l'organisation technique et sociale.
C'était donc, il y trente millions d'années... hier en quelque sorte. Nous, les humains, nous ne sommes là que pour un court séjour. D'ailleurs, nous commençons à faire nos valises car nous avons semé partout, des bombes, des virus, des déchets, secrétés par nos neurones défectueux.

(1)asclépias : plante à fleurs roses odorantes.
(2)ophryx : fleur qui ressemble à une abeille.
(3)ruta : citronnier ou oranger.
Quand vous allez à un rendez-vous amoureux, vous croyez offrir à votre belle un bouquet de fleurs ? Autant que vous le sachiez, vous ne lui présentez que les « organes sexuels » d'une plante. C'est un scientifique botaniste qui a découvert cette évidence. Selon ses recherches, il est presque certain de ce qu'il avance. Il y a deux milliards d'années, prétend-il, quand la mer n'était qu'une sorte de soupe claire, une molécule aux propriétés exceptionnelles, apparaît comme par magie : la chlorophylle. Progressivement, elle donne corps à la première cellule du plancton primitif. Ce micro-organisme réussit à survivre dans l'eau salée. Il s'invente même une sorte de cil vibrateur pour pouvoir se diriger dans ce monde marin. Après une bagatelle de quelques millions d'années, las de surfer sur les vagues et de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut