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Nos lecteurs ont la parole

Un barrage sur l’Oronte

Hala MOUBARAK
L'Oronte s'est déversé dans le Tibre, c'est Juvénal qui le dit dans l'une de ses Satires : « In Tiberim defluxit Orontes. »
Vous pouvez le demander à Wikipedia qui vous le confirmera. Quant à moi, c'est une colère indescriptible que je déverse sur le papier, même virtuel.
L'Oronte - en arabe Nahr el-Assi - est un fleuve du Proche-Orient qui prend sa source chez nous, au Liban. Et qui est décrit en long et en large dans tous les livres de géographie arabe, que nous avons été obligés de mémoriser dès notre plus jeune âge.
Ce fleuve rebelle m'a empêché de fermer l'œil de la nuit. Et ce matin, voulant lire les journaux, envahis par les photos des révolutions, égyptienne ou autres, je n'ai pu lire que quelques petits encadrés confirmant les images que j'avais vues la veille dans les journaux télévisés.
Les drapeaux syrien et turc flottaient sagement pour inaugurer la construction du barrage sur l'Oronte. Et pour être plus précise, ce « barrage de l'amitié » devrait générer des millions de dollars et irriguer plus de 10 000 hectares de terre dans les deux pays. Les investissements vont commencer à affluer pour développer les régions frontalières, et tout ira pour le mieux pour ces deux pays qui allaient entrer en conflit en 1998 à cause du soutien syrien aux Kurdes de Turquie.
Et moi qui croyais que nous, Libanais, allions être les premiers à en profiter... Les premiers à inaugurer un barrage qui vaille la peine d'être construit.
Parce que je le répète, ce fleuve est bien de chez nous.
Mon professeur de géographie n'arrêtait pas de nous rappeler que nous sommes riches en eau. Alors dites-moi comment se fait-il que nous n'avons toujours pas exploité cette ressource qui pourrait régler non seulement notre problème d'eau, mais nos problèmes d'énergie surtout ?
Je ne vais quand même pas être si ingrate aujourd'hui, en ne voyant que l'Oronte, et vous dire que nous avons construit des barrages, nous aussi. Et toc !
Des barrages ? Eh oui, ceux invisibles à l'œil qui séparent les Libanais entre eux, au nom d'une politique de plus en plus absurde. Ces barrages qui nous éloignent les uns des autres, là où c'est la religion de l'un qui va a l'encontre du Dieu de l'autre. Ces barrages qui nous empêchent d'avancer vers la laïcité, vers le progrès. Ces barrages qui prennent toute leur ampleur avec des mots tels que sunnites, maronites, chiites, et chaque mot est lié à un parti politique. Parce que la politique chez nous se mêle de Dieu.
Nous avons construit des barrages qui ne font qu'aggraver les séquelles de nos guerres civiles. Des barrages extrémistes qui nous enfoncerons jour après jour dans la haine. Qui ne feront que nous engloutir encore et encore. Et pendant que des patries construisent un avenir meilleur, nos politiciens se remplissent les poches aux dépens de notre faim. Aux dépens de ce qui nous reste.
Honte à nous !
L'Oronte se barre, et nos barrages invisibles s'installent. Nous sommes trop occupés à attendre quel parti politique aura quel nombre de ministres et quel gendre détiendra quel maroquin. Il faudrait écrire des pages et des pages, mais, pour une fois, qu'elles ne soient pas en demi-teintes, et pour une fois qu'on regarde les choses en face au lieu de se trouver des excuses.
Il faudrait commencer à mémoriser tous ces événements qui se produisent aujourd'hui. Mêmes ceux qui ne mériteraient pas d'être retenus.
J'aurais préféré écrire des mots qui ne cognent pas, voire même aligner des phrases insuffisantes.
L'Oronte se pare d'un barrage, et nous, pendant ce temps...

Hala MOUBARAK
L'Oronte s'est déversé dans le Tibre, c'est Juvénal qui le dit dans l'une de ses Satires : « In Tiberim defluxit Orontes. » Vous pouvez le demander à Wikipedia qui vous le confirmera. Quant à moi, c'est une colère indescriptible que je déverse sur le papier, même virtuel. L'Oronte - en arabe Nahr el-Assi - est un fleuve du Proche-Orient qui prend sa source chez nous, au Liban. Et qui est décrit en long et en large dans tous les livres de géographie arabe, que nous avons été obligés de mémoriser dès notre plus jeune âge.Ce fleuve rebelle m'a empêché de fermer l'œil de la nuit. Et ce matin, voulant lire les journaux, envahis par les photos des révolutions, égyptienne ou autres, je n'ai pu lire que quelques petits encadrés confirmant les images que j'avais vues la veille dans les journaux télévisés.Les drapeaux...
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