Yves Moussallem brandissant le drapeau libanais devant l’Erebus depuis le camp de base.
Un jeune Libanais, Yves Moussallam, a fait partie de l'expédition. Il est étudiant à Cambridge en doctorat de géologie. Son rôle au sein de l'équipe a été d'assurer l'échantillonnage du panache volcanique avec deux appareils de mesure directe, l'un d'eux ayant récemment été mis au point par des collaborateurs de l'Institut national de volcanologie et géophysique italien à Palerme. Yves Moussallem a assuré un autre rôle, celui de «médecin» de l'équipe. Il a dû l'assumer au deuxième jour de l'expédition, après un accident de motoneige, heureusement sans conséquences.
Bien que régulière, cette expédition n'en a pas moins nécessité une logistique impressionnante. Les premières semaines de préparation se sont effectuées à la station McMurdo. Celle-ci se targue du titre de capitale de l'Antarctique dans la mesure où elle constitue la plus grande des stations du continent avec plus de mille habitants en période de pointe. Elle fonctionne de façon limitée et reste opérationnelle durant l'hiver. Au cours de ces semaines de préparation, l'équipe a suivi un entraînement varié: conduite de motoneige, technique d'alpinisme, d'escalade et d'encordage, initiation à l'utilisation des radios et, bien sûr, techniques de survie en conditions extrêmes. Une fois l'entraînement terminé, un hélicoptère a conduit l'équipe au camp d'acclimatation de Fang. Elle y a passé deux jours, mais sans avoir la possibilité de suivre un entraînement quelconque. Et pour cause : tous ses membres étaient bloqués à l'intérieur de leurs tentes à cause d'une forte tempête
Après Fang, l'équipe s'est rendue au camp de base d'Erebus (Lower Erebus Hut) par motoneige. Elle y a installé les tentes autour de deux cabanes en préfabriqué qui serviront de cuisine, de lieu de vie et de
laboratoire.
Le mont Erebus ne représente pas un véritable danger pour les stations de McMurdo et Scott Base. L'étude de ce volcan est d'une importance toute autre. En effet, le mont Erebus est l'un des trois volcans au monde à posséder un lac de lave actif et permanent. Cette caractéristique est l'équivalent d'une fenêtre permettant de voir et d'étudier le conduit magmatique qui est caché dans la quasi-totalité des autres volcans actifs. Les deux autres volcans ayant un lac de lave en leur cratère sont l'Erta Ale en Éthiopie et Nyiragongo dans la République démocratique du Congo. Mais les conditions météorologiques et politiques entourant ces deux volcans ne permettent que des missions d'études de courtes durées. De plus, le lac de lave de l'Erebus est déformé de façon ponctuelle par des éruptions de type strombolien. L'Erebus représente donc un laboratoire naturel parfait pour comprendre la dynamique de ces éruptions qui secouent nombre de volcans de par le monde et dont l'origine fait toujours l'objet d'un débat passionné.
L'Erebus peut aussi être considéré comme l'archétype des volcans alcalins, qui sont peu nombreux et moins étudiés. Le plus dangereux parmi eux reste le Vésuve, au pied duquel plus d'un demi-million de personnes vivent dans une zone classée rouge.
Durant l'expédition, nombre d'appareils scientifiques de pointe ont été déployés sur le volcan pour contrôler la composition du nuage de gaz s'en échappant ainsi que pour enregistrer les déformations du lac de lave. Le froid et les conditions de transport étaient pénibles, et les instruments employés en ont été affectés. Bon nombre de réparations sur place ont été nécessaires, mais tout a fini par fonctionner correctement.
Le groupe est maintenant de retour à Cambridge où l'analyse de plusieurs «terabites» de données devrait garder ses membres occupés pour quelque temps.


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