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Nos lecteurs ont la parole

En attendant un programme de travail du gouvernement

George SABAT
Le cri du cœur qui me pousse à vous écrire, Monsieur le Premier ministre désigné, pourrait m'entraîner à dépasser certaines limites. Et pourtant, il est des choses qui doivent être dites.
À la vue de tous les troubles qui agitent la région, nous devrions nous estimer heureux que notre pays ait été, à ce jour, relativement épargné. Mais l'angoisse nous saisit à l'idée que les événements de la guerre civile dont nous avons récemment commémoré le triste anniversaire pourraient revenir nous hanter.
Cette anxiété est décuplée par l'ignorance de ce que nous réserve l'avenir.
Nous réalisons certes que, dans les circonstances actuelles, former un gouvernement au Liban s'avère bien difficile. Nous ne vous en voulons pas de prendre votre temps. Nous n'en voulons même pas aux partis qui se disputent âprement depuis trois mois les fauteuils et les prérogatives. Cela est entièrement de leur droit. Un droit que la Constitution leur accorde et que nul ne peut leur contester.
Là où nous nous révoltons, c'est à l'idée que, de tous ces ministrables, il n'en est pas un qui ait songé à présenter des arguments suffisamment convaincants pour justifier et légitimer les droits que son parti réclame.
À notre avis, la représentativité parlementaire et la cuisine confessionnelle ne devraient pas être les seuls critères valables pour l'octroi des fonctions. Et le bien-être du citoyen, celui aussi de la nation, qu'en faisons-nous ? Où est-il ce fameux programme de travail qu'il faudrait appliquer si la Chambre, qui représente le peuple libanais, lui accordait la confiance ?
Selon ses dires, la nouvelle équipe que vous dirigerez, et qui estime avoir été lésée durant les six dernières années, entend à présent opérer un virage de 180 degrés dans ses orientations. Nous, citoyens, n'y voyons pas d'inconvénients. À condition, bien sûr, que l'on nous dise d'ores et déjà sur quelle base et selon quel plan ce changement se fera.
Dans tout pays démocratique, le gouvernement tombe quand il se révèle incapable de mettre le pays sur la bonne voie et celui qui lui succède propose un programme meilleur pour convaincre la Chambre de lui acorder sa confiance. Tel n'est malheureusement pas le cas chez nous ; autrement un tel programme aurait été publié il y a longtemps.
Cette question est d'une actualité d'autant plus brûlante que la situation régionale est trouble et agitée. Toute décision qui n'aurait pas été mûrement réfléchie d'avance pourrait conduire les quatre millions et demi de Libanais droit vers la catastrophe. Ceux-ci sont donc en droit de demander vers quels horizons on compte les mener.
Grosso modo, les questions suivantes méritent, d'ores et déjà, ne fut-ce que des prémices de réponses.
Dites-nous, sans nécessairement entrer dans les détails, comment comptez-vous venir en aide aux tranches défavorisées de la population tout en procurant l'appui et le support nécessaires à tous les secteurs de l'économie sans distinction afin de promouvoir l'emploi pour tous ? Comment envisagez-vous de réduire le fardeau de la vie chère qui pèse tant sur une population longtemps marginalisée ?
Dites-nous comment vous comptez remettre en état une infrastructure défaillante qui ne répond plus aux besoins de cette population et dites-nous d'où proviendront les vingt milliards de dollars que nous devrions débourser pour mener à bien une telle opération ?
Dites-nous comment vous comptez réaliser tout cela quand le pays croule sous une dette insupportable, que le déficit annuel a atteint la barre des quatre milliards de dollars et qu'il va croissant ?
Dites-nous quels débouchés faut-il envisager pour les 40 000 jeunes qui sortent de nos écoles chaque année quand les perspectives d'emploi s'amenuisent de plus en plus chez nous comme à l'étranger ?
Dites-nous comment nous comptons faire face à la dégradation de notre environnement ainsi qu'à l'état pitoyable de nos routes et de nos moyens de transport public ?
Dites-nous comment nous comptons récupérer nos droits dans l'exploitation de nos ressources de gaz et de pétrole que nos voisins convoitent et quelle politique étrangère nous envisageons de mener dans ce but ?
Nous en avons assez des tergiversations interminables et des fuites en avant. Il est grand temps pour le peuple libanais de regarder la vérité en face et de prendre en main son propre destin. Le Moyen-Orient est en ébullition, certes, mais cela ne devrait pas nous empêcher de nous consacrer à cultiver notre jardin.
Qu'attendons-nous pour mettre fin à nos querelles byzantines ? Qu'attendons-nous pour nous atteler, tous ensemble, à élaborer en un temps record et avec la participation de la société civile un plan national de développement qui fournirait des réponses détaillées à toutes ces questions et à d'autres que nous aurions omis de mentionner ?
Je suis convaincu qu'avec votre perspicacité légendaire, vous avez déjà réalisé qu'un tel projet servirait aussi à renforcer l'unité nationale en ciblant des objectifs que les parties en présence auraient un intérêt commun à atteindre.

George SABAT

Le cri du cœur qui me pousse à vous écrire, Monsieur le Premier ministre désigné, pourrait m'entraîner à dépasser certaines limites. Et pourtant, il est des choses qui doivent être dites. À la vue de tous les troubles qui agitent la région, nous devrions nous estimer heureux que notre pays ait été, à ce jour, relativement épargné. Mais l'angoisse nous saisit à l'idée que les événements de la guerre civile dont nous avons récemment commémoré le triste anniversaire pourraient revenir nous hanter.Cette anxiété est décuplée par l'ignorance de ce que nous réserve l'avenir.Nous réalisons certes que, dans les circonstances actuelles, former un gouvernement au Liban s'avère bien difficile. Nous ne vous en voulons pas de prendre votre temps. Nous n'en voulons même pas aux partis qui se disputent âprement depuis...
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