C'est qu'au-delà de la question personnelle, l'enjeu représenté par ce ministère, comme d'ailleurs par celui de la Défense, va bien au-delà du cercle de la lutte d'influence entre telle ou telle personnalité et touche à l'avenir des rapports du Liban avec la communauté internationale.
Voilà pourquoi le président de la République, Michel Sleiman, a rejeté dernièrement une proposition avancée par les négociateurs du 8 Mars dans le cadre des tractations gouvernementales et qui consiste à lui permettre de choisir, pour l'Intérieur, un nom sur une liste de trois officiers à la retraite que lui avancerait le chef du CPL, le général Michel Aoun, en collaboration avec son allié Sleimane Frangié.
Selon des sources citées par l'agence al-Markaziya, le refus du chef de l'État se fonde sur un principe qu'il s'est engagé à tenir, celui de maintenir les ministères sécuritaires hors d'atteinte des camps politiques en présence et cela afin de continuer à « bénéficier du soutien extérieur à ces ministères, de manière à ne pas mettre en péril les importantes aides qu'ils reçoivent ».
En clair, cela veut dire que pour le président Sleiman, il est hors de question de confier ces portefeuilles à des personnalités qui susciteraient l'hostilité des États étrangers qui leur fournissent des aides, en particulier les États-Unis, la France, etc.
En outre, au sujet des informations qui ont circulé au cours du week-end écoulé et selon lesquelles l'Intérieur pourrait être attribué au brigadier de l'armée Paul Matar - un indépendant - des juristes ont fait remarquer qu'une telle nomination serait impossible avant une démission du brigadier Matar de ses fonctions militaires, car ayant un grade inférieur à celui du directeur général des FSI, il ne peut être propulsé à la tête d'un ministère où il aurait à le commander.
Mais, d'autre part, il n'y a pas que le ministère de l'Intérieur qui pose problème. Des sources proches du dossier gouvernemental assurent ainsi qu'il existe toujours des désaccords au sein de la nouvelle majorité sur de nombreux portefeuilles, y compris l'Énergie, les Télécoms, la Santé, l'Information et la Justice.
De leur côté, les sources proches du Premier ministre désigné Nagib Mikati ont écarté une fois de plus toute responsabilité de ce dernier dans le retard intervenu et rappelé que M. Mikati garde en réserve les deux moutures gouvernementales qu'il avait déjà préparées, l'une « politico-technique » de 30 ministres, et l'autre uniquement « technique » et formée de 24 ministres. Une façon de dire aux protagonistes du 8 Mars que le Premier ministre désigné n'a pas tout à fait exclu le recours, in fine, à un cabinet de « fait accompli », qui les rejetterait à nouveau dans l'opposition.
Dans les prises de position, certains au sein du 8 Mars ne trouvent pas mieux, pour justifier l'impasse gouvernementale, que d'en imputer d'une façon ou d'une autre la responsabilité au camp adverse, alors même que ce dernier s'est exclu, il y a plus de deux mois, des tractations en cours.
C'est par exemple le cas de cheikh Nabil Qaouq, chef du conseil exécutif du Hezbollah. Selon lui, « tous les partenaires au sein de la nouvelle majorité parlementaire sont soucieux de mettre en place le gouvernement et tous ont offert des concessions pour aplanir les obstacles ».
« Cependant, a ajouté cheikh Qaouq, il existe une volonté américaine et au sein du 14 Mars de miser sur un retard dans la formation du gouvernement afin de revenir au pouvoir. C'est ce qui explique que le gouvernement sortant fasse preuve de négligence délibérée et tourne le dos aux problèmes des gens. Il entend ainsi généraliser l'anarchie et aggraver les problèmes socio-économiques pour s'en servir comme un moyen de pression dans le but de reconquérir le pouvoir », a-t-il dit.
Du côté des aounistes, c'est toujours la question du ministère de l'Intérieur et du poids politique du chef de l'État qui polarise l'attention. Pour Alain Aoun, ce dernier « ne peut plus désormais être considéré comme neutre et est devenu un concurrent pour le CPL ».
Au sein du 14 Mars, le ministre d'État sortant Jean Oghassabian a relevé qu'il n'existe aucun signe sérieux quant à une prochaine formation du gouvernement.
« Le 8 Mars a renversé le cabinet Hariri sans avoir aucun projet alternatif et il est incapable de gérer le pays dans les circonstances politiques que traverse actuellement la région », a-t-il déclaré. Selon lui, les tractations gouvernementales actuelles vont vers « davantage de crispations ».
Pour sa part, le député FL Antoine Zahra a noté que « le seul point d'accord entre les composantes de la nouvelle majorité était d'écarter du pouvoir Saad Hariri et le 14 Mars ». « Dès qu'il s'est agi de former le cabinet, il est apparu clairement que rien d'autre n'unissait ces composantes », a-t-il ajouté.
Estimant « quasi impossible » la recomposition d'une coalition regroupant le 14 et le 8 Mars, M. Zahra a souligné que « l'unique voie de salut réside dans la mise sur pied d'un cabinet formé de personnalités non radicales, voire apolitiques, pour s'attaquer à la crise économique aggravée par la situation régionale ».


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