Hélas, ce thème du respect de la diversité culturelle, malgré la signature de la convention à l'Unesco en octobre 2005, n'a pas été finalement accepté et valorisé. Autant en 30 ans le respect de la diversité de la nature, avec l'écologie, s'est imposé comme enjeu politique mondial, autant son symétrique, au moins aussi important, celui du respect de la diversité culturelle, n'est pas reconnu. Pourtant, chacun, demain, n'acceptera d'être dans la mondialisation qu'à condition de conserver ses racines. Plus la mondialisation rationalise et unifie, plus il est indispensable de préserver la diversité culturelle. Les identités ne sont pas un obstacle à la mondialisation, elles en sont la condition, sous peine de révoltes identitaires. La cohabitation culturelle, c'est-à-dire l'organisation démocratique de la diversité culturelle, est l'enjeu politique de la mondialisation et le meilleur antidote aux communautarismes.
La première condition de toutes les diversités culturelles est le respect des langues maternelles, à partir desquelles chacun découvre le monde, rêve et crée. Il faut aussi, à côté de l'anglais, du pékinois et de l'hindi, favoriser les langues, certes moins parlées, mais qui sont présentes dans plusieurs régions du monde : espagnol, portugais, russe, arabe, français. Et dans cette liste, la francophonie est, pour le moment, la plus organisée avec plus de 200 millions de locuteurs, plus de 800 millions de personnes ayant le français en partage, 151 centres et instituts culturels, plus de 1 000 alliances françaises, 75 pays regroupés au sein de l'OIF, et 774 établissements d'enseignement supérieur et de recherche fédérés au sein de l'AUF. La francophonie d'aujourd'hui, notamment avec l'Europe centrale et orientale, comme avec l'Amérique latine, n'a plus grand-chose à voir avec le modèle colonial.
C'est ce que j'appelle la francosphère, la francophonie à l'heure de la mondialisation. La francophonie avec, demain, l'hispanophonie, la lusophonie, l'arabophonie et la russophonie seront des acteurs déterminants de la cohabitation culturelle. La francophonie n'est pas un reste du passé, mais un des moyens de penser et d'agir cette diversité culturelle au sein de la mondialisation.
Elle ne doit pas seulement concerner la langue, la politique et la culture, mais aussi l'économie, les sciences et les techniques. Le français est une langue de la modernité, autant que l'anglais.
D'ailleurs, plus la rationalisation de la mondialisation domine, plus, en réaction, le besoin de s'exprimer, de penser avec d'autres langues maternelles et mondiales s'imposera. Les industries de la traduction seront demain un des symboles d'une mondialisation qui a compris que la diversité culturelle est aussi importante que le respect de la diversité de la nature.
Le printemps arabe a été en partie pensé et parlé en français parce qu'il s'agit d'une langue politique et d'ouverture. D'ailleurs, du Maroc jusqu'à la Turquie, la plus grande partie de la façade sud de la Méditerranée est francophone ou francophile, jusqu'à l'usage de ce mot « Dégage », qui peut devenir un des symboles de l'émancipation des peuples. La force de la francophonie ? Essayer de relier diversité culturelle et démocratie. La force du Liban ? Rechercher les deux. Tous les pays de cohabitation linguistique et culturelle sont les avant-gardes de cet enjeu majeur du XXIe siècle encore plus difficile que celui de l'écologie : comment cohabiter pacifiquement, et se respecter, quand on est différent.
*Directeur de l'Institut des sciences de la communication du CNRS
En coopération avec : ESA


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