Les organismes économiques réclament un cabinet dans lequel les composantes essentielles du pays actif, de la société civile en somme, seraient représentées. Ils estiment que la responsabilité doit être largement partagée, même sans participation directe de l'opposition politique, afin qu'il n'y ait pas blocage par suite d'objections de conjoncture de la part de forces civiles laissées de côté, négligées. Comme cela ne cesse de se produire, en fait. Pour ces organismes économiques, les différends politiques ambiants restent hautement préjudiciables à l'intérêt national bien compris. Ils les réprouvent donc et appellent les partis à une trêve urgente, voire à une véritable réconciliation.
Mais le 8 Mars et ses alliés dits centristes se chamaillent sur les quotas ministériels et sur la répartition des portefeuilles. Ce qui est plutôt surprenant, après que l'ancienne majorité eut facilité les choses, et les tractations, en refusant de participer au prochain gouvernement. Les noms font également l'objet d'un litige. Alors même que certains majoritaires conseillent qu'il ne soit plus question d'inamovibles, ou d'incontournables, la règle devant être, selon eux, la rotation dans le partage des ministères-clés. Ce qui induit que l'on se passe de certaines personnalités en flèche qui suscitent des contestations ou des rejets.
Modération
Il semble d'ailleurs que le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, refuse la logique des défis et préfère des choix consensuels, des figures de poids généralement respectées. Pour promouvoir l'autorité morale de son cabinet auprès de l'opinion. Et pour que l'opposition ne se trouve pas obligée de ferrailler contre des symboles qui lui sont trop ouvertement hostiles, donc qu'elle puisse laisser le gouvernement respirer. Le président Mikati, confirment ses proches, est résolument contre la logique des veto de la part de quiconque. Il reste persuadé que les protagonistes doivent se contenter de lui signaler leurs souhaits, en matière de portefeuilles et de noms, le choix final devant lui revenir sans dispute. Mais les exigences, rédhibitoires, sont maintenues. Et même étendues : elles ne se limitent plus, en effet, au département de l'Intérieur, qui oppose les deux généraux, le chef de l'État, le président Michel Sleiman, et le député Michel Aoun. Le différend porte désormais, également, sur l'Énergie et les Télécommunications, en mettant cette fois en opposition, comme si souvent sur le plan électoral, ou sur d'autres plans, le CPL du général Aoun et le mouvement Amal du président Nabih Berry. Qui voudrait bien décrocher ces portefeuilles intéressants, en lieu et place de la Santé. Alors que le président Mikati souhaite, lui aussi, contrôler les Télécoms. Tandis que la Santé semble retenir l'attention du député Sleimane Frangié, leader de Zghorta.
Le directoire du Hezbollah, qui affirme vouloir un dénouement rapide, se contente en réalité de conseiller au président Mikati de répondre aux vœux du général Aoun en confiant le portefeuille de l'Intérieur à l'ancien député Sélim Aoun. Alors que les deux Khalil, représentant Amal et le Hezbollah, recommandent que l'on écarte Ziyad Baroud, auquel le chef de l'État tient, pour un nom consensuel proposé par le président Sleiman lui-même et que le général Aoun admettrait, sans que ce portefeuille ne tombe dans sa propre escarcelle.
Les tiraillements restent tels que le président Mikati, toujours selon ses proches, songerait sérieusement à un cabinet de fait accompli. Mais avec le soutien du président Nabih Berry et du député Walid Joumblatt, ainsi que, bien entendu, du chef de l'État. En d'autres termes, il ne se soumettrait pas aux exigences du général Aoun, ni aux desiderata d'autres forces de la nouvelle majorité, principalement constituée du 8 Mars. Selon les mêmes sources, c'est dès ce week-end que le président du Conseil désigné compte proclamer ses choix. La formation devant être annoncée la semaine prochaine. En misant quand même sur le comité de bons offices, comprenant les deux Khalil, Bassil et Aridi, pour arrondir les angles avec le général Aoun. Dans un esprit de cabinet de sauvetage que les développements régionaux, surtout en Syrie, rendent nécessaire.

