Cependant, ces partis, nommément le Hezbollah et Amal, se sont contentés jusqu'à présent de communiqués dans lesquels ils se lavent les mains autant des infractions que des violences de leurs auteurs confrontés aux forces de l'ordre. Face à la gravité évidente de la situation, leurs dirigeants, Hassan Nasrallah et Nabih Berry, n'ont même pas jugé utile de se réunir pour un communiqué commun solennel. Le Hezb et Amal se contentent d'assurer qu'ils ne couvrent ni les spoliateurs de biens publics ni les agresseurs d'agents. Mais sans leur enjoindre de démolir, ou de laisser démolir, leurs constructions illicites. Ni de cesser de s'opposer par la force aux FSI, au Sud et dans la banlieue sud de Beyrouth, où des commandos de femmes déchaînées, des viragos en somme, ont été chargés de lapider et d'insulter les gendarmes en plaçant leurs enfants devant les bulldozers pour les obliger à stopper.
Drame
Il y a eu le drame de Tyr où deux civils, un Libanais et un Palestinien, ont été tués par balles. Des vidéos de portables de particuliers, ainsi que quelques caméras de surveillance, montrent que les agents de l'ordre et les militaires qui les épaulaient ont été caillassés tandis que trois de leurs véhicules blindés et plusieurs de leurs voitures étaient incendiés. Tout cela sous les yeux du Hezbollah et d'Amal, sans réaction de leur part.
On voyait même des snipers tirant sur les agents par derrière, ce qui les a forcés à tirer en l'air, deux balles perdues ayant, selon toute vraisemblance, fauché les deux victimes mentionnées. Par suite de quoi la fureur des contrevenants et des habitants a atteint son paroxysme. Ils ont lancé un ultimatum aux autorités politiques pour l'arrêt des opérations des forces de l'ordre dans leur région. Certains ont même exigé une enquête pour confirmer la responsabilité des agents publics dans la mort de deux civils.
De leur côté, plusieurs formations politiques ont condamné le drame en le reprochant sévèrement aux responsables sécuritaires et aux services militaires. Et en rappelant que les hommes sur le terrain avaient reçu des instructions de ne pas ouvrir le feu.
Cependant, il est répondu que se trouvant attaqués et en danger, les agents, en état de légitime défense, se trouvaient forcés de tirer en l'air. De leur côté, des cadres de la nouvelle opposition s'étonnent qu'à aucun moment l'on n'ait demandé que les coupables d'agressions contre la force publique et de spoliation de biens publics soient pénalement poursuivis. À part le parquet, ajoutent-ils, les partis eux-mêmes, notamment Amal et le Hezbollah auraient dû élever la voix pour condamner sans ambages ni ambiguïté les attaques contre l'État et ses instruments. Et, malgré les moyens dont ils disposent notoirement, ils n'ont pas cherché à coopérer avec l'autorité publique pour l'identification, et l'interpellation, des coupables.
Pourtant, comme le souligne le ministre de l'Intérieur sortant, Ziyad Baroud, ces événements, qui sont d'une gravité certaine, ne peuvent avoir qu'un traitement d'ordre politique. Il presse dès lors les leaderships concernés d'intervenir pour de vrai afin d'interdire les spoliations et les agressions contre les forces de l'ordre. En soulignant que ces directoires politiques en ont tout à fait la capacité...
Pour leur part, des cadres opposants affirment qu'il y a, de toute évidence, manipulation orchestrée de l'agitation par le Hezbollah et par Amal. Sans quoi, observent-ils, les gens n'auraient pas osé défier un commandement de retenue lancé par le tandem. À preuve qu'à Nabatiyeh nul ne s'est risqué à contester la décision motu proprio du Hezbollah d'interdire la vente d'alcool et de fermer les débits qui s'y livrent.
Allant plus loin, un ministre sortant estime que toute l'affaire est planifiée, comme les émeutes de Roumieh, pour altérer les chances de Ziyad Baroud, en tant que candidat à sa propre succession à la tête du ministère de l'Intérieur. Un département-clé essentiel par rapport à l'organisation des prochaines élections législatives de 2013. Le jeune ministre se trouve accusé d'incapacité à faire respecter la loi et l'ordre public, ni à contrer les infractions. La même personnalité pense que le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, est également visé parce qu'il ne donne pas satisfaction aux exigences du 8 Mars. Les remous serviraient donc de carte de pression sur lui. Enfin, le ministre cité juge que l'intimidation cible surtout le président Michel Sleiman, pour tenter de le dissocier de Nagib Mikati.
Plus globalement, conclut le ministre, les machinations prenant le cadastre pour pivot montrent qu'en cas de complications nouvelles, éventuellement issues des convulsions régionales, notamment en Syrie, il pourrait y avoir un mot d'ordre d'insubordination civile générale, de la part du 8 Mars, Hezbollah en tête. Formation qui agit contre l'État de droit libanais indépendant et dont certaines ailes refusent l'accord de Taëf, tout en cherchant à contrer le non du 14 Mars à l'armement milicien.


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