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Nos lecteurs ont la parole - Échos De L’Agora

13 avril : conflit identitaire ou guerre de mémoire ?

Au milieu des grands bouleversements que connaît le monde arabe, la commémoration du 13 avril 1975, date de référence de l'éclatement de la phase contemporaine de la guerre libanaise, a pris cette année une ampleur particulière. Plus d'une célébration a traduit l'appréhension sourde du retour du conflit et de ses violences. De nombreuses actions ont pointé la situation actuelle de l'État qui se trouve, non seulement paralysé dans son fonctionnement mais également contesté dans sa souveraineté et les pouvoirs régaliens qui en découlent, et ce par la force de facto que constituent le Hezbollah et son arsenal.
Que traduit l'existence de cet arsenal et l'hypothèque qu'il exerce sur la vie publique ? L'explication, « c'est la faute à l'axe irano-syrien » et à l'instrumentalisation qu'il exerce à l'égard des communautés musulmanes chiites, est trop simpliste pour être suffisante, en dépit de sa réalité.
La coexistence multiconfessionnelle libanaise, dont tout le monde se gargarise, ne signifie pas « vivre-ensemble », notion qui renvoie à une dynamique entre individus résidant sur un même territoire et faisant allégeance au même État ; c'est-à-dire appartenant à la même « communauté politique » ou societas civilis, indépendamment de leur filiation culturelle, spirituelle ou ethnique. La coexistence/juxtaposition des groupes traduit la tolérance d'une société qui garantit la diversité par des institutions et des lois. Quant au « vivre-ensemble », il va bien au-delà dans la mesure où il a lieu à l'intérieur de tout un chacun. Il traduit une interpénétration profonde entre l'Autre et Moi à tel point que je suis, aussi, cet Autre et que l'Autre est, aussi, Moi. C'est comme expérience de ce vivre-ensemble que le Liban mérite d'être surnommé « message ».
Les conflits interlibanais sont l'antithèse de ce « message » tant ils manifestent une triste réalité, celle de l'obsession identitaire qui, souvent, peut s'exprimer en dépit et contre la recherche du bien commun. Pourquoi en est-il ainsi ? Les conflits nationaux sont, en général, des conflits d'intérêts. Malheureusement, les conflits identitaires s'inscrivent dans la durée et transcendent les générations parce que, justement, ce sont rarement des conflits d'intérêts, mais plutôt des guerres de mémoire qui sont favorisées par deux conditions majeures : faiblesse de l'État et injustice économique. La pulsion identitaire fait alors feu de tout bois.
Les différentes revendications exprimées lors des commémorations du 13 avril portaient uniquement sur le cadre extérieur du bouclier de défense contre le retour des violences. D'abord, l'État affaibli par un arsenal qui lui échappe ce qui hypothèque la protection du citoyen, tâche exclusive du souverain. Ensuite, mais dans une moindre mesure, la justice économique. Très peu d'initiatives ont insisté sur l'urgente nécessité de réconcilier l'individu libanais avec lui-même, avec son histoire, sa propre mémoire et son environnement, afin de prévenir la réalisation de tout dispositif identitaire. Qu'implique un tel processus ? Si on s'en tient à la seule dialectique du « dominant-dominé », on connaît l'exemple des Géorgiens de Russie dominant les Abkhazes et les Ossètes ; ou les Hongrois dominés par les Autrichiens et dominant les Roumains, les Slovaques et les Croates ; ou encore les alaouites de Syrie dominés par les sunnites, et dominant les chrétiens, les ismaéliens, les Druzes et les yazidis, etc.
Comment régler la question de l'arsenal du Hezbollah afin de l'empêcher de mettre en place un dispositif identitaire et d'imposer une forme de dictature lui permettant de dominer les autres groupes communautaires sous le fallacieux prétexte de l'alliance des minorités ? Est-ce en le dépouillant par la force de ce que les Libanais chiites considèrent comme leur bouclier communautaire ? Ce serait relancer un nouveau cycle de violences. Ne faut-il pas commencer par entreprendre un authentique travail de purification des mémoires afin de prévenir ou d'endiguer la mise en place de tout dispositif identitaire que faciliterait cet arsenal, ou contre lequel il servirait de prétexte. Cette deuxième ambition serait celle d'un projet de tribune libre qu'étudieraient actuellement plusieurs pôles indépendants ainsi que des organisations de la société civile. Réussiront-ils ? Ou n'est-il pas déjà trop tard ?

Au milieu des grands bouleversements que connaît le monde arabe, la commémoration du 13 avril 1975, date de référence de l'éclatement de la phase contemporaine de la guerre libanaise, a pris cette année une ampleur particulière. Plus d'une célébration a traduit l'appréhension sourde du retour du conflit et de ses violences. De nombreuses actions ont pointé la situation actuelle de l'État qui se trouve, non seulement paralysé dans son fonctionnement mais également contesté dans sa souveraineté et les pouvoirs régaliens qui en découlent, et ce par la force de facto que constituent le Hezbollah et son arsenal.Que traduit l'existence de cet arsenal et l'hypothèque qu'il exerce sur la vie publique ? L'explication, « c'est la faute à l'axe irano-syrien » et à l'instrumentalisation qu'il exerce à l'égard des...
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