« Les autorités libanaises doivent agir et mettre la main sur ce dossier en vue de préserver les relations privilégiées entre les deux pays » voisins, a affirmé hier l'ambassadeur de Syrie à Beyrouth, Ali Abdel Karim, à al-Intikad, le site Internet du Hezbollah.
« Il n'est point besoin d'établir de nouveaux contacts entre les autorités syriennes et la justice libanaise car ce qui a déjà été diffusé est suffisant pour que les autorités libanaises concernées se saisissent spontanément du dossier », a affirmé le diplomate.
Mercredi, les médias officiels syriens avaient diffusé les « aveux » de trois membres présumés du « réseau terroriste » qui affirment « avoir reçu des armes et de l'argent de l'étranger (...) afin d'inciter à des manifestations et au renversement du régime, et de commettre des actes de sabotage susceptibles de porter atteinte à la sécurité dans le pays ».
Anas al-Kanj, présenté comme le chef du groupe, a prétendu avoir reçu des armes et de l'argent « notamment du député Jamal Jarrah, via un membre des Frères musulmans ».
« Les aveux diffusés par la télévision syrienne constituent un exemple et non la totalité (de ce que contient le dossier) », a précisé le diplomate syrien. Selon lui, « les ingérences libanaises dans les affaires syriennes sont patentes. Elles ont été reflétées par les médias syriens locaux ».
Qualifiant d'« extrêmement dangereuses » les « ingérences et l'implication de certaines parties libanaises », l'ambassadeur syrien a indiqué à l'AFP qu'en vertu des traités signés entre Damas et Beyrouth, les autorités se doivent d'agir dans ce cas.
Il n'a ni nommé ni accusé directement M. Jarrah d'incitation à la violence, mais il a laissé entendre que la « justice libanaise » doit prendre l'initiative dans ce sens.
D'éventuelles poursuites contre le député nécessiteraient une levée de son immunité parlementaire.
Les précisions de Jarrah
Après avoir nié une première fois les allégations syriennes, M. Jarrah est revenu hier à la charge pour démentir une fois de plus les accusations lancées contre lui. Dans un entretien accordé à la OTV, le député a nié les informations selon lesquelles il appartiendrait aux Frères musulmans, assurant qu'il relève exclusivement du Courant du futur, mais qu'il respectait tous les courants politiques.
« J'ignore totalement qui est Ahmad Awdeh, celui qui aurait fait des aveux reproduits par la télévision syrienne », a indiqué M. Jarrah, ajoutant qu'« elles (les autorités syriennes) ont attribué des propos à une personne qui n'existe pas, pour semer la confusion ». M. Jarrah a précisé lors de l'entretien que sa relation avec l'ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam « est une relation personnelle et familiale qui date de plusieurs années et qui n'a rien à voir avec la politique ».
M. Jarrah a en outre affirmé que d'autres accusations ont été dirigées contre les députés Khaled Daher et Mohammad Kabbara ainsi qu'à l'encontre du membre du bureau politique du Courant du futur, Moustapha Allouch, et bien d'autres. « Ce n'est qu'un épisode d'une série qui risque d'être longue », a commenté le député. Il a insisté sur la nécessité que des preuves soient avancées pour justifier de telles accusations « qui sont montées de toutes pièces ».
Dans un autre entretien, M. Jarrah a parlé de « mensonges », précisant que les directives données par le Courant du futur sont claires et consistent à « s'abstenir de s'ingérer ou de commenter des incidents qui ont lieu non seulement en Syrie, mais également dans n'importe quel autre État arabe ».
La prudence de Wahhab
Une fois n'est pas coutume, le chef du parti al-Tawhid, Wi'am Wahhab, connu pour être le défenseur par excellence des positions syriennes, a fait preuve hier d'une prudence extrême concernant cette affaire. Interrogé à l'issue d'une rencontre avec le président du Parlement, Nabih Berry, M. Wahhab a déclaré qu'il « ne peut se prononcer sur la base d'accusations lancées par une télévision ». « Nous devons attendre l'enquête finale qui sera publiée officiellement par la Syrie et jugerons alors sur pièce », a-t-il déclaré à ce propos.
Pour sa part, le bloc parlementaire du Hezbollah, adoptant la version syrienne, a publié un communiqué dans lequel il indique que « les médias syriens officiels ont diffusé un échantillon de l'implication suspecte du Courant du futur dans les affaires internes syriennes », soulignant que le démenti exprimé par la partie accusée « n'a convaincu personne ».
Le député du Courant du futur, Ahmad Fatfat, s'est exprimé sur l'affaire, estimant, à l'instar de M. Jarrah, que la position de son courant est on ne peut plus claire. « Nous n'avons rien à voir avec ce qui se passe », a-t-il dit, insistant sur le fait que les Libanais ne sont partie dans aucun conflit interne qui a lieu dans le monde arabe.
Le député du bloc du Futur, Nabil de Freige, a affirmé pour sa part que son courant est en faveur de « la stabilité en Syrie parce que nous savons que cela va se répercuter sur l'intérieur libanais ». « Personne ne nie qu'il y a effectivement un problème entre nous et le régime syrien. Ces allégations en sont le meilleur exemple. Ceux qui affirment qu'il y a des noms supplémentaires savent parfaitement qu'il s'agit de mensonges », a ajouté le député.
Usant d'un ton moins diplomatique, le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, a affirmé que « s'il y a une ingérence présumée de la part de personnalités libanaises dans les affaires internes syriennes, cela pourra servir d'exemple pour Damas, après tout ce qu'ont enduré les Libanais en termes d'ingérences 35 ans durant ».
Camions retenus à la frontière syrienne
L'affaire de la prétendue ingérence de personnalités libanaises dans les mouvements de contestation syrienne n'a pas tardé à donner lieu à des mesures de « rétorsion » syriennes.
Hier, des centaines de camions en provenance du Liban étaient retenus à la frontière nord avec la Syrie en raison de contrôles de sécurité « renforcés » du côté syrien, a affirmé à l'AFP un responsable des services de sécurité libanais. Ces contrôles renforcés sont sans précédent depuis 2006.
« Près de 400 à 500 camions, avec en majorité des plaques d'immatriculation syrienne et jordanienne, attendent depuis ce matin. L'inspection de chaque camion prend environ une heure, ce qui ralentit leur passage », a précisé ce responsable sous le couvert de l'anonymat.
D'après lui, « ces contrôles durent depuis trois jours au point de contrôle d'Abboudieh (Dabboussieh du côté syrien) ».
Ce responsable n'a pas précisé les raisons motivant ces contrôles renforcés.
En 2006, des camions en provenance du Liban avaient fait l'objet d'inspections renforcées à la frontière, mesures vexatoires de la part de Damas après le retrait forcé de ses troupes du Liban.


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