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Nos lecteurs ont la parole

Une logique révolutionnaire au pays du Cèdre

George SABAT
Je ne suis pas médecin, mais je suis familier, au même titre que les lecteurs, de la manière dont les disciples d'Esculape procèdent pour traiter leurs malades. Ils commencent par un examen minutieux du patient, s'enquièrent des maux dont il souffre ainsi que des symptômes passés et des médicaments précédemment ordonnés, recommandent selon les cas certains examens de laboratoire ou certaines radios à la réception desquels ils sont en mesure d'élaborer un diagnostic minutieux qui leur permettra de découvrir l'origine du mal et de prescrire le traitement approprié.
Une telle approche scientifique n'est pas, dans ses grandes lignes, différente de celle employée par tout spécialiste qui chercherait à résoudre un problème touchant à sa profession, fut-il ingénieur, comptable, consultant, avocat, administrateur ou politicien.
Et c'est là où je voulais en arriver. Combien parmi nos hommes d'État ont-ils songé à traiter selon les mêmes normes le patient confié à leur charge ? J'entends par là le Liban.
Suivons ensemble les étapes de ce processus imaginaire.
Dans les articles précédents publiés dans la rubrique « Opinion » de L'Orient-Le Jour, nous avons décrit certains maux dont souffre la démocratie au Liban. J'en citerai les plus évidents, dont la corruption généralisée à presque tous les niveaux de l'administration, le manque de suivi dans la gestion des affaires publiques, l'influence néfaste croissante de la monocratie et des intérêts spéciaux, la marginalisation à outrance du citoyen et la double allégeance qui risque d'en résulter.
En fait, nous sommes tenus de constater que tout le système démocratique dans notre pays est malade et fonctionne mal. Les lois tardent à être votées et, quand elles le sont, manquent souvent d'être appliquées correctement. Les autorités réagissent tardivement et imparfaitement aux multiples crises qui secouent le pays. La dernière en date est celle de la prison de Roumieh dont on n'a pas encore vu l'épilogue. Le Parlement, censé demander des comptes à l'administration, est la plupart du temps aux abonnés absents. Il n'aurait apparemment siégé que cinq heures durant l'année précédente.
Quels sont les symptômes de ses maux ?
Les principaux événements qui ont affecté la paix civile au Liban et compromis les perspectives de développement dans ce pays incluent, entre autres, la révolution de 1958, le problème palestinien de 1967, la guerre civile de 1975 qui durera plus de quinze ans et la situation actuelle qui perdure depuis 2005 et divise le pays en deux clans apparemment irréconciliables.
Quels remèdes ont été utilisés par le passé et quels en ont été les résultats ?
Dans le but de poursuivre la métaphore, je dirais que deux types de remèdes, les analgésiques et les antibiotiques, ont été utilisés sans grand succès.
Dans le premier cas, au cours des soixante-dix dernières années une kyrielle d'institutions étatiques ou semi-étatiques ont été formées dans le but de réguler l'administration publique et de la rendre plus performante. Toutes ces initiatives, quoique éminemment louables en elles-mêmes, n'ont pas servi à solutionner nos problèmes de gestion publique.
De ces institutions, je ne citerai que quelques-unes à titre indicatif : la Cour des comptes, l'Administration centrale des statistiques, le Conseil constitutionnel, le Conseil de la fonction publique, le Conseil de l'inspection centrale, le Conseil du développement et de la reconstruction, le Conseil du développement du Sud, le Conseil économique et social, etc.
Tous ces conseils aux noms ronflants, qu'ont-ils produit en fait ? Ont-ils rempli les fonctions pour lesquelles ils avaient été conçus ? Dans quelle mesure ont-ils permis à notre pays de progresser dans la voie du développement ? Certains, comme le Conseil économique et social, n'ont même jamais vu le jour sans que le citoyen songe à s'enquérir de la cause de cette lacune.
Pour ce qui est des traitements plus énergiques, ni l'accord de Taëf, qui était censé nous sortir du bourbier de la guerre civile et rééquilibrer la balance entre les communautés, ni la gymnastique de Doha basée sur le consensus n'ont pu atteindre leurs objectifs. Preuve en est que nous en sommes toujours au même point dans ce pays.
Sur base d'un tel diagnostic, quels remèdes faudrait-il prescrire ?
Faut-il réformer les institutions ? Il semble que cela soit insuffisant car ces réformes risquent d'être cosmétiques et ineffectives, à l'instar de celles qui les ont précédées.
Faut-il modifier une fois de plus le système ? Les expériences malheureuses de Taëf et de Doha rendent une telle perspective difficilement envisageable.
Faut-il chambarder le confessionnalisme politique? Je souhaiterai, à ce stade, que l'on n'en vienne pas naïvement à rendre le problème confessionnel responsable de tous nos maux. Comme si, une fois le confessionnalisme politique éliminé, et c'est loin d'être tâche facile, tous nos problèmes seraient magiquement résolus et tous les rouages de notre administration se mettraient à fonctionner harmonieusement.
Non, la triste réalité est que notre système démocratique, tel qu'il est conçu et appliqué à l'heure actuelle, ne produit pas, ou si peu. Les habitants de ce pays ont besoin d'une bonne dose de logique « révolutionnaire » pour s'entendre entre eux et reconstruire, pierre par pierre, l'édifice national.
Mais alors, quelle est la solution ? Quel traitement faut-il recommander ?
Je me contenterai pour l'heure de paraphraser en quelque sorte la devise de notre nouveau patriarche et de suggérer que l'attachement et la participation seraient susceptibles d'apporter une réponse au problème existentiel de notre patrie.

George SABAT
Je ne suis pas médecin, mais je suis familier, au même titre que les lecteurs, de la manière dont les disciples d'Esculape procèdent pour traiter leurs malades. Ils commencent par un examen minutieux du patient, s'enquièrent des maux dont il souffre ainsi que des symptômes passés et des médicaments précédemment ordonnés, recommandent selon les cas certains examens de laboratoire ou certaines radios à la réception desquels ils sont en mesure d'élaborer un diagnostic minutieux qui leur permettra de découvrir l'origine du mal et de prescrire le traitement approprié. Une telle approche scientifique n'est pas, dans ses grandes lignes, différente de celle employée par tout spécialiste qui chercherait à résoudre un problème touchant à sa profession, fut-il ingénieur, comptable, consultant, avocat, administrateur ou...
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