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Nos lecteurs ont la parole

Laïciser avant de déconfessionnaliser

Par Joseph W. ZOGHBI
Pour savoir ce qu'on souhaite appliquer comme système politique au Liban, il est nécessaire de définir les mots utilisés. Utiliser des mots mal définis représente une grande source de malentendus qui ne nous mèneront à rien.
Il y a une très grande différence entre déconfessionnaliser et laïciser.
Déconfessionnaliser, c'est supprimer la répartition du pouvoir politique selon l'appartenance confessionnelle. Laïciser, c'est rendre laïque c'est-à-dire rendre indépendant de la religion. Il y a une nuance subtile, qu'il faudrait clarifier, entre les deux définitions.
Je vais essayer de les clarifier et de les placer dans leur contexte.
Déconfessionnaliser le système politique, c'est clairement supprimer toute répartition confessionnelle des grands postes de l'État et toute répartition des tâches dans l'administration. Prise comme telle, la déconfessionnalisation rend vulnérables les minorités religieuses puisqu'elles ne seront vraisemblablement plus représentées et plutôt purement et simplement éliminées du panorama politique national. La loi du nombre prendra le dessus et sera déterminante dans les élections et les nominations.
Déconfessionnaliser, c'est livrer les moins nombreux aux plus nombreux, ce qui n'est pas du tout ce que souhaitent les Libanais. Ce que veulent les Libanais, c'est participer à l'administration et à la gestion de l'État tout en continuant à pratiquer librement leur croyance sans aucun obstacle à leur participation et à leur pratique. La laïcité pallie ce vice de la seule déconfessionnalisation.
En fait, contrairement à ce que pensent la plupart des personnes, la laïcité devrait précéder la déconfessionnalisation et non le contraire. Car en séparant les pratiques religieuses de l'État, c'est-à-dire en élaborant des lois civiles communes à tous les Libanais, y compris le mariage civil, les lois de succession, le droit des femmes, etc. La déconfessionnalisation viendra d'elle-même, car tous les Libanais seront logés à la même enseigne. Il sera alors aisé de célébrer les fêtes musulmanes et chrétiennes en tant que fêtes nationales et d'inscrire les mœurs dans la vie nationale libanaise en tant que mœurs communes à tous. Le gouvernement ne devant en aucun cas participer officiellement aux festivités et les membres pouvant le faire à titre personnel.
« Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » est le but ultime de la laïcité et de la déconfessionnalisation.
Dans le cas de la France, M. Monder Kilani disait dans Le Journal des anthropologues (100 -101 - 2005) : « Il faut déconfessionnaliser la laïcité. » Je dirai , moi, qu'au Liban, il faut laïciser la déconfessionnalisation, sinon il n'est pas possible d'arriver à une solution.
Il faut avoir le courage d'appeler un chat un chat. Tant qu'une majorité de Libanais n'acceptera pas la séparation de la religion et de l'État, il sera impossible de déconfessionnaliser. Cependant, rien n'est perdu, tout est question d'éducation. Si l'État décide qu'il est maintenant nécessaire de passer à la vitesse supérieure, il suffira de mener une campagne d'information sur la laïcité en démontrant avec clarté que laïcité n'est pas du tout athéisme, et en démontrant les avantages qu'il y a à être tous soumis à « la même enseigne » légale.
Une campagne d'information devrait être menée, qui serait couronnée par un référendum. Il faut bien que la majorité des Libanais veuille ce régime pour pouvoir appliquer les changements tant souhaités. Mais tout a besoin d'une préparation, si les intentions sont bonnes.
Pour savoir ce qu'on souhaite appliquer comme système politique au Liban, il est nécessaire de définir les mots utilisés. Utiliser des mots mal définis représente une grande source de malentendus qui ne nous mèneront à rien. Il y a une très grande différence entre déconfessionnaliser et laïciser. Déconfessionnaliser, c'est supprimer la répartition du pouvoir politique selon l'appartenance confessionnelle. Laïciser, c'est rendre laïque c'est-à-dire rendre indépendant de la religion. Il y a une nuance subtile, qu'il faudrait clarifier, entre les deux définitions. Je vais essayer de les clarifier et de les placer dans leur contexte. Déconfessionnaliser le système politique, c'est clairement supprimer toute répartition confessionnelle des grands postes de l'État et toute répartition des tâches dans l'administration....
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