Trois femmes discutent en fumant le narguilé dans l’un des cafés qui longent la mer.
Première vision de la ville: le bord de mer qui invite à la promenade. Rien de plus agréable que de déambuler le long de la corniche sous un soleil radieux. Pour les moins téméraires ou ceux qui aspirent déjà au repos, une dizaine de petits restaurants font face aux flots. Moyennant une somme très modique, on peut y déguster les spécialités locales: hommos, moutabal, falafel, manakiche... tout en fumant le narguilé. Quelques grincheux objecteront que la proximité avec la route est légèrement déplaisante, ou que les klaxons empêchent d'entendre le bruit des vagues, mais ceux-là trouvent toujours le moyen de râler où qu'ils se trouvent.
Juste en face, se dresse le Château de la mer. Construit sur une presqu'île en 1227 par les Francs, la bâtisse est désormais à moitié en ruine. Au-delà de l'intérêt historique des vieilles pierres, le donjon offre une vue imprenable sur toute la baie de Saïda, l'île de Ziré et la mer qui s'étend à perte de vue. Particularité étonnante pour le touriste qui débarque: le château est devenu le repaire des amoureux. Au haut de chaque tour, on tombe sur des petits couples à la recherche d'un peu d'intimité. Autre détail qui détone: le balai abandonné et le vieux compteur rouillé qui se mêlent aux ruines. On est bien au Liban où les vestiges côtoient la réalité la plus prosaïque et où un lieu historique reste avant tout un lieu de vie.
Après avoir exploré le bord de mer, il est temps de s'enfoncer un peu plus dans la ville et dans les souks en particulier. Là, des «ahlan wa sahlan» («bienvenue» en arabe) vous cueillent à chaque coin de rue. Les vendeurs sur le pas de leurs portes vous invitent à entrer et à contempler leurs marchandises. Les artisans, eux, sont plongés dans leur occupation quotidienne: un couturier apporte les dernières retouches à une robe, un cireur de chaussures fait briller une paire de bottes noires, un vendeur presse des citrons pour préparer du jus... Habitants et touristes se côtoient dans le dédale des rues sombres et étroites à la recherche de la bonne affaire. Il est fascinant de constater qu'on peut vraiment trouver tout et n'importe quoi dans les échoppes qui s'alignent.
Au détour d'une ruelle, on tombe sur l'escalier menant au palais Debbané, un lieu calme et reposant qui contraste avec toute l'agitation des souks. Cette demeure construite en 1722 est un pur produit de style arabo-ottoman, une merveille! Il faut admirer la finesse des décorations qui ornent les murs, le plafond en bois de cèdre, le sol où s'entrelacent les différentes couleurs de carreaux... Les canapés moelleux aux quatre coins des pièces invitent à un instant de pause, histoire de prendre des forces avant de grimper tout en haut pour contempler la vue que l'on a du toit.
Claire Grandet, une touriste française rencontrée dans un café un peu plus loin, confie: «J'ai été agréablement surprise de croiser cette bâtisse de style ottoman.» Tout en sirotant un thé à la menthe, elle poursuit: «On trouve toute une panoplie de produits de maquillage de bonne qualité et pas chers dans le souk. Même si ce sont des contrefaçons, c'est génial.»
La visite de la ville se poursuit par le musée du savon. Celui-ci retrace l'histoire de ce produit fabriqué depuis plusieurs millénaires dans la région, à Alep, Saïda ou Tripoli. Sous des voûtes de pierres restaurées, on peut voir les énormes jarres qui servaient à la saponification ainsi qu'un savon aux différentes étapes de sa confection. Le musée est situé à l'emplacement d'une ancienne savonnerie au rez-de-chaussée de la demeure familiale des Audi. Au premier étage, l'immense cuisine sert à la confection des confitures et de l'eau de fleur d'oranger vendues à la boutique souvenir. Une fois dans la rue, le contraste est saisissant. Juste à côté du musée, une vingtaine de poules en cage attendent d'être tuées pour finir dans nos assiettes, ce qui dégage une odeur fétide abominable. Une boutique plus loin, deux mécanos noirs de suie réparent un vieux scooter. Ici, comme partout, neuf et ancien se mélangent, beau et laid
s'entremêlent.
C'est d'ailleurs juste à la sortie de Saïda qu'on trouve la montagne d'ordures. Vieille d'une trentaine d'années et haute de plus de 50 m, elle abrite tous les immondices de la région. Les déchets, qui sont à même la mer, s'y déversent à intervalles réguliers et dégagent une odeur pestilentielle. Un véritable scandale écologique!
Alors qu'on l'appelle Saïda, Sagette ou Sidon, la ville continue à l'heure actuelle de présenter une étonnante
diversité.

