Pour Robert Ghanem, « il n'y a certes pas de démocratie parfaite, mais c'est le seul régime auquel il faut rester attaché car il permet d'exprimer ce que l'on veut et de respecter le droit à la différence. Aux USA, la démocratie est institutionnalisée et elle est profondément ancrée dans la culture américaine. Ils voient aussi en elle une valeur qu'il faut promouvoir dans le monde pour contrer le terrorisme. Au Liban, nous avons beaucoup de libertés et nous y sommes très attachés, mais le peuple n'a pas été imprégné par la culture démocratique ; cela pourrait être un point de départ pour avancer. Aux États-Unis, tout réside dans le "Check and Balance", ou l'équilibre entre les responsabilités et les pouvoirs. Une dynamique complexe et difficilement applicable telle quelle au Liban, où l'on pourrait néanmoins effectuer un meilleur contrôle sur l'exécutif ».
Importance du « Check and Balance »
Samir Jisr s'arrête aussi sur l'équilibre entre les différentes institutions et surtout sur l'importance du travail des comités parlementaires aux USA, qui sont secondés par l'apport d'experts extérieurs. « Au Liban, dit-il, on fait aussi appel, mais d'une manière improvisée, à des experts qui assistent les politiciens et qui sont souvent des vétérans. Ce dont on a besoin, c'est d'experts jeunes et disponibles qui offrent ainsi une meilleure dynamique. »
Kassem Abdel Aziz abonde dans ce sens : « Au Liban, dit-il, on se réunit entre députés, parfois avec des représentants de la société civile. Ici, les comités parlementaires ont des équipes organisées : c'est là, une cuisine équipée qui donne aux législateurs tous les aspects positifs et négatifs d'une loi. Chez nous, on compte uniquement sur l'expérience parlementaire. Pourquoi ne pas envoyer aux USA des fonctionnaires libanais se spécialiser en matière d'expertise des comités parlementaires ? »
« Il y a une expertise pour chaque chose », enchaîne Chant Chinchinian, impressionné, lui, par l'ampleur du système et sa minutieuse organisation. Sa suggestion : « Au Liban, on peut débuter par activer un comité d'éthique (ce que peut faire ou ne pas faire un membre du Parlement), systématiser la manière de faire un rapport, mettre au point les relations avec les médias, impliquer le public dans notre travail quotidien, suivre de plus près le gouvernement, car généralement l'exécutif tend à faire cavalier seul. »
Pour Ghassan Moukheiber, « la gageure est d'appliquer au Liban ce que l'on apprend ici. Le drame, c'est qu'au Liban, il n'y a aucun intérêt sérieux chez un quelconque groupe politique pour développer le travail politique. J'ai déposé en 2006 une proposition sur la modification de notre règlement intérieur, démontrant, chiffres à l'appui, que notre parlement est dysfonctionnel, tant au niveau de la quantité du travail que de la qualité. J'espère que mes collègues qui ont vu un mode de fonctionnement différent y reviennent avec plus d'entrain. Notre collègue Robert Ghanem est au courant de ce projet. »
Il est toujours temps de se référer à un célèbre législateur américain, également candidat aux présidentielles de 1928, Alfred Emanuel Smith, qui avait indiqué que « tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie ».


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