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Nos lecteurs ont la parole

L’insoluble équation

George SABAT
Au Moyen-Orient, les populations sont composées d'une majorité de jeunes qui veulent, mais ne savent pas assez et d'autres moins jeunes qui, probablement, savent, mais ne veulent pas. Ces deux groupes sont coiffés de gouvernants qui, souvent, peuvent, mais ni ne savent ni ne veulent vraiment.
Voyons comment certains tentent à présent de résoudre cette équation en apparence insoluble.
Prenons le cas de la Tunisie. Les jeunes y ont commencé par prendre le pouvoir après avoir subi trois décennies de dictature, mais sauront-ils le conserver, ou leur sera-t-il arraché par les résidus de la vieille garde ou par l'armée, munies du savoir ou du pouvoir qui leur fait défaut ?
En Égypte, le même scénario est en train de se jouer. Les jeunes semblent déjà avoir perdu leur pari. Moubarak est parti, oui, mais certains membres de son entourage restent aux commandes ou guettent dans les coulisses que sonne l'heure du retour. Les résultats préliminaires du référendum laissent entrevoir une décision de remanier la Constitution plutôt que d'en créer une nouvelle, comme le recommandaient Amr Moussa et Baradei. La victoire des jeunes sera-t-elle de courte durée ? Seront-ils privés des fruits de cette révolution ?
Le Yémen, lui, risque de basculer dans l'anarchie ou de se désintégrer, à moins que les militaires, toujours eux, n'arrachent les rênes du pouvoir à Ali Abdallah Saleh.
Les tentatives de rébellion en Algérie, au Maroc, à Bahreïn, en Jordanie, en Syrie ou à Oman n'ont toujours pas réussi à déloger les dirigeants en place depuis des décennies. À défaut de révolution, les protestataires pourraient en définitive récolter certaines concessions d'ordre social ou matériel, mais le problème essentiel n'en serait pas pour autant résolu.
Ce problème essentiel, quel est-il au juste ? Que veulent tous ces jeunes, si ce sont bien eux qui bougent partout ?
La réponse nous est parvenue d'Alger où, selon le Merip, un « think tank » international, trois cents jeunes avaient été conviés, le 19 janvier, à une session du Parlement algérien pour exposer leurs doléances. Selon le compte-rendu de cette entrevue, l'augmentation des prix des denrées alimentaires a figuré en définitive au bas de l'échelle des réclamations de ces jeunes, quoique le citoyen algérien dépense près de la moitié de son revenu moyen pour se nourrir.
Plus que du manque de pain, leurs représentants se sont surtout plaints de la « hogra », terme par lequel est désignée en Algérie la marginalisation du système politique et économique dans laquelle les maintiennent les autorités et en particulier les bureaucrates et les agents de la sécurité.
Le lecteur averti qui aurait suivi avec attention les nouvelles du mois dernier en provenance de tous les pays de la région ne pourrait s'empêcher de relever la présence d'un thème commun à toutes ces revendications. Le terme « hogra » n'est employé qu'en Tunisie, mais le sentiment qu'il exprime est par contre universel et commun à tous ces pays. Partout c'est la révolte contre la « marginalisation », qui semble unir tous ces jeunes révolutionnaires, qu'ils soient d'Égypte, du Yémen, de Syrie ou même du Liban.
Je voudrais conclure en prévenant nos gouvernants, ceux qui gèrent à présent les affaires courantes, comme ceux qui sont destinés à les remplacer : « Faites gaffe ! Offrez aux jeunes la faculté de participer avec vous à la gouvernance de ce pays si vous ne voulez pas qu'ils vous l'arrachent des mains. »

George SABAT
Au Moyen-Orient, les populations sont composées d'une majorité de jeunes qui veulent, mais ne savent pas assez et d'autres moins jeunes qui, probablement, savent, mais ne veulent pas. Ces deux groupes sont coiffés de gouvernants qui, souvent, peuvent, mais ni ne savent ni ne veulent vraiment.Voyons comment certains tentent à présent de résoudre cette équation en apparence insoluble.Prenons le cas de la Tunisie. Les jeunes y ont commencé par prendre le pouvoir après avoir subi trois décennies de dictature, mais sauront-ils le conserver, ou leur sera-t-il arraché par les résidus de la vieille garde ou par l'armée, munies du savoir ou du pouvoir qui leur fait défaut ?En Égypte, le même scénario est en train de se jouer. Les jeunes semblent déjà avoir perdu leur pari. Moubarak est parti, oui, mais certains membres de son...
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