À la demande expresse du président de la Chambre, Nabih Berry, M. Mikati a accepté de surseoir à l'annonce de ces moutures en attendant le résultat de concertations supplémentaires avec les composantes de la nouvelle majorité. De fait, le Premier ministre désigné s'est réuni hier à Verdun avec les ministres sortants de l'Énergie et des Travaux publics, Gebran Bassil et Ghazi Aridi, représentant respectivement le général Michel Aoun et le chef du PSP, Walid Joumblatt, ainsi que le député berryste Ali Hassan Khalil et le conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Khalil.
D'après des sources proches de M. Mikati, les personnes réunies se sont entendues pour poursuivre ces concertations dans les jours qui viennent, ce qui veut dire qu'il n'y a toujours pas d'accord entre les protagonistes. Mais ces mêmes sources ajoutent que si le Premier ministre désigné a accepté de faire preuve de bonne volonté et de poursuivre les concertations, cela ne signifie pas que celles-ci doivent traîner en longueur.
De fait, certains milieux ont fait savoir que M. Mikati, qui commence à montrer des signes d'impatience, consentirait un délai qui irait au maximum jusqu'à samedi prochain.
Pour le moment, on bute toujours sur les exigences du bloc aouniste qui réclame 12 ministères dans un cabinet de 30, y compris l'Intérieur, alors que le chef du gouvernement ne lui en accorderait que 9 et lui refuserait l'Intérieur.
De son côté, le Hezbollah, qui avait évoqué dimanche la nécessité de certaines « concessions », a rehaussé quelque peu les enchères pour, d'une part, soutenir son allié chrétien et d'autre part réclamer un ministère pour les sunnites du 8 Mars, Abdel Rahim Mrad ou Fayçal Omar Karamé, ce que rejette M. Mikati.
Le Hezbollah n'en a pas moins parlé hier de la nécessité de hâter la formation du gouvernement, à la suite de la visite rendue par le chef du PSP à son secrétaire général, Hassan Nasrallah.
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Cela étant dit, aux yeux du Hezb, c'est aux États-Unis qu'il faut imputer la responsabilité du retard dans le processus gouvernemental. « Il y a un ordre de mission américain enjoignant d'empêcher ou d'entraver la mise en place du cabinet », a ainsi affirmé le vice-président du conseil exécutif, cheikh Nabil Qaouq. « La riposte nationale impose de former le gouvernement », a-t-il dit, assurant que « toutes les composantes de la nouvelle majorité sont d'accord sur la nécessité d'accélérer le processus ».
De son côté, le député aouniste Ziyad Assouad (Jezzine) a réfuté les informations au sujet d'un gouvernement de « fait accompli » que le Premier ministre désigné chercherait à imposer. « Pour qu'il y ait un fait accompli, il faut que ce fait nous ait été proposé puis qu'il ait été rejeté par nous. Or jusqu'ici, on ne nous a rien proposé », a affirmé M. Assouad.
Sur un autre plan, M. Assouad a estimé que les propos élogieux tenus par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, au sujet du ministre sortant de l'Intérieur, Ziyad Baroud, qu'il avait qualifié d'« indispensable », relèvent davantage du domaine « sentimental » que de celui de la « politique ».
Son collègue de Jbeil, Simon Abiramia, a pour sa part défendu les exigences gouvernementales du bloc aouniste en affirmant que le CPL « a pris un mandat de l'opinion publique chrétienne ».
« Le rôle chrétien sera rétabli et il est impossible de reculer d'un pas sur aucun de nos droits », a ajouté M. Abiramia.
Du côté du 14 Mars, le député FL Antoine Zahra a estimé que « les putschistes sont actuellement dans une situation embarrassante du fait des développements dans la région et de leurs répercussions directes ou indirectes sur le Liban ».
« À cause de ces développements, il est devenu inutile de compter sur la direction syrienne pour qu'elle aide, en accord avec l'Iran, à résoudre les difficultés qui entravent la formation du gouvernement », a ajouté M. Zahra, faisant valoir en outre que le chef de l'État et le Premier ministre désigné n'ont pas l'intention de susciter une crise avec la nouvelle majorité parlementaire en lui imposant un cabinet de fait accompli.
Selon lui, le Hezbollah, « qui a pourtant été le premier au Liban à réviser ses comptes à la suite des développements dans la région, reste toutefois soucieux de renforcer de façon permanente la position du général Michel Aoun, et cela afin de suggérer que ce dernier est un acteur de premier plan ».
Développant un raisonnement similaire, Moustapha Allouche, ancien député et membre du bureau politique du Courant du futur, a relevé que la situation régionale « ne semble pas pouvoir permettre la promotion d'un quelconque type de gouvernement au Liban. Pour M. Allouche, il est clair que la Syrie ne souhaite pas, jusqu'ici, qu'il y ait au Liban un cabinet qui la mettrait dans une situation de confrontation avec les Arabes ».
« Il est donc probable que les moutures que le Premier ministre désigné sera appelé à suggérer seront faites pour être rejetées, et dans ce cas, on continuera à faire du surplace », a-t-il ajouté.
Soulignant que les lignes de contact entre le Premier ministre sortant, Saad Hariri, et le chef du PSP, Walid Joumblatt, n'ont pas été définitivement rompues, M. Allouche a noté que « la donne a de nouveau changé, notamment après les derniers contacts entre la Syrie et l'Arabie saoudite. Voilà pourquoi M. Joumblatt a mis en avant de nouvelles positions », a-t-il dit.
De son côté, le député Ammar Houry, membre du bloc du Futur, a estimé que les complications entachant le processus gouvernemental ont fait que la question de savoir si le gouvernement allait être formé ou pas relève désormais de la cartomancie ou de la chiromancie.
« Dès le début, les putschistes ont cru qu'ils tiraient toutes les ficelles. Après l'annonce par le 14 Mars de son entrée dans l'opposition, nous avions cru que cela faciliterait la formation du cabinet. Or nous avons découvert que les nœuds persistaient, de même que les interférences entre les intérêts des diverses composantes du futur gouvernement », a ajouté M. Houry.
Son collègue Jamal Jarrah a noté que « la situation dans laquelle se trouve le Premier ministre désigné n'est pas de tout repos du fait de l'appétit de ses alliés pour le pouvoir et de la volonté d'hégémonie sur certains ministères ».
« Le parrain régional n'est pas pressé de former un gouvernement ou d'influer sur l'attitude de certains protagonistes du fait de ses préoccupations intérieures, a ajouté M. Jarrah, affirmant s'attendre à ce que « les complications s'aggravent davantage encore, sauf en cas de pressions régionales en faveur d'un gouvernement aux conditions des deux présidents (Michel Sleiman et Nagib Mikati). »


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