La futurologie n'est pas une science exacte. Aldous Huxley, l'auteur du Meilleur des mondes, en sait quelque chose. Reste qu'en matière de gestion de fortune, il est indispensable de réfléchir aujourd'hui aux scénarios de demain. Si personne ne peut prétendre anticiper toutes les évolutions, quelques pistes se laissent quand même ébaucher. Ainsi, nul besoin d'être grand clerc pour constater que le débat sur la fiscalité de l'épargne et le secret bancaire va révolutionner en profondeur l'industrie bancaire.
Une approche « no-shore »
À moyen terme, la distinction classique entre la gestion de fortune on-shore et off-shore est appelée à disparaître. Elle laissera la place à un nouveau modèle, que l'on peut qualifier de « no-shore ». Les banques qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui seront capables de proposer à leurs clients des reportings consolidés et de produire les documents fiscaux relatifs à leur pays de résidence, quel que soit le lieu de booking des comptes. Les établissements, qui, à l'instar du Crédit agricole, bénéficient d'une plateforme logistique performante et déployée sur plusieurs environnements réglementaires, profiteront d'un avantage concurrentiel certain. Répondre aux exigences croissantes nécessite cependant des investissements informatiques importants. Il y a donc fort à parier que nous assisterons à une concentration des acteurs de la branche, à une diminution du nombre de banques de taille moyenne, qui seront absorbées par quelques banques universelles solides en termes de fonds propres et de rating.
Plus d'éthique
La crise des subprimes et l'affaire Madoff ont cruellement mis en évidence certaines dérives. Pour s'en prévenir, le client de demain accordera davantage d'importance aux actifs réels (immobilier, private equity), à la transparence dans la gestion de ses actifs et à l'éthique. D'ici à vingt ans, les produits de consommation devront indiquer leur empreinte carbone. De la même manière, les produits financiers seront évalués selon des critères sociaux et environnementaux (ISR), qui auront autant d'importance que les paramètres risque, volatilité ou liquidité.
Des services sur mesure
Les banques offriront également de plus en plus de produits exclusivement développés pour leurs clients. Ces produits qui leur seront réservés leur permettront de mieux comprendre comment sont investis leurs avoirs. Pour les grandes fortunes, le sur-mesure impliquera aussi une offre élargie des services extrafinanciers de type family office : conseillers en art ou en vin, service de conciergerie ou accompagnement d'actions philanthropiques, la gestion de fortune va se distinguer par une expertise encore accrue et une forte valeur ajoutée.
Pendant des décennies, le modèle suisse a dominé le private banking. Aujourd'hui, ce modèle a fait école. On assiste à un transfert de compétence vers les pays émergents, que ce soit vers l'Asie, et tout particulièrement la Chine, mais aussi vers le Brésil ou la Russie. Si la Suisse veut garder son avantage concurrentiel, elle doit continuer à se réinventer. Dès aujourd'hui et pas dans vingt ans.
Directeur de la banque privée de Crédit agricole (Suisse) SA

