Je savais que je n'étais pas faite pour le boulot que je fais. Mais je l'avais apprivoisé, par nonchalance, paresse et nécessité.
Il y a quelques semaines aujourd'hui, des événements inattendus sont venus bouleverser le monde arabe. Des révolutions sont nées d'un rien, du jour au lendemain, pour changer des régimes politiques entiers ou des membres de gouvernement. Tout cela au nom de la démocratie, du droit du peuple à choisir, de la liberté.
Et ces mouvements mus par les bonnes causes ne pouvaient qu'être admirés, appuyés, malgré leurs conséquences parfois destructrices sur les peuples concernés. En regard de leurs bienfaits futurs, l'on entendit dire que c'est le prix à payer.
Il y eut aussi les inondations en Australie. Catastrophe naturelle, dit-on. Qu'elle soit le résultat de la détérioration de l'environnement et du réchauffement de la planète, donc de la bêtise de l'homme, je l'ignore.
Il y eut l'état d'urgence décrété en Nouvelle-Zélande suite au séisme. Et maintenant, cette catastrophe d'une ampleur bien différente qui touche le Japon. Et un danger nucléaire à faire trembler la terre entière.
Au bureau à Londres, c'est business as usual. On nous incite à mettre à profit de la situation pour envoyer aux clients des idées d'investissements, en exploitant la chute du prix des actions des compagnies japonaises Nissan, Honda et Sony entre autres, en vue d'une hausse future éventuelle et presque naturelle.
On nous incite à conseiller aux clients du Moyen-Orient de transférer leurs fonds en Europe, où le risque se fait moindre.
Il est peut-être normal que le malheur des uns fasse le bonheur des autres, comme le veut le dicton. Mais je ne puis, face aux images d'un peuple sans abri, de corps qui s'entassent sur le sol, d'une mère qui cherche ses enfants, d'un homme d'affaires qui se demande comment recommencer à partir de la case zéro, penser à engendrer du profit.
Peut-être ne suis-je pas née pour cela. Non, merci.


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