Cette approche originale conçue, selon la direction, dans le but d'évaluer l'épanouissement et le développement de l'enfant, m'a singulièrement frappé. Mon appréciation de cette institution a immédiatement grimpé d'un cran.
Mes réflexions se sont ensuite tournées vers une direction différente et je me suis demandé s'il était possible d'employer un procédé similaire pour permettre au peuple libanais d'évaluer la performance de ses dirigeants.
Les problèmes auxquels ce peuple fait face à l'heure actuelle sont si nombreux et si variés qu'il est indispensable d'être en mesure de jauger à travers quelques chiffres et quelques données simples mais en même temps symptômatiques, la gestion de ceux à qui nous avons confié le présent et l'avenir de notre pays.
Partant de cette notion, il devrait ainsi être possible d'apprécier à leur juste valeur les résultats de cette gérance.
Prenons quelques-unes de ces données à titre d'exemple.
Je choisirai, pour commencer, l'environnement, qui se trouve être probablement le grief le plus sérieux et le plus troublant soulevé par les citoyens à l'encontre de leurs dirigeants. Il en est aussi un des plus évidents, car nul ne peut en éviter la vue ou l'effet et y est confronté à tous les instants.
L'on pourrait adopter par exemple le cas de cet amas d'immondices qui s'est accumulé au fil des années à l'entrée de la ville de Saïda, au point d'être connu de tous les habitants et des visiteurs locaux et étrangers sous le nom tristement célèbre de la « montagne de déchets » de la capitale du Sud.
On pourrait ainsi évaluer, selon certains critères restant à déterminer, le volume de ces immondices chaque fin de mois et chaque fin de trimestre et en publier les résultats dans la presse.
Ce résultat, qui pourrait être exprimé en mètres cubes ou en tonnes, ou en toute autre unité de mesure que l'on aurait choisie, servirait à mesurer la performance de celui ou de celle qui aurait été identifié comme responsable de la solution à court et à long terme de ce problème. Le choix de cette personne devrait naturellement faire l'objet d'un consensus de la population locale et des autorités civiles. Il incomberait à cette personne la responsabilité d'expliquer, chaque fin de période, au peuple libanais, chiffres et faits à l'appui, la raison du manque ou du retard de performance dans ce domaine.
Une approche similaire pourrait être adoptée en ce qui concerne une multitude d'autres sujets qui concernent le bien-être et le développement économique et spirituel du citoyen.
Je pourrai fournir, à titre d'exemple, des sujets tels que l'aménagement de lacs collinaires et de barrages, l'installation de lignes de transmission électriques, la mise en place d'usines de traitement de déchets et d'eau potable, le percement de routes de campagne, la plantation d'arbres dans les différentes régions, etc.
On pourrait aussi mesurer et publier le niveau de couverture de la population en termes de Sécurité sociale, le pourcentage d'absentéisme dans les écoles primaires, le volume du support apporté par l'État à l'agriculture, à l'industrie, au tourisme et aux services. Tous ces résultats pourraient être chiffrés selon certains barèmes qui seraient agréés en accord avec les ministères intéressés.
Un exercice similaire pourrait être conduit avec le ministère des Finances pour mettre en valeur sa performance dans la collecte des ressources et le contrôle des dépenses dont il est responsable. Une évaluation des quelque soixante-dix comptes du budget pourrait être ainsi conduite chaque fin de mois et de trimestre pour déterminer si les résultats atteints concordent avec les expectatives initiales (et non une simple comparaison avec les périodes précédentes, laquelle se révèle souvent sans signification réelle).
Ultimement, l'on serait amené, à travers une telle approche, à enregistrer et à commenter le mouvement de la dette nationale ainsi que le niveau de réduction de cette dette, sur lequel on se serait entendu au préalable. De la sorte, les citoyens et le gouvernement se mettraient d'accord pour réduire, à plus ou moins long terme et selon un calendrier et un rythme prévus d'avance, ce fardeau intolérable qui pèse si lourdement sur chaque famille libanaise.
Je suis convaincu que le lecteur aura déjà saisi le but ultime d'un tel programme, qui serait de rendre les autorités plus conscientes de leurs responsabilités envers les citoyens et de convaincre ces derniers, non seulement de leur droit de demander des comptes, mais aussi de la nécessité de participer conjointement avec l'État au développement soutenu du pays, de son infrastructure et de ses ressources.


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