De longues files d’attente s’étaient formées samedi devant les bureaux de vote, autrefois quasiment vides sous l’ère Moubarak. Aris Messinis/AFP
Ce référendum était le premier scrutin depuis le départ le 11 février de M. Moubarak, chassé du pouvoir par un mouvement de contestation populaire sans précédent, et la remise de ses pouvoirs au Conseil suprême des forces armées. Les tenants de cette réforme assurent que, malgré son caractère limité, elle suffit pour organiser le retour à un pouvoir civil après des élections législatives et présidentielle, conformément aux plans de l'armée qui prévoient un délai indicatif de six mois. Ce vote constitue aussi une victoire pour le puissant mouvement des Frères musulmans, qui avait mis tout son poids en faveur de la réforme proposée par une commission de juristes, dont un membre de la confrérie islamiste, nommés par l'armée. Il constitue en revanche un revers pour les mouvements de jeunes issus de la révolte contre M. Moubarak et des personnalités comme le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, et l'opposant Mohammad el-Baradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Les adversaires de cette révision réclamaient la rédaction d'une Constitution entièrement nouvelle, estimant que l'ancienne - même revue - n'offrait pas les garanties pour une démocratisation réelle du pays.
Les amendements approuvés prévoient notamment de limiter toute présidence à deux mandats de quatre ans (contre un nombre illimité de mandats de six ans) et assouplissent les conditions de candidature à la magistrature suprême. Le recours à l'état d'urgence, imposé depuis le début du règne de M. Moubarak il y a trente ans et toujours en vigueur, doit être limité à six mois et ne peut être renouvelé que par référendum.
La presse a salué de manière unanime la mobilisation « record » des électeurs pour ce référendum qualifié « d'historique » avant même que ses résultats ne soient connus. Le taux de 41 % de participation - soit 18,5 millions de personnes sur 45 millions d'Égyptiens en âge de voter - est à comparer à l'abstention écrasante qui caractérisait les élections sous M. Moubarak. De longues files d'attente s'étaient formées samedi devant des bureaux de vote autrefois quasiment vides. Pour le quotidien al-Alam al-yom (indépendant), « le peuple a pris le parti de la démocratie » en allant voter avec plus d'enthousiasme qu'auparavant. Plusieurs journaux ont toutefois relevé que ce vote avait été marqué par de forts clivages au sein de la population, en particulier entre les islamistes et la communauté chrétienne qui représente de 6 à 10 % de la population. En filigrane figure l'article 2 de la Constitution que la révision ne prévoit pas de changer et qui fait de l'islam la religion d'État, et des « principes de la loi islamique » la « source principale » de la législation. Rose el-Youssef (gouvernemental) soulignait que « les islamistes ont appelé en force à voter oui », allusion au soutien des Frères musulmans à une réforme qui préserve cet article, tandis que « les partis (hostiles au projet) et les chrétiens ont dit non ». D'autres titres ont relevé que des anciens du Parti national démocrate (PND) de M. Moubarak, dont les réseaux restent par endroits influents, avaient appelé à voter « oui ».
En outre, l'agression dont a été victime M. el-Baradei, par une foule qui lui a jeté des pierres alors qu'il allait voter dans un quartier pauvre du Caire, a été évoquée de manière factuelle par une partie des journaux. L'ancien chef de l'AIEA et Prix Nobel de la paix n'a pas été blessé. Il a jugé « irresponsable » d'organiser un référendum « sans sécurité ». Enfin, l'ambassadrice américaine au Caire, Margaret Scobey, a fait part de son « grand optimisme » pour l'édification d'un « avenir démocratique » en Égypte, après avoir vu « les Égyptiens en nombres sans précédent venir exercer pacifiquement leurs libertés nouvellement acquises ».
(Source : AFP)

