Il suffit d'à peine quelques instants, une fois les pieds posés sur le tarmac parisien pour, de suite, s'amuser au jeu des sept erreurs. Quand on a vécu un peu ici ou beaucoup là-bas, on ne peut pas ne pas comparer. Où aurais-je aimé vivre, là, tout de suite, en mars 2011? Où suis-je mieux? Qu'est-ce que je préfère? Qu'est-ce que je ne supporterais pas? Qu'ai-je oublié? Tant de questions qui finissent par rendre le séjour fort sympathique. Parce que le ping-pong comparatif est un drôle d'exercice. Un entraînement très amusant. «Bonjour madame, bienvenue à bord.» «Chay or coffee 3ayné?» Qu'on soit sur Air France ou sur les ailes de la MEA, le dépaysement (ou pas) commence ici. Le sourire est aux lèvres, rythmé par quelques applaudissements, des «7amdella 3a salémé» et des téléphones qui sonnent avant «l'arrêt définitif de l'appareil»... Akh, l'air frais et sec de la capitale. La température extérieure est de 3°. Aoutch. Mais rien de méchant. Le bonnet vissé sur les oreilles, la doudoune (sexy, la doudoune) à même le corps, aucune crainte. Surtout qu'à Paris, qu'on soit en minijupe, sur 11 cm de talons, un bibi à plumes roses sur le crâne, personne ne te regarde. Limite, ils t'ignorent. À Beyrouth, ce n'est pas vraiment le même mood. On est sifflé, klaxonné par un service. On trébuche dans le gravier, les trottoirs sont bouffés par les voitures et les poubelles. Enfin, si on peut appeler ça des trottoirs. On s'étonne après, qu'à Paris, on marche deux heures par jour et qu'à Beyrouth, on a le cul cloué dans son siège auto, un peu, beaucoup, de cellulite sur les hanches. Mouais. Bonjour, est-ce que vous auriez un carnet de tickets de métro, s'il vous plaît? «Oh ben non, j'en vends plus depuis longtemps, pfft.» Le ton est on ne peut plus agréable. Et le visage affable. Le Paris qu'on aime, quoi. Les Parisiens sont certainement les maîtres incontestables ès «revêcherie». Mais avouons que sans les taxis qui rouspètent, les ouvriers qui râlent, les transports qui font la grève, Paris ne serait plus Paris. Et puis, quand on entre dans une boutique de luxe, sont assez sympas les vendeurs. Même si on achète une paire de chaussettes à 30 euros, ils vous accompagnent avec le sourire. Tandis que chez nous, on a souvent quelqu'un qui vous toise, horrifié de nous voir estomaqué par une paire de chaussures à 3000 dollars. La vendeuse libanaise a une sacrée tendance à se prendre pour Nina Ricci elle-même. Ah, ça, c'est la grande condescendance beyrouthine. Un vrai bonheur, que l'on ne trouve pas chez tout le monde, heureusement. Le Libanais est serviable. Indéniablement. Pas souvent pro, mais tellement gentil. S'il ne connaît pas le contenu exact du menu quand on lui demande les suggestions du chef, il a l'amabilité de tout faire pour vous renseigner. Et s'il vous questionne sur la cuisson de votre filet de bar, ce n'est finalement pas bien grave. Mieux vaut en rire qu'en pleurer de rage. Parce que votre carpaccio de poisson est tellement fin que vous n'avez même pas mangé pour 10 grammes de daurade, et que le maître d'hôtel vous explique que si le poisson est aussi filamenteux, c'est parce qu'il est extraordinairement frais «pauvre ignare». Mais on ne peut pas tout avoir. Si à la Fnac, le responsable du rayon téléphonie mobile connaît tous les forfaits, les particularités de chaque fournisseur, la taille en kilo bytes d'un message BBM et la puissance d'émission d'un iPhone quand il est à 20 mètres sous le sol, il vous enverra payer à la caisse numéro 1, détaxer à la deuxième, récupérer l'objet à la quatrième, en ayant fait un détour au préalable par la troisième case «sécurité» parce que votre bracelet n'arrête pas de faire sonner tous les détecteurs de métal. Chez nous, m3alem Karim ne sait pas forcément tout ça mais, pour 10 dollars, il transférera vos numéros d'un téléphone à l'autre, il vous y mettra MSN, Whatsapp, Shazam, une carte mémoire et des strass en guise de boîtier incassable. Le tout saupoudré d'un «tekram 3younik ya 7elwé». Puis il vous escortera jusqu'à la porte, vous conduira la voiture et vous bordera le soir en vous chantant une berceuse. Qui dit mieux? Alors, oui, tout est organisé à Paris, tout est foutoir à Beyrouth. Les filles sont stylées à Paris, avec un rien sur les épaules, les nôtres sont souvent très communes avec toute l'armoire sur le dos. Le climat a beau être humide, les embouteillages infernaux, et même si Paris me manque furieusement, il est souvent doux d'être ici. Et si demain, je vais danser... pas besoin de ramer pour trouver une baby-sitter.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il suffit d'à peine quelques instants, une fois les pieds posés sur le tarmac parisien pour, de suite, s'amuser au jeu des sept erreurs. Quand on a vécu un peu ici ou beaucoup là-bas, on ne peut pas ne pas comparer. Où aurais-je aimé vivre, là, tout de suite, en mars 2011? Où suis-je mieux? Qu'est-ce que je préfère? Qu'est-ce que je ne supporterais pas? Qu'ai-je oublié? Tant de questions qui finissent par rendre le séjour fort sympathique. Parce que le ping-pong comparatif est un drôle d'exercice. Un entraînement très amusant. «Bonjour madame, bienvenue à bord.» «Chay or coffee 3ayné?» Qu'on soit sur Air France ou sur les ailes de la MEA, le dépaysement (ou pas) commence ici. Le sourire est aux lèvres, rythmé par quelques applaudissements, des «7amdella 3a salémé» et des téléphones qui sonnent avant...