Un responsable du ministère de l'Intérieur, Mohammad Hassan Ali, a jugé "très normal" que le ministère écoute les plaintes des familles. Mais il a accusé, dans une déclaration à la presse, "certains d'avoir profité de cette occasion pour lancer des slogans"./Photo
Ils brandissaient des photos de leurs proches et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: "Libérez les détenus". Parmi ces prisonniers figurent notamment les avocats des droits de l'Homme Anouar Bounni et Mouhannad al-Hassni, ainsi que des médecins, ingénieurs et écrivains.
Au bout d'une heure, des agents de sécurité en civil ont exhorté les protestataires à partir, selon les journalistes de l'AFP qui ont vu alors quatre personnes arrêtées.
Selon le président de la Ligue syrienne de défense des droits de l'Homme Abdel Karim Rihaoui, les forces de l'ordre ont déchiré les pancartes et dispersé les manifestants.
L'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme (OSDH) a fait état de plus de 25 personnes arrêtées, dont plusieurs intellectuels venus soutenir les familles.
Parmi eux figurent les écrivains Tayeb Tizini et Hassiba Abdel-Rahmane, le militant et blogueur kurde Kamal Cheikho, qui avait été libéré dimanche de prison, ainsi que les militants Mazen Darouiche et Nahed Badaouia.
Ont été également interpellés cinq membres de la famille d'une importante figure de l'opposition, Kamal Labouani, qui purge une peine de douze ans de prison.
La militante pour les droits de l'Homme Souheir Atassi a été elle aussi arrêtée, selon l'OSDH.
Une contre-manifestation de soutien au président Bachar el-Assad a réuni des dizaines d'autres manifestants sur la même place. Ils portaient des drapeaux syriens et scandaient des slogans favorables au président.
Les familles des détenus avaient annoncé samedi qu'ils comptaient se rendre mercredi au ministère de l'Intérieur pour remettre une lettre réclamant la libération de leurs proches.
Un responsable du ministère de l'Intérieur, Mohammad Hassan Ali, a jugé "très normal" que le ministère écoute les plaintes des familles. Mais il a accusé, dans une déclaration à la presse, "certains d'avoir profité de cette occasion pour lancer des slogans", en allusion aux intellectuels et défenseurs des droits de l'Homme venus apporter leur soutien.
Selon M. Rihaoui, "la lettre n'a pu être remise au ministre de l'Intérieur, car ses responsables ont demandé aux proches des détenus de présenter une demande pour être reçus par le ministre".
Les organisations de défense des droits de l'Homme ont dénoncé la réaction des forces de l'ordre et appelé à la libération des personnes interpellées.
"Cela constitue une violation du droit au rassemblement stipulé par la Constitution", a dit à l'AFP M. Rihaoui.
"Nous dénonçons avec la plus grande fermeté les agissements violents des agents de sécurité. Nous appelons à la libération immédiate des personnes arrêtées", a indiqué l'OSDH dans un communiqué.
Cette ONG a appelé une nouvelle fois les autorités à "cesser les arrestations arbitraires" et demandé "la promulgation d'une loi moderne pour organiser le travail des partis politiques et associations civiles en Syrie".
Mardi, des dizaines de Syriens avaient manifesté pour la liberté et des réformes politiques, bravant la loi d'urgence qui interdit les manifestations depuis 1963.
"Quatre jeunes, dont une femme, ont été arrêtés", avait déclaré Souheir Atassi à la chaîne satellitaire Al-Jazira.
"Aujourd'hui, le peuple syrien a devancé l'opposition, comme cela s'était passé en Égypte et en Tunisie. C'est la première fois qu'une manifestation appelant à la liberté se déroule en Syrie", avait-elle souligné.


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