Deux rebelles prennent une pause, à un barrage à Ajdabiya, alors que les forces loyales avancent sur la ville. Goran Tomasevic/Reuters
« À moins que l'OTAN n'intervienne, il (Kadhafi) va nous massacrer tous », déclarait le docteur Souleimane al-Abeidi. « Nous sommes des civils. Que pouvons-nous faire contre des armes lourdes ? Contre des chars, des roquettes Grad et des navires de guerre ? » insistait ce médecin de 43 ans, alors que des confrères s'énervaient contre les insurgés qui accompagnent des blessés, les accusant d'abandonner leur poste. En soirée, l'opposition affirmait toutefois qu'Ajdabiya était toujours « aux mains des révolutionnaires ».
Parallèlement, les insurgés auraient, selon un journal en ligne de l'opposition, marqué des points en coulant, grâce à un chasseur MiG-23 et un hélicoptère, deux navires de guerre de la marine nationale au large du golfe de Syrte. Le MiG aurait également, selon la même source, bombardé un certain nombre de chars aux environs des localités de Brega et d'Ajdabiya.
En soirée, l'armée restée fidèle à Mouammar Kadhafi annonçait toutefois, dans un message diffusé à la télévision nationale, qu'elle marchait sur Benghazi pour y mener « une mission humanitaire » auprès de la population. Quelques heures plus tard, des journalistes de l'AFP indiquaient que les rebelles de Benghazi faisaient usage de canons antiaériens et d'artillerie lourde. Les journalistes n'ont néanmoins vu ni entendu d'avion au-dessus de la ville. En revanche, on pouvait voir des feux d'artifice au-dessus de Benghazi.
Pour les insurgés, il n'y a que « deux possibilités : se rendre ou fuir », a de nouveau martelé le colonel Kadhafi dans un entretien au quotidien italien Il Giornale. En soirée, le leader libyen déclarait, dans un discours diffusé par la télévision officielle, être « déterminé à écraser les ennemis ».
Sur le front diplomatique, le Conseil de sécurité des Nations unies a fait circuler hier un projet de résolution stipulant que le Conseil « décide d'autoriser une interdiction de tous les vols dans l'espace aérien (libyen) afin de contribuer à la protection des civils » et autorisant « toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre » cette interdiction. Après réception du texte, les membres du Conseil ont ajourné leur réunion sans prendre de décision. Certains membres du Conseil de sécurité ont exprimé des doutes sur l'efficacité réelle d'une zone d'exclusion aérienne.
« Si nous sommes bloqués aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce que l'Europe est impuissante, c'est parce qu'au Conseil de sécurité, pour l'instant, la Chine ne veut pas entendre parler d'une résolution conduisant à une ingérence de la communauté internationale dans les affaires d'un pays », avait déclaré, plus tôt dans la journée, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, à l'issue d'une réunion du G8 à Paris. Si « la Russie est en train d'évoluer », « les Américains n'ont pas défini de position sur la Libye », a-t-il précisé, en jugeant par ailleurs que l'idée d'imposer une zone d'exclusion aérienne en Libye était « dépassée » par la progression des forces de Kadhafi vers Benghazi. Le représentant permanent de la France à l'ONU, Gérard Araud, a ajouté que Paris était « profondément affligé » par l'incapacité du Conseil de sécurité à réagir devant l'avance des forces pro-Kadhafi.
Dans la journée, des diplomates avaient également annoncé, sous le couvert de l'anonymat, qu'un groupe de puissances comprenant les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, et le Liban, pour la Ligue arabe, espéraient distribuer à l'ONU un projet de résolution durcissant les sanctions contre la Libye.
(Source : agences)

