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Liban - La Situation

Laissera-t-on Mikati former « son » cabinet ?

La majorité parlementaire correspond-elle toujours à la majorité réelle ? C'est la question que l'on était en droit de poser, dimanche, au spectacle de la marée humaine qui a envahi la place des Martyrs, et qui a étonné jusqu'aux organisateurs. Une seule chose manquait à la foule : la colère. Elle viendra. L'événement va-t-il peser sur la formation du nouveau gouvernement ? Disons qu'il va confirmer les hésitations du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, qui continue de vouloir aligner, face au Hezbollah et au CPL, des ministres qui leur feront un efficace contrepoids.
Entre-temps, la nouvelle majorité continue d'annoncer « la prochaine formation du gouvernement » dans les termes les plus flous. Le député Michel Moussa (bloc d'Amal) a annoncé hier, dans une déclaration radiodiffusée, que « de grands progrès » ont été effectués dans le processus de formation du cabinet, que les obstacles existants seront « levés prochainement » et que la nouvelle équipe verra le jour « dans une semaine ou dix jours », avant de souligner que ces délais restent « raisonnables ».
Pour sa part, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, a annoncé, en quittant le domicile de Walid Joumblatt, que le gouvernement sera formé « dans les tout prochains jours », avant de compliquer la proposition en affirmant : « Nous n'attendons plus que la formation du gouvernement. »
Selon des sources généralement bien informées, M. Mikati est attendu à Rabieh, dans les 48 heures, pour régler la question du portefeuille de l'Intérieur, que Michel Aoun dispute au président de la République. En attendant, c'est Gebran Bassil qui se trouvait hier soir chez Walid Joumblatt...
Pour sa part, le Premier ministre désigné n'a pas effectué hier de déplacements importants, à moins qu'il ne l'ait fait en toute discrétion. On estime toutefois qu'il ne tardera pas à se concerter avec le chef de l'État, ne serait-ce que pour évaluer les conséquences du rassemblement géant de dimanche.
M. Mikati sait par ailleurs que la formation du gouvernement doit être suivie d'une déclaration de politique générale, sur le contenu de laquelle il n'est pas entièrement d'accord avec le Hezbollah, malgré toutes les contorsions langagières dont il sait faire preuve, notamment sur la question des armes. Toutefois, Il sait, en particulier, qu'il ne peut avaliser le processus d'abolition du tribunal international, si ce sujet sensible et explosif - c'est le cas de le dire - ne fait pas l'objet d'une unanimité libanaise.
Par ailleurs, les visiteurs de Baabda continuent d'assurer que le chef de l'État n'a pas changé de position et refusera de contresigner le décret de formation d'un gouvernement « monochrome » qui ne serait pas représentatif de tout le Liban, ne fut-ce qu'indirectement, à travers peut-être un gouvernement centriste de technocrates croisé de politiques. Mais laissera-t-on faire Nagib Mikati ? Laissera-t-on le Premier ministre désigné former « son » gouvernement ?
Ce dernier n'est-il pas déjà l'otage de cette nouvelle majorité qu'il a décidé de rejoindre par crainte d'une discorde et dont il cherche maintenant à se dépêtrer ? Quand donc viendra le « coup de pouce » extérieur qui lui permettra de débloquer l'impasse ?

Réactions
Les réactions au spectacle de la foule de dimanche, au sein de la - nouvelle - majorité, varient selon les personnalités. La télévision al-Manar s'est plue et complue à souligner la convergence entre ce que le 14 Mars réclame et ce qu'Israël souhaite : le désarmement du Hezbollah. La chaîne n'a pas lésiné, en particulier, sur la rediffusion de séquences extraites de la télévision israélienne. Politique de l'autruche.
Pourtant, de petites phrases lâchées par des personnalités comme Walid Joumblatt et Nabih Berry laissent supposer que ces derniers sont conscients que l'hostilité d'un si grand nombre de Libanais aux armes du Hezbollah ne saurait être contournée ou ignorée.
Du reste, il faut être de la plus totale mauvaise foi pour ne pas constater que ce que la population souhaite, c'est que prenne fin la fonction milicienne des armes du Hezbollah, et non leur rôle dissuasif face à Israël.
En revanche, c'est avec dédain, voire de la tristesse, que le 14 Mars a accueilli le chiffre largement sous-estimé du nombre de manifestants réunis place des Martyrs diffusé par la OTV (70 000 manifestants). De toute évidence, le CPL a perdu le pari qu'il a pris sur un échec de la manifestation. Encore faut-il qu'il en tire les leçons !
En effet, certaines questions d'ordre stratégique commencent à se poser au Liban, notamment sur le plan énergétique, que seul un gouvernement peut trancher, révèle notre correspondant diplomatique Khalil Fleyhane. L'affaire concerne les ressources gazières gisant au large de nos côtes et que nous dispute Israël. Faute d'une concertation internationale adéquate, faute d'une délimitation de nos frontières maritimes avec l'État hébreu, faute d'une diplomatie souple et amicale en direction notamment des États-Unis, cela pourrait nous valoir la perte de ces gisements qui sont une manne économique inespérée pour le Liban.
La majorité parlementaire correspond-elle toujours à la majorité réelle ? C'est la question que l'on était en droit de poser, dimanche, au spectacle de la marée humaine qui a envahi la place des Martyrs, et qui a étonné jusqu'aux organisateurs. Une seule chose manquait à la foule : la colère. Elle viendra. L'événement va-t-il peser sur la formation du nouveau gouvernement ? Disons qu'il va confirmer les hésitations du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, qui continue de vouloir aligner, face au Hezbollah et au CPL, des ministres qui leur feront un efficace contrepoids. Entre-temps, la nouvelle majorité continue d'annoncer « la prochaine formation du gouvernement » dans les termes les plus flous. Le député Michel Moussa (bloc d'Amal) a annoncé hier, dans une déclaration radiodiffusée, que « de grands...
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