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Liban - Discours

Hariri au public du 14 Mars : « Imposez votre volonté au monde entier »

Le Premier ministre sortant a adressé hier aux Libanais un message se voulant très mobilisateur, les invitant à exprimer demain dimanche, place des Martyrs, leur rejet de la « suprématie des armes » et rappelant aux chiites qu'ils avaient été les premiers à lutter contre cette prédominance.

Le Premier ministre sortant, hier, au cours de son intervention. Photo Ibrahim Tawil

M. Hariri s'exprimait hier soir devant un parterre de responsables du 14 Mars réunis pour l'occasion à Koraytem. Il a axé son message principalement sur deux idées maîtresses : d'abord persuader le public quatorze-marsiste de sa capacité à changer la donne et à être maître de son destin, et ensuite convaincre le public chiite des intentions positives du mouvement souverainiste à son égard.
« La majorité silencieuse, l'écrasante majorité des Libanais est désormais consciente de l'importance cruciale de faire face à la suprématie des armes sur notre vie politique et constitutionnelle », a déclaré M. Hariri.
« Ils vous diront : croyez ce que vous voulez, mais restez chez vous, parce que nous pensons et décidons pour vous. Quoi qu'il en soit, votre décision n'est pas entre vos mains. En fait, votre décision est entre vos seules mains. Quant à leur décision, celle qui est imposée par leurs armes, elle n'est pas entre leurs mains, mais entre les mains des forces extérieures qui leur fournissent ces armes, les financent et les poussent à asseoir la prédominance de leurs armes sur nos vies et à contrôler notre pays, ses ressources et son avenir », a-t-il ajouté.
« Il est vrai que ceux qui ont des armes sont capables de recourir à la violence, mais ceux qui ont le droit pour eux seront les vainqueurs, parce que le droit est plus fort que toutes les armes. Vous avez réclamé votre droit et vous l'aurez en vous rassemblant place de la Liberté », a-t-il lancé.
Et de poursuivre : « Seule la peur de la vérité justifie le besoin des armes. À ce stade, je m'adresse directement à eux : pourquoi avez-vous peur de la vérité ? La suprématie des armes ne vous sera pas utile face à la vérité, car ceux qui craignent que les gens ne sachent la vérité craignent en réalité les gens autant que cette vérité. »
« Craignent-ils que la vérité dans l'assassinat de Rafic Hariri et des martyrs de la révolution du Cèdre ne soit dévoilée ? Et la vérité que répètent tous les jours les Libanais, à savoir qu'ils souhaitent vivre sous la suprématie de la loi et de la Constitution au lieu de celle des armes et à l'ombre d'une démocratie civile plutôt que sous l'oppression armée ? Et la vérité qui dit que les Libanais veulent vivre, travailler et créer librement, qu'ils veulent librement bénéficier de l'éducation, de la sécurité et de la prospérité, et qu'ils désirent réaliser le rêve de liberté de tous les martyrs, sans violence, sans la suprématie des armes ? » s'est-il interrogé.

« Il n'y aura plus d'armes que celles de l'État »
« Ceux qui ont eu recours à la violence et qui exploitent la suprématie des armes doivent savoir que vos voix resteront élevées et que vous ne vous inclinerez que devant Dieu. Ils croient qu'ils disposent des Libanais, de leur destin et de leur avenir. Ce sont les illusions que donne la suprématie des armes. Ils devraient savoir qu'une victoire sur leurs concitoyens, par les armes et la peur, est en fait la plus grande défaite ; ils devraient savoir aussi que la peur ne fonctionnera pas avec le peuple libanais, avec ceux qui ont brisé le mur de la peur le 14 mars 2005 et réalisé par là même ce dont ils avaient rêvé durant plus de 30 ans. Ce jour-là, vous vous êtes rassemblés place de la Liberté et vous avez imposé votre volonté au monde. Cette année aussi, vous avez rendez-vous avec la liberté, pour qu'à nouveau, d'une façon paisible et civilisée, et avec le drapeau du Liban, vous imposiez votre volonté au monde entier et à tous ceux qui ne veulent pas que vous ayez un pays, un État ou une Constitution, et qui souhaitent que vous soyez plutôt une carte sur la table des bazars et des compromis », a continué M. Hariri. « Vous direz dimanche au monde entier que votre dignité et celle de votre pays et État, que vos rêves et vos ambitions, votre révolution et les principes que vous avez défendus et payés avec le sang des martyrs, la sueur des jeunes et les efforts de leurs parents ne sont pas sujets à des bazars et des compromis. »
« Les Libanais savent bien que le silence est l'allié de la peur et de la violence ; qu'il est l'allié de ceux qui pensent pouvoir changer la face de notre pays par la suprématie des armes. C'est exactement pour cela que votre voix s'élèvera dimanche, plus fort que la peur, la violence et la suprématie des armes : pour les faire taire. Votre décision est entre vos mains. Vous pouvez vous rendre dimanche place de la Liberté pour dire à haute voix : il n'y aura plus d'armes à partir de maintenant que celles de l'État et plus de décision de guerre et de paix qu'entre les mains de l'État ; personne ne défendra plus le Liban hormis l'armée libanaise, sous la direction et la volonté de l'État. Notre armée nationale légitime fait face à l'ennemi israélien, et nous tous, à l'ombre de l'État, ferons face à toute agression israélienne, contre toute partie de notre territoire ou contre n'importe quel citoyen au Liban-Sud ou ailleurs. »
Et d'enchaîner : « Nous n'avons pas de problème avec les armes pointées en direction de l'ennemi israélien, mais nous voulons qu'elles soient sous le commandement de l'État libanais et de l'armée libanaise, car cela est la seule garantie empêchant ces armes de se retourner à nouveau contre notre peuple et de se transformer en facteur de tutelle sur notre Constitution et notre vie nationale. Et à ceux qui retournent leurs armes contre leurs concitoyens, nous disons : l'époque du chantage avec Taëf est révolue. Nous sommes les premiers demandeurs de l'application de Taëf. Qu'ils se souviennent que Taëf est d'abord et clairement fondé sur l'autorité de l'État et son monopole des armes. »

L'État libanais « irremplaçable »
Interpellant la communauté chiite, M. Hariri a dit : « Je voudrais m'adresser directement non pas à ceux qui incitent nos frères chiites contre le 14 Mars, mais à nos partenaires dans le pays, les fils de la communauté chiite, pour leur dire que nous ne sommes pas seulement partenaires dans la responsabilité à l'égard du Liban. Nous avons été et nous resterons partenaires dans le sang, dans la foi, dans l'arabité et dans le destin. Nous avons choisi l'ouverture, la réconciliation et le pardon, parce qu'aucun de nous, ni dans le courant du Futur ni au sein du 14 Mars, ne travaille contre la communauté chiite. »
« Personne n'a le droit de détourner notre dénonciation de la suprématie des armes vers une confrontation avec les chiites, parce que les chiites ont été les premiers à se soulever contre la suprématie des armes », a-t-il encore dit, dans une allusion à la période de l'hégémonie armée palestinienne dans les régions chiites. « Nos concitoyens au Sud et dans la banlieue n'étaient-ils pas les premiers à se révolter contre le chaos armé dans leurs villes, villages et quartiers ? N'étaient-ils pas les premiers à appeler à la primauté du droit ? L'imam Moussa Sadr n'avait-il pas protesté au collège Amlieh contre la guerre civile et contre les armes des milices et l'anarchie ? L'imam Mohammad Mehdi Chamseddine n'avait-il pas prohibé l'utilisation des armes par les Libanais contre les Libanais ? »
« Sincèrement, nous ressentons la même injustice que vous aviez un jour subie et nous élevons la même voix que vous aviez élevée contre la suprématie des armes. Notre but est de faire face à tout projet extérieur qui demande à l'État libanais d'être un serviteur fidèle de ses objectifs et intérêts. N'écoutez plus ce qu'on vous dit et soyez certains qu'aucun État de rechange, peu importe sa force, ne pourrait jamais remplacer l'État libanais et notre système démocratique ainsi que les principes de la coexistence entre Libanais », a souligné M. Hariri.
« Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir la sécurité pour tous les Libanais ? Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir la prospérité dans tout le Liban ? Et les meilleures écoles et hôpitaux ? Le courant électrique sans interruption ? »
« Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir des possibilités d'emploi au Liban pour tous les Libanais au lieu de passer notre vie à éduquer nos enfants et les voir quitter le Liban pour travailler à l'étranger seulement parce que leur gouvernement est incapable de prendre une décision sans la tutelle des armes, que leur démocratie est soumise à cette tutelle et que leur sécurité et leur avenir et le nôtre en sont les otages ? » s'est-il demandé.
« Nous dirons tout cela dimanche et nous continuerons à le dire après dimanche, pour que triomphe le Liban », a-t-il conclu.

M. Hariri s'exprimait hier soir devant un parterre de responsables du 14 Mars réunis pour l'occasion à Koraytem. Il a axé son message principalement sur deux idées maîtresses : d'abord persuader le public quatorze-marsiste de sa capacité à changer la donne et à être maître de son destin, et ensuite convaincre le public chiite des intentions positives du mouvement souverainiste à son égard. « La majorité silencieuse, l'écrasante majorité des Libanais est désormais consciente de l'importance cruciale de faire face à la suprématie des armes sur notre vie politique et constitutionnelle », a déclaré M. Hariri.« Ils vous diront : croyez ce que vous voulez, mais restez chez vous, parce que nous pensons et décidons pour vous. Quoi qu'il en soit, votre décision n'est pas entre vos mains. En fait, votre décision est...
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