Christian Lacroix, scénographe de l’expo.
L'exposition, dont la scénographie a été signée par le couturier Christian Lacroix, met en vedette une pièce d'exception prêtée par le Musée national de Beyrouth : la robe d'une fillette de deux ou trois ans, dont le corps datant du XIIIe siècle a été découvert en 1991 dans la grotte de Aassi el-Hadath, par les spéléologues de Gersl (Groupe d'études et de recherches souterraines au Liban). L'exploration de cette grotte, située à 1 300 mètres d'altitude, avait permis d'exhumer huit corps momifiés, dont les vêtements sont demeurés en bon état. D'après le matériel archéologique découvert (céramiques, monnaies, manuscrits arabes et syriaques datant du XIIIe siècle) et les écrits historiques musulmans et chrétiens − principalement la chronique d'Ibn Abed al-Zâhir et les textes du patriarche el-Doueihy -, les femmes et les enfants y auraient été ensevelis en 1283, lors d'une attaque de l'armée du sultan Baybars. Grâce à un processus de momification naturelle dû à la sécheresse de la grotte, la robe en coton écru de l'enfant - baptisée « Sadiqa » par les spéléologues - est aujourd'hui le plus beau témoin de l'art vestimentaire féminin du Liban médiéval. Les manches et le plastron sont brodés de motifs cruciformes, rouges, cernés de blanc et comportant au centre des losanges bleus. Selon les spécialistes, les mêmes couleurs et thèmes décoratifs figurent sur de nombreuses pièces brodées à l'époque mamelouke.
À l'instar de l'habit de la petite Sadiqa, les robes sélectionnées par Christian Lacroix et Hana Chidiac, commissaire et responsable de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient au musée du Quai Branly, sont conçues selon une coupe en « T » qui témoigne de la continuité des traditions. En soie ou en coton, brodées de fils d'or ou de laine, elles sont pour la plupart chargées de boutons de rose et autres variétés de fleurs et de symboles, comme le triangle au cœur bleu destiné à chasser le mauvais œil. C'est toutefois la section consacrée à Bethléem qui surprend par la richesse des robes exposées. Cette ville, définie dans le catalogue du musée comme étant le « Paris de la mode », était réputée pour ses ateliers de tissage : « Ses soies précieuses, vert cru, rose vif, sur lesquelles les broderies venaient en » couchures ; ses parures enrichies de fils de métal inspirées des uniformes militaires. Les femmes portaient le chatwe, coiffe conique, sous un voile blanc, rappelant le hennin des dames de la Renaissance. Lequel serait un souvenir rapporté dans leurs bagages par les croisés. »
Cet « Orient des femmes », qui se décline en de flamboyants tableaux, a été sélectionné par Christian Lacroix et Hana Chidiac, commissaire et responsable de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient au musée du quai Branly. Elle a puisé, à cet effet, dans la riche collection de Widad Kamel Kawar, historienne, vivant à Amman, en Jordanie. Les coffres de mariage contenant les accessoires du traditionnel trousseau de la mariée ont été dessinés par le couturier qui, pour optimiser les conditions de la visite, a également conçu des banquettes permettant au visiteur un moment de détente pour consulter des fiches relatant l'histoire de la soie au Proche-Orient, ou encore la saga de l'indigo.
L'exposition dure jusqu'au 15 mai.

