Le collège électoral qui doit élire le futur patriarche est formé de 41 évêques, mais deux d'entre eux, Hanna Chédid et Estephan Doueihy, seront absents pour cause de santé. Ainsi, le collège électoral est réduit à 39 évêques, dont les deux tiers ont dépassé les 70 ans. L'élection doit se faire aux deux tiers des suffrages, soit normalement à 26 voix. Cette question sera réglée au cours de la première réunion du conclave, qui sera présidé par l'évêque le plus anciennement ordonné, Mgr Chekrallah Harb (ordonné en 1967). À raison de quatre votes par jour, des sources estiment qu'un nouveau patriarche sera élu dans un délai d'une semaine au plus. Les votes sont secrets et les bulletins détruits après la publication des résultats de chaque tour de scrutin. Les évêques échangent librement leurs points de vue, en groupe ou en tête à tête, aux repas, durant les temps de pause ou en soirée.
Les choix ne sont pas infinis. L'âge, l'expérience, l'état de santé, le talent pour la communication sont des facteurs dont les évêques tiennent compte. Il va de soi que les évêques à la retraite ont peu de chances d'être élus, ainsi que les évêques dont l'état de santé est aléatoire. Ce facteur a joué un grand rôle dans le cas de Mgr Guy Noujeim, un évêque qui jouit d'un énorme capital de confiance aussi bien au sein du clergé que parmi les fidèles, mais que sa petite santé semble avoir disqualifié.
Inversement, pourrait-on dire, les évêques trop jeunes ont moins de chances d'être élus, car cela risque de prolonger leur règne au-delà de la raison. Mais cette donnée reste contingente, personne ne pouvant préjuger de la longévité d'un homme, comme l'a amplement prouvé le patriarche Nasrallah Sfeir, élu chef de l'Église maronite à l'âge de 66 ans.
De même, certains critères internes à l'Église maronite sont déterminants. Les évêques préfèrent que le futur patriarche vienne du clergé diocésain et non des ordres religieux. C'est, par exemple, ce critère qui joue dans les chances d'un Béchara Raï ou d'un Semaan Atallah d'être élus. L'un provient de l'ordre mariamite, l'autre de celui des antonins. Bien entendu, il s'agit là de tendances générales qui ne préjugent en rien des surprises finales que peut réserver le scrutin.
Les tâches et les attentes des fidèles, telles qu'elles se reflètent à travers le clergé, jouent également un rôle. L'Église est indivise, certes, mais le fossé des générations existe aussi à son niveau. Il va de soi qu'un évêque choisi dans la tranche d'âge supérieur sera moins ouvert à « l'aggiornamento » souhaité par le clergé et les fidèles, dans le sillage du synode patriarcal maronite qui s'est tenu entre 2003 et 2006, et de l'Exhortation apostolique de Jean-Paul II (1997). Ces textes induisent ou prévoient le renouvellement des structures du patriarcat, l'installation d'un secrétariat et la création de conseils, un peu à l'image de ce que l'on voit au Vatican. Il va de soi que la présence d'un secrétariat, l'institutionnalisation de certains efforts de Bkerké, ne saurait qu'enrichir le rôle national que joue le patriarcat maronite ; encore faut-il les vouloir.
Le Vatican joue-t-il un rôle particulier dans l'élection du patriarche ? À cette question élastique, le cardinal Leonardo Sandri a répondu, avant son départ pour Rome : « Le Saint-Siège n'interviendra pas. » Non pas que les responsables du Vatican n'aient pas en tête un profil du patriarche idéal, mais en principe, le Saint-Siège respecte les particularités des Églises orientales et les mécanismes de vote posés dans le code canon de ces églises. En cas d'impasse, cependant, le Vatican pourrait avoir son mot à dire.
Compte tenu de toutes ces données, les trois principaux candidats à la succession du patriarche Sfeir étaient, à la veille du conclave, son vicaire Mgr Roland Aboujaoudé (80 ans), Mgr Youssef Béchara (76 ans), évêque d'Antélias, et Boulos Matar (70 ans), archevêque de Beyrouth. Selon des milieux ecclésiastiques, la bataille initiale opposerait Mgr Youssef Béchara, qui dispose d'un capital de départ d'une quinzaine de voix, à Mgr Roland Aboujaoudé, partisan d'un « patriarcat de transition » qui permettrait le rajeunissement du corps électoral prochain par l'élection de remplaçants à la dizaine d'évêques ayant atteint ou devant atteindre dans les trois prochaines années l'âge de la retraite (74 ans) . Dans le cas où aucun des deux candidats ne parvient à l'emporter, leurs voix pourraient se reporter sur d'autres candidats moins en vue au départ, dont les candidatures pourraient être « essayées ». Selon les sources citées, en cas d'impasse, les voix de Mgr Youssef Béchara pourraient éventuellement se porter sur Mgr Boulos Matar, ce qui augmenterait substantiellement les chances de ce dernier. Mais tout cela reste conjoncturel, comme on l'a vu lors de l'élection du patriarche Sfeir, dont le nom ne figurait pas en 1986 sur les listes des personnes éligibles. L'espace reste donc ouvert à d'autres possibilités, notamment aux évêques venus des ordres religieux ou encore aux vicaires patriarcaux.


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