des Libanaises qui se rassemblent aujourd'hui 8 mars,
pour revendiquer les droits de la femme.
Dès l'instant de ta venue au monde, une affection inouïe t'entoure. Tes parents sont fous de joie, et même si certains préfèrent les fils, ils réalisent de suite leur chance de t'avoir. Enfant tendre et douce, tes pleurs sont gazouillés et tout ce monde tombe vite sous ton charme. On te câline, on est fasciné et on rêve de vie douce. On te contemple, un foyer douillet se dessine.
Et le temps passe, la famille est comblée, les années s'écoulent, à toi de te caser. À ton tour, tu exerces brillamment tous les métiers et tu fondes ton foyer. Tu veux faire mieux que ta mère, surdouée que tu es. Tu veux prendre connaissance de ton statut de femme, pour mieux te protéger. Te voilà à la fois douce et ferme, tendre et résolue, généreuse et assurée, et surtout décidée à faire avancer les choses pour un avenir meilleur. Fais gaffe : il y a trop à faire, tes droits sont bafoués et toutes ces années, la femme est restée lésée.
Jeune femme d'aujourd'hui, tu sais aussi que les femmes n'ont pas la possibilité d'avancer aussi vite que les hommes, à compétences égales, et que ce sont les hommes en général qui ont les postes-clefs dans tous les domaines, administratifs ou autres. Tu le sais car tu le subis, car tu exerces brillamment tous les métiers. Tu vas revendiquer tes droits en connaissance de causes, tous tes droits, et surtout l'application de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l égard des femmes, pour que tu puisses avoir le même parcours que lui.
Femme, la nature a décidé que tu sois délicate, que tu aies un rôle principal dans la procréation, mais tu refuses que ça soit un handicap ou un prétexte pour permettre aux hommes de renforcer leur rôle dans la société, ou justifier une intimidation à ton égard. Tu préconises un changement pour interdire, sous peine de sanctions, le licenciement pour cause de grossesse ou de congé de maternité, et exiges l'octroi de congés de maternité payés. Tu réalises cette injustice, tu veux libérer tes consœurs du joug des lois arbitraires.
Tu as décidé de modifier ces iniquités et tu réclames l'égalité avec ton conjoint. Tu veux qu'il accomplisse tous ses devoirs, et plus encore ; qu'il s'implique mieux dans la famille, qu'il se décide enfin à te donner naturellement ta place à ses côtés, qu'il partage à son tour comme toi les tâches multiples, et qu'il participe sérieusement à l'éducation de vos enfants.
C'est grâce à tes consœurs, avant toi, que le Liban est resté terre d'amour et d'accueil, malgré la guerre et la situation économique précaire. Elles président de nombreuses organisations caritatives et jouent un rôle primordial dans le maintien de la société. C'est face à un divorce, à une succession, à une demande de nationalité, à un droit de tutrice que la Libanaise réalise qu'elle est dépourvue de droits, maltraitée et diminuée.
Oui, des femmes souffrent en silence. Des crimes sont commis envers elles au nom de la liberté. Le préjudice causé aux femmes est tellement grand qu'il faudrait un travail de rééducation au niveau des individus. Un travail pour de nouvelles réformes et de nouveaux projets de lois est donc nécessaire.
Pour cela, il faudrait créer un ministère de la Condition féminine et établir une parité hommes-femmes au Parlement en fixant un quota pour les femmes. Ce ministère devrait œuvrer à annuler les lois discriminatoires à l'encontre des femmes et changer les mentalités. Changer aussi les lois pénales, celles relatives à l'adultère, au crime d'honneur, à la nationalité que seul le père donne à ses enfants, et les lois relatives au statut personnel et tant d'autres.
Il faudrait surtout instaurer le mariage civil pour libérer la femme du joug des lois confessionnelles et de l'iniquité des jugements des tribunaux religieux face au divorce. La femme, nous le savons bien, n'est pas protégée dans ce domaine ; elle subit sans cesse un abus de pouvoir face à l'impartialité des tribunaux religieux et à leurs procédures utopiques. L'iniquité rencontrée dans ces tribunaux est énorme, car souvent ils protègent la raison du plus fort, qui est celle de l'homme, le plus riche et donc le plus puissant.
La communication est donc fondamentale pour construire ensemble l'humanité de demain. Pour que plus jamais on n'aperçoive une larme dans les yeux d'une femme.
Pour que le jour se lève enfin sur des êtres égaux, dignes et respectables, qui acceptent les différences, qui expriment le désir de vivre ensembles, de fonder une famille solide et de construire des nations.


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